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AGENCES COMMERCIALES

Moyen d'abolir l'Accaparemenl et de se pnsserde la SpônilMlion.

v Tout produit serait un bon gage de crédit s'il trouvait un acquéreur.

« Pour que tout produit trouve un acquéreur, il faut que tout producteur soit mis, sans faux frais etî^ans intermédiaires, en rapport direct avec tous les consommateurs de son produit.

« Tout consommateur doit toujours pouvoir acheter â prix de fabrique, et n'être jamais trompé ni sur le prix, ni sur la qualité, ni sur la quantité des produits. ^^

Après avoir démontré que tout possesseur d'immeubles avait le droit d'obtenir le crédit de la banque d'état, nous avons avancé et soutenu que tout possesseur de produits d'une vente et d'un écoulement faciles avait encore le même droit au crédit que le possesseur d'immeubles.

Nous sommes allé plus loin : nous avons affirmé qu'en même temps que les possesseurs de produHs déposés comme fl-ag-c d'une promesse de payer obticn-

(Iraient le crédit, il leur serait possible et même facile, au moyeu d'une institution que nous avons intitulée Agences commerciales, de se passer de la spéculation et d'abolir l'accaparement.

Nous allons essayer de prouver ce que nous avons avancé.

Tout possesseur de produits aurait droit , avons-nous dit, d'obtenir le crédit de la banque d'état ; mais c'est à la seule condition que ces produits donneraient à cette banque une g-arantie complète, une certitude absolue que si la promesse de payer, escomptée par la banque d'état, n'était point payée à son échéance, la banque se couvrirait de ses avances au moyen de la vente des produits déposés en gage.

Donc un produit ne peut devenir un gage donnant DROIT AU CRÉDIT QUA LA CONDITION D'ÊTRE

d'une vente assurée.

Sans certitude de vente, un produit ne peut servir de gage, quelle que soit d'ailleurs sa valeur intrinsèque en matière première ou en main d'œuvre.

Il résulte de ce qui précède que, dès ce moment, il y aurait deux catégories de produits, dont les uns auraient droit au crédit et les autres n'y auraient pas droit.

Les premiers, parce qu'ils sont d'une vente facile, ré.gulière et assurée en tout temps ; les seconds, parce que leur vente est très-hypothétique et soumise aux éventualités de la mode ou de l'encombrement.

Ainsi, l'on conçoit immédiatement que les matières premières ou produits naturels, tels que vins, huiles, soies, alcools, laines, coton, chanvre, lin, etc. ; ou bien les produits manufacturés, de consommation journalière et courante, tels que draps, métaux, toiles, étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, savons, sucres, cuirs,

suifs, etc., elc, auraient un droit évident au crédit qu'ils trouvent d'ailleurs constamment aujourd'hui dans le commerce privé, puisque les commerçants font, à chaque instant, des avances des trois quarts et plus de la valeur de ces produits.

Mais l'on conçoit aussi que de très-nombreux produits ne pourraient servir de gag-e solide, tels par exemple que les objets de luxe, de fantaisie, de mode; et pourtant , ces divers produits devraient pouvoir obtenir le crédit, car ils constituent une des branches les plus importantes de la production française, et le plus souvent justement celle où la supériorité nationale est le plus incontestée.

Donc , pour que la banque d'état put trouver un gag-e certain dans tout produit, il faudrait deux choses :

1° La consig-nation des produits destinés à servir de gfage, afin que la banque eût toujours sous la main la garantie de ses avances;

2" La certitude que le produit servant de gage trouverait un acquéreur à un prix supérieur à l'avance faite par la banque , dans le cas où le possesseur des produits n'acquitterait pas à l'échéance sa promesse de payer.

En conséquence, et pour obtenir une consignation réelle des produits devant servir de gage au crédit, un

CD PLUSIEURS ENTREPÔTS, DESTINÉS A RECEVOIR EN DÉPÔT LESDITS PRODUITS , DEVRAIENT ETRE ANNEXÉS A CHAQUE COMPTOIR DE LA BANQUE DÉTAT.

Tout produit devant servir de gage à une promesse de payer y serait déposé jusqu'à parfait acquittement de ladite promesse.

Comme on le voit , la première condition à laquelle un produit devrait satisfaire pour devenir un gage donnant droit au crédit , serait une chose très-facile à réaliser, et si cette condition suffisait seule, tout produit deviendrait un excellent gage; mais il reste la question de

la vente qui offre en apparence un plus grand obstacle, et dont nous aurons à nous occuper tout à l'heure.

