‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 68 sur 172 · HIER SOIR SUR LA MER · texte numérisé non relu

HIER SOIR SUR LA MER

Nous n'étions, hier soir, occupés que de rire: Mais vers minuit, à l'heure, où tout bruit se retire. Et, désertant des airs le champ religieux.

Les ouvre au vol de l'âme inquiète des cieux, La gatté disparut sous leur voile plus sombre, Et de mâles pensers s'échangèrent dans l'ombre. Eh ! qui peut en effet voir, sans recueillement, La nuit, de ses grains d'or, sabler le firmament, Et dans l'azur lacté des plaines populeuses.

Voir germer des soleils les grappes nébuleuses. Et l'espace, abaissant ses milliers d'univers. De leurs feux complaisants coloniser nos mers? Que le génie humain s'élève ou redescende, Il rencontre toujours un ciel qui le demande :

Il prend incessamment sa teinte de grandeur.

Et, comme ses secrets, réfléchit sa splendeur. Il semble, en parlant bas, que notre turbulence Se mette en harmonie avec le grand silence.

On s'écoute sentir, on s'observe rêver.

On écoute de loin le repos arriver Sur les yeux des mortels : et, quoique absent des nôtres, Il semble qu'on ait peur de réveiller les autres. Ah! gardons cet effroi. Laissons, astres nouveaux. Aux champs noirs du sommeil s' entr' ouvrir les pavots. De son ciel, étoile de séduisants mensonges, Écartons nos rumeurs : n'empêchons pas ses songes De redorer la vie aux cœurs de ses élus; Chaque heure de sommeil est un roman de plus.

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