‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 79 sur 172 · LIVRE DEUXIÈME. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. 4i

Eût d'un pareil pouvoir reçu Tinvestiture ;

S'il eût eu mission d'expliquer la nature,

Il l'aurait expliquée. Il meurt! c'est un aveu

Qu'il n'était point ici le délégué de Dieu,

Un de ces rois du temps, qui, nés sans diadème,

Ont leur peuple, leur cour et leur trône en eux-mème.

Pauvres fous, qui voulez, de vos débiles mains , Las de toiser le ciel, mesurer ces humains, Savez-vous s'ils sont nés pour mourir ou pour vivre ? Qui sait à quel dessein le sort nous les délivre ? L'un tombe en son midi, l'autre dès son début! La place de leur chute est peut-être leur but. Si le fer et l'orage ont, sur l'onde Atlantique, Fléchi sous le héros qui portait l'Amérique, Gomme le Ladoga sous l'œil d'airain du Gzar, Ou les flots grecs calmés par un mot de César, Ne voit-on pas la mer, ignorante et jalouse.

Près de Cook égorgé condamner la Peyrouse?

Si des pécheurs d'Embden le poignard déjà nu Respecte avec effroi, dans Descarte inconnu, Le Christophe Colomb de la géométrie.

Ne voit-on pas plus tard une hache flétrie,

H% LE COUVREFEU.

Toute mouillée encor du sang d'André Chénier, Ravir les éléments aux mains de I^voisier ?

Et que d'auti^s encor, en remontant Thistoire, Qui semblaient devoir vivre un long âge de gloire , Et dont la main du sort, retournant le (lambeau, A d'éclairs incomplets couronné Içur tombeau : Lucrèce, confident des dogmes d'Épicure, Mourant, sans achever d'éclaircir la nature, Et Lucain, qui chantait comme agissait Catou, Abandonnant Pharsale au couteau de Néron I Pesez leurs souvenirs! N'est-ce pas une preuve. Qu'avant d'avoir un cours , il se perd plus d'un fleuve ; Qu'un astre, pour fleurir trop loin de notre sol. Peut s'éteindre anonyme au milieu de son vol ; Qu'on peut, tout imprégné de l'essence suprême, N'avoir reçu qu'en vain ce lumineux baptême , Loin du terme promis s'engourdir fatigué.

Et jeter l'ancre enfin sans avoir navigué ?

Oui, quand l'heure l'ordonne, il descend dans la vie, Précurseurs des flambeaux que n'éteint pas l'envie, Des esprits transcendants, hérauts d'armes des cieux, Qui, s'ils ne mouraient pas en spectacle à nos yeux.

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