Toujours est-il qu'un produit d'une vente assurée, tel que ceux que nous avons précédemment énumérés , pourrait parfaitement, par le fait seul de la consignation, devenir un gage suffisant pour obtenir le crédit. Mais , dans ce cas, si nous nous bornions à demander purement et simplement la consig-nation des produits capables de servir de gage dans l'état actuel des choses, nous ne proposerions point une réforme : nous ne ferions que préconiser un moyen déjà usité ; car de tout temps on a prêté sur consignation ; et tout dernièrement encore , après la révolution de Février, on aurait voulu organiser ce genre d'opérations sur une vaste échelle, et pour cela on avait ouvert les comptoirs et entrepôts nationaux.

Quoi qu'il en soit, le crédit ouvert par la banque détat au possesseur de produits de vente assurée, serait, nous le reconnaissons, de nature à lui assurer certains avantages.

Ainsi , tout d'abord , il obtiendrait le crédit à des con • ditions bien plus favorables que par le passé.

En outre, il arrive souvent qu'un possesseur de produits valables comme gage, qu'un producteur a des paiements à faire et se trouve momejitanément gêné, tout en étant parfaitement solvable et assuré d'opérer plus tard des rentrées. Lorsque cela arrive aujourd'hui, ce possesseur, quoique solvable, quoique riche peut-être, étant forcé de trouver immédiatement les fonds nécessaires à acquitter sa dette , est obligé . pour se créer des ressources, de vendre son produit coûte que coûte, et d'en sacrifier le prix.

Il est clair que ce possesseur, que ce producteur so trouverait dans une condition bien plus avantageuse, s'il pouvait consigner ses produits pour un certain temps, et contracter sur le dépôt de ce gage, à la banque d'étal,

un emprunt provisoire qui lui permettrait (l'attendre ses rentrées, au moyen desquelles il pourrait rembourser les avances de la banque, redevenant ainsi libre de disposer de ses produits et de les vendre au mieux de ses intérêts sans être obligé de les sacrifier.

Mais le cas que nous venons de citer est le plus rare; le plus souvent le possesseur de produits, presque toujours producteur, ne compte pas sur des rentrées , ses produits font toute sa richesse disponible, et lorsqu'il les dépose, lorsqu'il les donne en g-ag-e d'une promesse de payer, il ne peut compter sur d'autre recette que celle devant provenir de la vente même de ces produits.

Or, si un producteur qui emprunterait à la banqued'état sur g-age de produits, ne pouvait compter que sur leur vente, afln de pouvoir s'acquitter à l'échéance, il aurait ag-i comme le fils prodig-ue : il aurait escompté l'avenir en le sacriflant au présent.

Car plus l'échéance serait proche, plus les besoins de l'emprunteur deviendraient impérieux; plus l'oblig^ation de trouver un acquéreur du g-ag-e déposé à l'entrepôt de labanqueserait brûlante, et plusalors lespéculateur dont la profession consiste, ainsi que nous l'avons déjà dit, à épier les besoins des producteurs, deviendrait exig-eant; plusses conditionsseraientdures et plus enfin les produits lui seraient forcément vendus à vil prix.

De telle sorte qu'au lieu d'avoir reçu un avantage du prêtsur dépôt de produits, l'emprunteur y consommerait sa ruine.

L'expérience a confirmé ce fait, et ce qui s'est passé le lendemain de la révolution de Février à propos des comptoirs et entrepôts nationaux en a fourni une preuve éclatante; dès cette époque, une crise terrible avait arrêté toutes les transactions.

Le gouvernement provisoire, espérant que cet encombrement n'était qu'un effet momentané de la révolution,

supposa qu'il ne s'ag-issait que de faciliter aux producteurs et .commerçanls les moyens d'attendre quelques mois.

Il chercha alors, dans ce but, une combinaison qui permît de leur faire quelques avances avec toute garantie et toute sécurité. Il pensa que cette garantie solide devait être la consignation des produits ; il décréta donc l'ouverture d'entrepôts annexés aux comptoirs nationaux, créant ainsi une espèce de mont-de-piété à l'usage des possesseurs de produits.

Un jury d'expertise devait constater la bonne qualité et la valeur des produits déposés, et d'après l'avis des experts , les comptoirs nationaux étaient censés pouvoir faire des avances de fonds remboursables à une échéance déterminée.

Sans doute des avances eussent pu être faites si les consignataires de produits avaient été solvables, s'il leur avait été possible, en dehors de la valeur des produits déposés , de faire face à leurs engagements envers les comptoirs nationaux, ou bien encore si la vente des produits envoyés comme gage avait pu être effectuée avant l'échéance.

