‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 31 sur 172 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Nous rampons, son œil plane aux mers du firmament. Et, plus prompt que Newton, recense, en un nK)ment, Ces continents de feu, ces îles planétaires.

Qui roulent loin de nous leurs fanaux tributaires; Alphabet flamboyant, qu'épellent nos compas, Et que lui seul déchiffre, en n'y regardant pas. Son navire, porté sur d'impalpables ondes.

Joint des astres errants les flottes vagabondes. Parcourt des cieux cachés les longues profondeurs. Aborde, ou, du Très-Haut vivants ambassadeurs. Donne, assis sur son ancre, audience aux comètes. Des plans de leur monarque agiles interprètes. Ces espions brûlants lui jettent leurs secrets : Et sa lyre, à son tour, jette à nos sens distraits Quelques-uns des récits de ses ardents voyages; Tout le ciel étoile ruisselle en ses images.

Cbmme il traite les cieux, il traite les humains. Et de leurs pas pressés sur d'arides chemins Poursuit la courbe aveugle à travers les orages. Le temps le gêne-t-il? il l'efface; et les âges, Quand il a dit un mot, vivent tous à la fois. Les peuples d'aujourd'hui, les peuples d'autrefois,

Et les peuples sans nom qui, semés loin du nôtre ^

Agissent tous à part, inconnus l'un à l'autre,

Viennent jouer, soumis à ce grand spectateur,

Le drame merveilleux dont il connaît l'auteur.

L'arène est l'infini dont il sait la mesure :

Lui-même, en l'expliquant, refaisant la nature,

De distance en distance a rangé ses échos :

Et lorsque, sous le dais de ses mille drapeaux,

L'histoire et son armée arrivent sur la terre,

Conune un seul coup de foudre il entend son tonnerre.

De la création remplir l'immensité.

Tous les faits n'en sont qu'un devant l'éternité,

Et devant nous aussi, dont elle est le domaine;

Avant d'en hériter, le Seigneur nous y mène.

Le poëte, affranchi des lisières du sort.

Va s'installer vivant au delà de la mort;

Et, du même œil que Dieu parcourant son ouvrage.

Le livre universel n'a pour lui qu'une page.

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