DES GRANDS HOMMES
FRAGMENT
. ou POEME DE l'uNIVKRS
Les États y vus de près, sont des individus , Dont les membres liés, et non pas confondus , Autour d'un tronc commun vivent chacun leur vie ; Un peuple n'est, aux yeux de la philosophie, Qu'un être à mille pieds qui marche d'un seul pas. Le contraire est-il juste, et ne pourrait-on pas, S'il se trouve un mortel, qui semble, en ses pensées. Concentrer d'un État les forces dispersées.
Gomme un peuple à lui seul regarder le géant. Et croire, quand la mort le ramène au néant,
Qu'aux rôles de la terre il s'efface un empire ? Carthage disparait, quand Annibal expire; Aux murs de Babylone, où s'arrêtent ses fers, Le râle d'Alexandre ébranle l'univers, Qui gravitait de force autour de son épée ; La Rome de Brutus succombe dans Pompée.
Gomme celui d'Atlas, ces trois fronts souverains Soutenaient, sans plier, leurs cieux contemporains, Et, quand ils ont fléchi sous leur charge prescrite, La terre politique a changé son orbite.
D'autres hommes aussi , marqués pour le pouvoir. Assignent, en naissant, un autre axe au savoir, Et, vivant résumé des sciences humaines.
Règlent, en respirant, le cours des phénomènes. Quand ils passent, ces rois, ces dieux, dont les rayons Traversent de clartés la nuit des nations.
De leur pas novateur la secousse féconde Donne un siècle d'essor à la course du monde. Et le monde retarde autant qu'il eût marché.
S'il gêne, à coups de traits, leur vol effarouché; Témoin , lorsque la Grèce , avec Anaxagore , Du jour de la raison emprisonne l'aurore :