LIVRE DEUXIÈME
Vous ne maudissez plus, de vous découragés, Tous ces soucis hargneux dont nous sommes rongés. La jalousie, ouvrant vos retraites nocturnes. Ne va pas distiller son venin dans vos urnes, Et vous ne quittez pas votre noir horizon.
Pour trouver tout l'enfer dans une trahison.
Le vitriol des pleurs ne brûle plus vos joues. Vous n'êtes plus cloués au cercle de ces roues, Où, nous autres, vivants, nous sommes, âme et corps, Rivés par le chagrin, quelquefois le remords. L'ennui n'alourdit pas vos courtines funèbres , Et le sommeil, fidèle à vos lits de ténèbres. D'un frisson d'avenir n'agite pas vos os.
Ce que nous espérons , vous l'avez : le repos. Ahl je ne vous veux plus déranger par ma plainte, Martyrs, sur qui la tombe a versé l'huile sainte. sujets de la mort, vous êtes tous des rois, Que ne blesse jamais la couronne; et la croix. Qui jusqu'en votre couche a plongé sa racine, Elle ne vous a pas traversé la poitrine.
Certes, la vie est belle, à ses débuts surtout, Belle, à faire douter qu'on en vienne au dégoût!
Comme un vallon du ciel descendu des nuages , Elle étale à nos yeux ses changeants paysages , Et y pour tenter nos pas qu'attirent ses moissons , Suspend Tor de ses fruits à ses moindres buissons. Elle a des bois chanteurs, où d'arcade en arcades Serpente y en murmurant, l'oracle des cascades; Mais faut-il pour cela, déplorant leurs cyprès, A ceux qui sont partis donner tant de regrets ? Sous leurs tentes de sable, à tous les bruits fermées. Nul écho ne répond aux voix qu'ils ont aimées I Sans doute ; et cependant supposez-le permis : Irez-vous réveiller ces pauvres endormis.
Pour qu'ils sachent le mal que vous fait leur abseifce, Ou qu'ils ne sont pour vous qu'une réminiscence. Dont la lueur pâlit et tremble à chaque pas ? Ne leur retirez point les bienfaits du trépas, A tous ces pèlerins, qui vont, âge par âge.
Coloniser l'abime, où finit leur voyage.
Qui dorment sous la ronce où leurs pieds ont saigné. N'amenez pas l'orage au port qu'ils ont gagné : Ils ont, dans les flots sourds d'une onde irrévocable, Jeté leur dernier rêve avec leur dernier câble ; Oh! ne les pleurez pas, ceux qui s'en sont allés. Tous ces soldats d'hier, à vos luttes mêlés ^