Malheureusement, les dépositaires étaient presque tous dans la dernière détresse, et les produits ne se vendaient pas. Or, ainsi que nous l'avons dit, les produits n'ayant de valeur, en tant que gage, qu'à la condition de trouver acquéreur, les comptoirs nationaux, comprenant le piège dans lequel ils allaient tomber, refusèrent de faire des avances.

De telle sorte que les entrepôts nationaux et le prêt sur consignation de produits, à quelques exceptions près, ne furent qu'une illusion sans utilité réelle.

Il résulte de ce fait que le prêt sur simple dépôt de produits ne peut être utile que dans quelques circonstances très-rares , c'est-à-dire quand les produits sont réellement d'une vente assurée et lorsque les emprunteurs

sont assez riches pour n'avoir pas besoin de vendre le gage de leur emprunt afin de s'acquitter à l'échéance. Dans tous les autres cas, le prêt sur simple dépôt deviendrait inutile, sinon désastreux.

Il est donc de toute évidence que pour mettre réellement et effectivement le crédit à la portée de tous les possesseurs de produits, c'est-à-dire pour que la banque pût escompter les promesses de payer à une seule signature, mais gagée par des produits de toute espèce, il faudrait de toute nécessité fournir aux possesseurs de ces produits les moyens de les vendre, ou tout au moins leur en faciliter la vente. Heureusement rien n'est plus facile.

En effet, pour qu'un produit puisse se vendre, il faut que quelqu'un en ait besoin, il faut que le consommateur de ce produit existe

En outre, il est de toute nécessité que ce produit soit de bonne qualité, et enfin qu'il soit offert à l'acquéreur au plus bas prix possible.

Avec ces trois conditions , tout produit sera assuré de trouver acquéreur.

Or, pour connaître si ce produit correspond à un besoin, s'il peut être assuré de trouver un acquéreur, il n'est pas de moyen plus sûr que de mettre ce produit en face des consommateurs.

Pour cela faire , il suffirait :

1° D'établir partout où le besoin pourrait s'en faire sentir des entrepôts ou agences commerciales dans lesquels seraient déposés les produits destinés à servir de gage à la banque d'état ;

2° D'autoriser chacun de ces entrepôts à établir un bazar dans lequel seraient exposés les produits déposés comme gages de crédit , et à ouvrir ces bazars au public :

3° D'autoriser les ag-ences commerciales ou entrepôts à échanger entreelles les produits qui y seraient déposés, toutefois en se conformant dans ces échanges aux ordres et instructions du dépositaire ;

4*^ D'exposer publiquement dans les bazars, nonseulement les produits déposés sur les lieux mêmes de la production, mais encore ceux qui seraient expédiés par les autres agences correspondantes ;

5° D'autoriser les agences ou entrepôts à vendre les produits exposés au public, au prix marqué sur les produits eux-mêmes par celui qui les aurait donnés engage.

De telle sorte que les agences et entrepôts établis dans toutes les villes, puis dans tous les cantons de France , deviendraient des maisons de consignation publiques , sous la surveillance générale de tous les citoyens ; si bien que comme il pourrait y avoir en France un grand nombre de ces agences ou magasins publics de consignation, il en résulterait que tout producteur pourrait faire mettre ses produits en vente à son choix sur tous les points de la France.

La comparaison entre ce qui se passe aujourd'hui et ce qui se passerait si l'on organisait les agences commerciales , suffira pour démontrer les avantages incalculables que la production et la consommation doivent attendre de celte institution.

Supposons qu'il s'agisse de la production des vins.

Le vin se produit dans le midi, il se consomme dans le nord : il faut donc que le vin arrive sur les lieux de consommation.

Ce sont aujourd'hui la spéculation et l'accaparement qui se chargent de cette évolution , car le producteur de vin ne peut l'accomplir lui-même, en premier lieu, parce qu'il a besoin d'argent et qu'il ne peut attendre le moment de la consommation ; en second lieu, parce qu'il ne connaît pas le consommateur et qu'il ne peut envoyer

ses marchandises au hasard, àdes intermédiaires qu'il ne connaîtpoint, eldontrinlervenlion se résoudrait en laissés pourcompte, faux frais exorbitants, faillites, auxquels se joindraient le plus souvent la fraude et la falsification.

De telle sorte que la spéculation et raccai)arenient, exploitant les besoins impérieux d'argent des producteurs et leur ig:norance dé la consommation , achètent le vin à vil prix au moment de la récolte, à si vil prix que le producteur de vin , qui ne peut attendre, se voit forcé de livrer son produit au-dessous du prix de revient.

