LA NUIT
Des poètes aimés , dont j'ai tenté la sphère, Ceux>qui n'ont rien de moi sont peux que je préfère. Les parfums du matin ont embaumé leurs chants. Enveloppé par eux de la senteur des champs, On entend dans leurs vers, que Tarc-en-ciel colore, Le battement pourpré des ailes de l'aurore, Et les hennissements des coursiers du soleil, SouflSant de leurs naseaux l'or d'un brouillard vermeil. On s'y complaît à voir, sur l'herbe pavoisée, Gomme un réseau qui fond frissonner la rosée. Et, le long des prés verts, prodigue souverain. L'ange odorant des fleurs secouer son écrin.
J'aime leur jour enfant, bégayant la lumière, Qui se roule et qui joue à travers la bruyère;
Mais, malgré leur beau ciel moiré d'ambre et d'azur, J'aime encor mieux le soir et son silence obscur, Que ces gazes de brume, où l'aube se reflète, Et qu'en son vol bavard fend la blonde alouette* Partout, où m'ont porté mes ennuis curieux.
C'est toujours à cette heure, où se ferment les yeux, Que les miens s'éveillaient pour mieux voir la nature. Soit sous l'ardent Phénix, soit sous la Cynosure, Du levant au couchant, j'eus toujours un regard. Pour escorter des nuits le grisâtre étendard. J'ai rarement du jour béni le jeune empire, •Mais toujours son déclin; je vis, quand il expire.
Par mon amour de l'ombre emporté loin du bruit.
Anachorète errant, que protège la nuit,
Où ne l'ai-je point vue, et partant adorée?
Sur les mers du tropique, où ma nef égarée
Rasait, comme un dauphin, le phosphore des eaux.
J'ai du ciel assoupi vu trembler les fanaux.
Et les poissons de feu, qui couraient sous mes voiles,
De leurs éclairs nageurs serrer des bancs d'étoiles.
Volage firmament, j'ai vu chez les Hindous,
Les fulgores du soir glisser sous les bambous,