LIVRE TROISIÈME
» Qui nous arrive au cœur, comme aux yeux la lumière , » Par l'espace : et quandDieu, nous fermant la paupière, » De ce miroir subtil, tout à coup éclipsé, » Rappelle à son berceau le trait qu'il a lancé, » J'imagine que l'âme a besoin, pour s'y rendre, » Du temps dont la lumière a besoin pour descendre ; » Et peut-être qu'avant d'y pouvoir remonter, » Elle a , dans l'infini , des siècles à flotter : » Ce qu'en ont à franchir les régions stellaires, » Pour porter jusqu'à nous leurs .clartés séculaires! » Voyageuse d'un jour, qui crut aller si haut, » La mienne, hélas! la mienne a fait halte trop tôt.
» Fleuve intellectuel, en quête de sa source, » L'âme, stagnante ici, prend, à la mort, sa course. *) Mais ce flot, qui retourne à son lit aimanté,. » Se sent-il rejaillir vers la Divinité ?
» Cette âme, en traversant l'air de l'indépendance, » D'un but, qui la transforme, a-t-elle confidence? » Quand, auprès de son vol, passe un astre habité, » Son vol pensif craint-il de s'y voir arrêté? » Peut- elle, suspendue au bord de son orbite, » Et, comparant ce globe à celui qu'elle quitte.
» De son séjour futur s'emparer par l'espoir? » Hélas! j'en suis resté trop loin pour le savoir, » Et, si j'ai vu le port, ma poussière chamelle » N'en peut plus réfléchir la splendeur étemelle. » J'ai beau creuser en moi, pour en faire jaillir » Cette splendeur sans nom que j'y sens tressaillir, » Dans mon sang limoneux elle reste enfoncée; » Je ne puis retrouver le ciel dans ma pensée. » Il la remplit pourtant, et ce pompeux fardeau » Me pèse plus qu'hier la dalle du tombeau.
» Mon sein, gros d'avenir, garde en lui son oracle, » Et je ne suis de Dieu qu'un douloureux miracle.
» Je crois me souvenir qu'au moment d'expirer, » Quelque chose de moi s'est senti savourer » Je ne sais quel repos, je ne sais quel air libre, » Avec lequel mon âme était en équilibre; » Mais cet air généreux, si vite évaporé, » Ce repos nourrissant, que je n'ai qu'effleuré, » Je n'ai pas eu le temps d'en recueillir la sève. » Il est des jours fiévreux, où la douleur s'élève » A des hauteurs d'idée interdites plus tard, » Et dont l'impression, s'en allant en brouillard.