LE PRINTEMPS
CEXTOV
D8 QUELQUES POSTES DU XVr SIÈCLE.
Veuve du Renouveau, la terre, qui s'éveille,
Sous la neige qui fond dispose sa corbeille :
Et le frileux Hiver, exilé du coteau.
N'y laisse plus glisser l'ombre de son manteau.
Voici venir Avril, et la vive hirondelle.
Dont l'aile printanière, à ses ruisseaux fidèle.
Effleure d'un baiser leur volage cristal.
Et des saules voisins le rideau végétal !
Les yeux verts du bourgeon s'entr'ouvrent au zéphyre,
Et grâce à l'air fécond, que le pommier respire,
Ses rameaux rajeunis grandissent sous les fleurs, Que l'aurore^ en jouant, allaite de ses pleurs. J'ai senti, par les prés, Todorante aubépine, Et le blanc chèvrefeuille, et la rose églantine. Dont les colliers grimpants enguirlandent les bois; C'est l'Été, qui reprend la terre sous ses lois, Et le dieu, dénouant sa ceinture dorée, Jette sur les herbis sa robe diaprée.
Voyez-vous les fraisiers rire sous les buissons, Et sur les champs mûris blondoyer les moissons? Bercé par le ruisseau, qui sautèle et murmure, Que le dormir alors est doux sur la verdure!
Que doux est de rêver sous le creux des vallons, Et de fouler à deux le duvet des gazons I La douce volupté, de voir les colombelles.
En mariant leurs becs, se caresser des ailes. Et d'ouïr Philomène, au frais tomber du jour, Célébrer nos baisers, en chantant son amour!