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LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE

FRAGMENT

'DU POEME DE L'UNIVERS

Oui, Dieu Ta près de nous sans doute accrédité, Le poète, dont Tœil voit partout l'unité!

Tout suit, en s'enchatnant, une loi souveraine. L'histoire est un spectacle, et la terre une arène. Où bourdonne l'essaim de ses gladiateurs. Ce globe, déformé par ses observateurs.

N'est qu'un vaste théâtre, où s'agite un grand drame- De mers, de continents i gigantesque amalgame,

Les rochers, les forêts, les Alpes, les déserts. Comme autant de décors hérissent l'univers.

Les générations sont les acteurs : chacune Vient y jouer sa scène, et s'en retourne; aucune Ne sait ce qui doit suivre, et si son mouvement Entrave, change, arrête, ou presse un dénoûment.

Le drame va toujours, mais quel bras le dirige? Quel but cherche, en tout sens, cet immense quadrige ? Gomment, emmaillotté dans le réseau des faits. Parcourir, d'un pied sûr, ces chemins imparfaits, Qu'encombrent, en rampant, tant d'herbes parasites, Mesurer le rayon d'un cercle sans limites?

 travers tant de mœurs, de langages, de lois, itont les détours croisés se perdent tant de fois, Qui pourrait, surmontant l'ennui de la fatigue. Surprendre ou démêler le tissu d'une intrigue? Qui pourrait, à l'œil nu, lire sans embarras Le noir imbroglio qui se joue ici -bas?

Que sont nos quarts de cercle , et notre pauvre algèbre , Quand il faut calculer cette ellipse funèbre. Que l'astre hmnani taire efface et reproduit? Chaque pas qu'on y fait agrandit notre nuit.

OÙ prendre, sur la route, un flambeau qui l'abrège? L'histoire des humains, boule immense de neige, Qui roule parmi nous de la cime des ans.

En emportant les morts, éblouit les vivants.

Quelle main donc viendra, sur son chemin qui penche, Pour en tâter le poids, arrêter l'avalanche?

Unis, serrés entre eux, compactes comme l'air, Dont les gaz globuleux ne forment qu'une mer. Tous les faits divei^ents ne sont plus, à vol d'aigle. Qu'un bloc en mouvement, qui ne suit qu'une règle. L'histoire , aux yeux de Dieu , n'est qu'un arbre sans fin , Dont les rameaux toufiîis, taillés par le destin. Autour du même tronc se balancent ensemble.

En un centre vivant son regard les rassemble; Mais ces rameaux, pour nous, la plupart défeuillés. En cent lieux différents gisent éparpillés.

Gomment les réunir, et, de l'histoire humaine. Lier l'énorme gerbe en un tout homogène?

Pour Dieu, qui l'a créé, le temps n'existe pas, Et l'espace est un point, qu'il mesure d'un pas.

Pour lui^ rien d'isolé! tout se tient, tout s'enlace, Tout agit à la fois, et tout respire en masse. Héros simultanés, qui n'ont tous qu'un élan, Charlemagne et César, Cortès et Tamerlan, Se trouvent face à face au bout de leurs conquêtes. Du globe social uniformes tempêtes, Cambyse et Mahomet, Cyrus et Gen^skan, Éclatent tous de front, et comme un seul volcan. Comme, à nos yeux mortels, Pompée et Mithridate; Dans le ciel, en un mot, les faits n'ont point de date. Mais moi, sujet du temps, dans l'espace enchaîné, Je vois tout d'un regard, aux détails condamné; Ma raison prisonnière a mes sens pour limite. Quel nouveau Spartacus, modelé sur Tacite, Viendra, pour relier nos actes si divers.

Ourdir, comme un fil d'or, les débris de nos fers! Comme autant d'éléments maniant nos décombres. Quel artiste idéal sortira de ces ombres.

Qui de nos fastes morts ordonne le chaos :

Et, semblable au fondeur accouplant ses métaux. Sache, entassant les faits dans son moule oratoire, Y coulei* d'un seul jet le bronze de l'histoire? Qui sait si ce n'est pas à nous de le tenter? Tomber, en l'essayant, c'est encore monter.

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