LIVRE PREMIER
Le monde m'appelait, et sans craindre ses trames, A son courant menteur j'abandonnai mes rames. J'y cherchais le plaisir pour me régénérer :
Ce fut la passion , qu'il me fit rencontrer.
Quelle démence 1 fou d'ivresse ou de supplice, Je reniais tout haut ma chaste institutrice; Et quand elle passait , devant moi , par hasard , Il ne me restait pas pour elle un seul regard. Naturellement bon, j'étais méchant pour elle. Qui m'avait si longtemps abrité sous son aile. Si je me souvenais parfois de ce blé pur.
Dont elle avait en moi déposé l'or futur, C'était pour accuser cette grame de flamme De n'avoir pu germer aux sillons de mon âme ; Pour me plaindre, le cœur gonflé de mots amers. Qu'on n'eût pas su jaunir mes épis restés verts, Ou jeter dans mon ciel, à défaut d'autres choses. Un soleil tout exprè» pour parfumer mes roses.
Tavais aimé la gloire; un autre joug plus lourd Venait de succéder à cet amour si court, Et j'étais de mon mal l'esclave et le complice. Fausse avec volupté, parjure avec délice.
Une coquette alors, experte eu trahisons.
Étudiait sur moi l'effet de ses poisons, Et, n'osant de ses jeux maudire le caprice, Celle que j'accusais, c'était ma bienfaitrice : Et je lui reprochais, dévorant mes sanglots.
Cet amour vénéneux qui calcinait mes os.
Elle n'aurait pas dû permettre à cette fièvre De m' excorier le cœur, de me brûler la lèvre ! Pourquoi donc laissait-elle une froide beauté S'installer dans mon âme avec perversité, Et, sourire à sourire usant ma jeune sève.
Retourner dans mon sein sa gaîté comme un glaive ? Et je lui prodiguais mille affronts insensés, Dans mon sein, gros de fiel, jour à jour amassés : Et me trompant d'objet, mon blasphème implacable A travers l'innocente insultait la coupable.