‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 91 sur 172 · LIVRE TROISIÈME. 4G · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 4G

Et, d'un port ou de l'autre également proscrit, Tout espoir de refuge avorte en son esprit.

S'il se cherche en arrière, à travers la distance, Quelque douce raison de chérir l'existence, yG'est vainement qu'il veut, à ses pas refroidis, De sa jeunesse en fleurs rouvrir le paradis; Sa première naissance a l'air, pour lui, d'un conte; Né deux fois, la seconde est la seule qui compte. Et dans ce cercle aride il végète enchaîné.

Gomme un dieu de la fable, à nos traits condamné. Mal à l'aise dans l'homme, et sa langue grossière. Qui prend, en y passant, l'odeur de sa poussière, On eût dit qu'il voulait, malgré l'humanité, Rentrer, par ses récits, dans sa divinité.

Et sentait, en dictant sa merveilleuse histoire. Les vapeurs de la terre embrumer sa mémoire.

«r Sais-tu, lui disait-on, ce que c'est que la mort? » Eslrce un bien , est-ce un mal , le naufrage , ou le port ? » Revenu d'un séjour d'où ne revient personne, x> Dis-nous s'il a des droits aux terreurs qu'il nous donne. »

Et Lazare disait : <c La mort est un sommeil , » Dont vous me demandez quel sera le réveil ? » je ne l'ai point appris. Dans cette nuit sans trêves, » A-t-on des visions, qui ne soient pas des rêves? » Je n'en ai, comme vous, qu'un espoir impuissant : » Je ne m'en souviendrai qu'en les recommençant. » Tout ne meurt pas en nous, puisque je vis encore, » Mais quel est ce principe immortel? Je l'ignore. » Comment nous survit-il? où va-t-il? et comment » Nage-t-il, invisible, aux mers du firmament? » Je n'en sais rien. Notre âme en tout se confond-elle? » Va-t-elle, se masquant d'une robe nouvelle, » De quelque autre machine ordonner les ressorts? » De costume et d'ennui changeant comme de corps, » Lui faut-il , sans jamais soulever aucun voile , » Aller, de morts en morts, essayer chaque étoile? » Peut-être l'ai -je su; mais j'ai tout oublié. » Ce secret du Très -Haut, par nos yeux épié, » Ne passe point du ciel aux veines de la terre : » Je ne puis, comme vous, qu'adorer et me taire.

» Comme la vôtre, à tous, ma croyance est un vœu. D J'imagine que l'âme est un rayon de Dieu ,

Page 1