LIVRE PREMIER
Aucune loi sacrée , aucune loi mondaine , N'empêchait nos deux cœurs de marier leur chaîne , Et, sans perdre en calcul ou mes vœux ou mon temps, Je me mis à Taimer, comme on aime à vingt ans. Elle ne fut pour moi ni rude ni sévère.
Mais impassible. Elle eut, dans sa clémence austère, Pitié de mon encens, qu'elle n'acceptait pas. Songeant pourtant encore à diriger mes pas.
Son doigt, dans le lointain, me désigna la gloire. Rivale impérissable, amante expiatoire, Qui me ferait peut-être oublier sa froideur; Et, sans trop y compter, j'y crus avec candeur.
Inconstant par dépit, volage par rancune.
Et las de chaque route avant d'en prendre aucune , Vers ce but incertain, qu'il me fallait toucher, Par des chemins ardus je me mis à marcher.
Cherchant partout des yeux cette beauté fantasque Dont les attraits sont faux et la pudeur un masque. Qui n'a te phis souvent d'amants que des ingrats. Moins pressés d'y tomber que de fuir de ses bras.
\t LE COUVRE-FEU.
Je l'aperçus de loin courant dans un orage, Et j'en devins épris, mais épris avec rage.
Je la suivis longtemps aux lueurs des éclairs, Que lançait sa couronne, en traversant les airs; Et quand j'en approchai, fervent comme un apôtre, Ce fut pour la trouver, cédant aux vœux d'un autre. Chose étrange! le» miens, loin de se rebuter. Semblèrent de fureur tout à coup s'exalter.
Et je sentis, honteux de mes indignes peines, Comme un amour de plus s'infiltrer dans mes veines;
Ennuyé cependant de perdre mes efforts.
Et de jeter aux vents d'inutiles transports.
Je cessai de penser à cette courtisane.
Et las ou dégoûté de ma course profane.
Je rentrai le cœur vide en mes foyers déserts.
Là, j'aurais dû reprendre, instruit par mes revers,
Comme un saint bouclier foi^é pour ma défense.
Cette chahie, autrefois si douce à mon enfance :
Je n'en fis rien ; j'avais de mon cœur ulcéré
Exilé jusqu'au nom que j'avais adoré.