‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 97 sur 172 · LA COLONNE DE FUMEE · texte numérisé non relu

LA COLONNE DE FUMEE

L'homme le plus robuste es! encor bien débile : Pour atteindre un grand but, son àme est trop mobile. De leur trésor abstrait chercheur ambitieux, Il conduit sa pensée à l'attaque des cieux; Mais sa vague pensée, en montant, s'évapore.

Ou, devenant brouillard, couvre d'ombre incolore Ce soleil, où son vol se flattait d'atterrir. Le génie, ici -bas, ne peut rien conquérir.

Son oi^eilleux essor ressemble à la fumée.

Que pousse de l'Etna la fournaise allumée.

La colonne rougeàtre a l'air, quelque moment. D'avoir, pour chapiteau, le dais du firmament; Mais, au souffle du vent, son £àt courbé vacBle« Cet Atlas nébuleux, penché sur la Sicile,

Fléchit SOUS le fardeau, qu'il ne peut approcher. Au lieu de soutenir ce ciel qu'il croit toucher, Il y drape le jour d'un insolent nuage :

Et bientôt la nuée, où fermente l'orage.

Sur le front du géant éclate avec fracas.

Elle y retourne en pluie, y retombe en frimas. Ou, de grêlons aigus, mord sa crête brisée :

C'est souvent le tonnerre, et jamais la rosée. Triste histoire de l'homme, et de l'esprit humain! Cette flamme, qui couve au fond de notre sein. S'en échappe par flots de vapeur et de cendre, Qui brouillent les secrets, que nous voulons surprendre. C'est toujours de la nuit qu'enfante notre feu. Et, quand on s'imagine arriver jusqu'à Dieu, Dieu la renvoie en bas, sous forme de tempête, Du volcan raisonneur battre ou glacer la tête.

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