Non-seulement la spéculation et l'accaparement dépouillent le producteur et le consommateur en exploitant leur ig-uorance et leur besoin d'arg-ent, mais encore ils achèvent de les ruiner, en opérant la fonction intermédiaire entre la production et la consommation, d'une manière si onéreuse, en surcharg-eant le prix des produits d'une masse de faux frais si exagérés et si peu motivés , que ce prix s'accroissant sans mesure, la consommation se trouve paralysée, le consommateur ne peut plus consommer, parce que la cherté des produits, trop grande pour ses faibles ressources, les tient hors de sa portée.

Il y a donc en France trente-cinq millions d'hommes qui souffrent et périssent faute de consommer, au moment même où le producteur voit ses magasins encombrés de produits qu'il ne peut vendre, parce que la spéculation et l'accaparement trouvent le moyen , par leur intervention, d'empêcher la consommation.

En conséquence, puisque le producteur "a besoin de vendre.

Puisque le consommateur a besoin d'acheter. Quoi de plus simple que de les faire aboucher ensemble, que de les mettre en rapport direct ?

Et dans le cas qui nous occupe :

Puisque le vin se produirait dans le midi ;

Puisque le consommateur se trouverait dans le nord;

Puisque dans le raidi, il y aurait un entrepôt où le producteur viendrait déposer ses produits en gage pour obtenir le crédit ;

Puisque dans le nord, il y aurait également un entrepôt en correspondance directe d'échange avec l'entrepôt du midi ;

Puisque, par ce fait de l'échange entre les entrepôts, les vins arrivés dans le nord seraient exposés publiquement aux conditions stipulées par le producteur luimême ,

Il est clair que le producteur de vins , au lieu de demander le crédit individuel au spéculateur; au lieu, dans son ignorance des besoins de la consommation , de le charger de la fonction intermédiaire , laquelle aboutit à ce résultat honteux que le consommateur du nord paie une bouteille de vin 3 fr. qui a été vendue 50 cent, par le producteur du midi, sans compter que le plus souvent ce vin est falsifié; il est clair, disons-nous, que le producteur demanderait le crédit à la banque d'état ; qu'il déposerait ses vins en gage, et qu'alors, assuré de n'être point trompé, de n'avoir à subir ni faillites, ni rabais ni laissé pour compte; que connaissant parfaitement les lieux de consommation, il y ferait expédier ses produits pour y être offerts au consommateur avec toute espèce de garanties.

Or, comme leconsommateur trouverait, par ce moyen, à acheter les vins à prix de producteur, et qu'il ne craindrait plus la fraude, il est évident qu'il achèterait.

De telle sorte que le producteur et le consommateur, ayant établi des rapports directs et sans intermédiaires, se partageraient toutes les sommes prélevées aujourd'hui par la spéculation et l'accaparement; le producteur vendrait ses produits plus cher, le consommateur i«'s paie-

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rait moins cher; tous deux accroissaul ainsi leur faculté de produire et de consonintier, ii se trouverait alors que les agences commerciales, que les magasins publics de consignation, non-seulement auraient facilité la vente en mettant directement en rapport le producteur et le consommateur, mais bien plus, auraient élargi et doublé les acquisitions de produits par suite de l'économie apportée dans les relations.

Or, la consommation s'accroissant sans limites, la vente devenant assurée par le fait de cet accroissement de consommation, tout producteur étant mis, sans faux frais, en rapport direct avec tous les consommateurs, et tous les produits de qualité garantie, se vendant à des prix complètement débarrassés de toutes les surcharges qui proviennent aujourd'hui des gaspillages et de la multiplicité des rouages de la spéculation et de l'accaparement, il en résulterait indubitablement qu'à peu d'except ions près, tous les produits, assurés d'une vente certaine, deviendraient d'excellents gages de crédit.

C'est ainsi que les entrepôts nationaux, créés après février d'après un sentiment juste mais incomplet, demeurés depuis sans utilité et sans emploi, donneraient, par le seul fait de la facilité d'échanger entre eux les produits déposés comme gage de crédit et de les présenter au public consommateur, des bénéfices incalculables à la production et à la consommation. Tout d'abord en rendant tous les produits capables de devenir un bon gage de crédit par suite de leur vente devenue assurée, et surtout en affranchissant la production et la consommation de tout ce qu'elles paient actuellement aujourd'hui à la spéculation et à l'accaparement.

Afin de rendre plus |)alpablc le système des agences commerciales , nous soumettons au lecteur un projet

de statuts qui, étudié avec attention, suppléera, nous l'espérons, tout ce que nous pourrons avoir omis dans un travail aussi rapide (1).

(1) Voir, pour de plus amples détails, la Reforme du crédit el du commerce , librairie sociétaire , quai Voltaire , 23 , à Paris, par François Coignet.

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