‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 6 sur 172 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Pleine d'affection, de ferveur et de foi, La pauvre négligée accourut vite à moi.

Gomme si, dégagé de sa forme grossière^ Mon blasphème à son but fût arrivé prière.

D'abord, comme un enfant qu'elle avait à garder. Et qu'il fallait guérir avant de le gronder; Puis, comme un homme à bout et d'encens et d'idole, Que l'on ne peut sauver que quand on le console. Elle soigna l'ingrat lent à se ranimer. Ma tombe qui s'ouvrait se laissa refermer.

Et, tarissant en moi leur source atrabilaire. Elle apprit à mes pleurs à couler sans colère. Je repris de sa main mes jours comme un trésor, Et ce fut cependant pour l'oublier encor.

Hélas! oui, j'oubliai sa bonté maternelle, Sa charité vaillante et sans cesse nouvelle ,

Pour me mettre à chercher cette reine du jour,

Qui ne vaut pas la gloire et moins encor Tamour.

Las d'une liberté trop souvent importune ,

Je la sacrifiai pour courir la fortune,

Et la fortune, hélas! ne pouvait m'échapper :

Elle vint d'elle-même à ma porte frapper.

Je fus riche : le luxe et ses auxiliaires

Vinrent à mon foyer tenir leurs cours plénières.

D'autres hochets alors agacèrent mes yeux :

Je faillis, un moment, me faire ambitieux;

Et durant ces longs jours de vide et de mollesse ,

Ou ces loisirs fiévreux qu'engendre la richesse,

Je ne me souvins pas, peut-être un seul instant,

De cette sage amie à qui je devais tant !

Elle ne m'a pas fait attendre sa vengeance.

Me rendant, sans compter, dédain pour négligence,

L'ambition déçue a pris un autre vol.

Lasse de cultiver toujours le même sol,

Mon opulence a fui comme elle étaH venue :

Ses ennuis sont restés. La sainte méconnue.

Me croyant par le sort et le monde accablé,

Est revenue à moi sans que j'eusse appelé.

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