LIVRE TROISIÈME
»Je voudrais quelquefois me ressaisir des airs, » Et, craignant d'en tomber, je m'attache à mes fers. » Sans redouter beaucoup que la mort me remporte , » Il me semble toujours qu'elle frappe à ma porte, » Et de peur qu'il me manque une peine à compter, » Je voudrais, s'il se peut, me presser d'exister. » Avant que sonne au ciel ma mort définitive, » J'aurais honte, je crois, de laisser sur la rive » Une idée à prévoir, une énigme à sonder.
» Gomme l'astre du jour, où j'espère aborder » Lorsque j'aurai franchi nos poudreuses demeures, » Je voudrais parcourir le mondeen vingt-quatre heures.
» Voilà comme je vis, depuis le jour si beau, » Où mon premier cercueil fut mon second berceau ! » Double et simple à la fois, comme si cette image, » Cette ombre que mon corps jette sur mon passage, » Savait qu'elle me suit et demandait pourquoi; » Gomme si cette image était un autre moi, » Et de tous mes pensers un obscur satellite. » Je ne suis rien, hélas! qu'une ombre qui s'agite, » Qui croit son mouvement toujours prêt à cesser, 3) Et qui dit au soleil : Quand dois-tu m' effacer? d
C'est ainsi que pensait , que s'exprimait Lazare , Être surnaturel, prophétique et bizarre, De son propre savoir, captif silencieux; Semblable en quelque sorte au Rhône curieux, Qui, déserteur du jour pour s'enfuir sous la terre, Ramène un peu plus loin, aux champs qu'il désaltère, Des flots ressuscites, dont le miroir muet.
De leur cours souterrain, ne dit point le secret. Ce qu'il eut à penser, quand la mort inflexible Vint enfin le couvrir d'une aile irrémissible. Allez, si votre cœur ne l'a point deviné.
Interroger ailleurs un écho moins borné.
Ces échos sont nombreux, quoiqu'ils paraissent rares. Que d'hommes vous verrez , comme autant de Lazares , Hommes anciens, vêtus d'un costume nouveau, S'acharner à chercher, au fond de leur cerveau, Un mot révélateur, qu'ils ne peuvent nous dire. Un rayon, qui s'obstine à ne vouloir pas luire 1