‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 98 sur 172 · IGNORER · texte numérisé non relu

IGNORER

L'ignorance a du prix : c'est la sœur de l'espoir. N'aimons-nous pas souvent, quand la fraîcheur du soir, D'une gaze brumeuse, argenté nos herbages, A voir se découper, sur le fond des nuages, Le clocher villageois, qui, pour les prier mieux, Semble se rapprocher, le plus qu'il peut, des cieux? N'aimez-vous pas à voir, aux vitraux des chaumières, Des astres du foyer trembloter les lumières, Et des hauts peupliers le portique mouvant, Colonnade jaseuse où murmure le vent.

Apparaître de loin comme un cortège austère, Qui regagne, en priant, les tours du monastère? Peut-être qu'au soleil, ce clocher, sale et noir, Vous gâterait le ciel, qu'il embellit, le soir :

Peut-être que ce feu, qui luit dans les chaumines, N* éclaire autour de lui que d'ignobles ruines, Que les haillons du vice et de la pauvreté :

Et l'arbre, dont le vent berce la majesté, Peut-être, dans les airs, ne porte, avec tristesse, Qu'un diadème aride, usé par la vieillesse.

Grâce à la nuit pourtant, on peut tout admirer. L'esprit, qu'elle aiguillonne, au lieu de l'égarer. Des merveilles, qu'il rêve, enrichit la nature : L'ombre, qui la déguise, ajoute à sa parure.

Que faut -il, pour la voir soudain s'évanouir? Le jour. Craignez -le donc : ignorer, c'est jouir.

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