LE CRÉDIT MOBILIER
La Société générale de Crédit mobilier a joué un rôle si capital dans le monde financier européen, qu’il a semblé nécessaire d’en faire une analyse et un historique d’une certaine ampleur (1) ;on divisera cet exposé en cinq parties.
On rappellera d’abord la genèse de l'institution et les détails de sa fondation. È On précisera ensuite la mission généreuse et loute de progrès qu'elle s’est assignée ; on montrera ce qu’elle a voulu être dans la pensée de ses fondaeurs, à savoir non pas une combinaison empirique, née de la routine des affaires, mais la réalisation d’une conception élevée dont on constatera l’exacte confor-
1. Get examen a paru d'autant plus opportun qu'il n'existe sur cette institution aucune étude impartiale ; les ouvrages d'Aycard et de Nouette-Delorme ne sont que des tracts de polémistes ; seule la thèse de M. Plenge offre un caractère vraiment scientifique ; elle n’a malheureusement pas été traduite.
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mité avec la théorie saint-simonienne précédemment exposée.
Puis on décrira l’organisation de la société, son mécanisme au repos, à l’état statique.
Ceci fait, on pourra passer à l'exposition de son fonctionnement, à l’énumération de ses affaires : on la verra donc en mouvement, en travail, bref à l’état dynamique.
Enfin on en arrivera à la chute et l’on recherchera les causes, accidentelles, non inhérentes à la conception, qui en ont arrêté l’essor et provoqué l'échec final. |
die px $ 1. — La Genèse et la Fondation -
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Fondé au mois de novembre 1859, le. Crédit mobilier ne devait pas être une Banque ordinaire. L'opi: nion publique ne s’y trompa pas. Elle n’y vit pas une Caisse mieux outillée, mais de la même nature intime quel les maisons Gouin, Ganneron, Baudon, Leroy de Chabrol, Béchet- Dethomas, Cusin-Legendre et autres qui, sur des échelles diverses, plaçaient dans leur clientèle les titres d’entreprises montées par actions (1). Le
Elle eut conscience que c'était une institution Vraie ment nouvelle par l'ampleur de son programme et pee sa constitution en société anonyme.
"geue société était le fruit des longues méditations
is * Churtois, Histoire des banques en France ; “Journal des chemins de fer, 5 mars 1853.
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de ses fondateurs. Dans tous les écrits d’Isaac Percire, de même que dans les nombreux articles de son frère Emile parus dans /e National de 1839 à 1835, on rencontre l’idée fondamentale de la grande mission dé la Banque, « âme économique v insufilant la vie à toutes les manifestations de l’activité industrielle, commerciale et même intellectuelle du pays. - Dès 1825, ils avaient compris les avantages d'un Crédit commanditaire de l’industrie. En 1830, pour soulager la place alourdie par la Révolution de juillet, ils avaient conçu et réclamé la création de comptoirs d'escompte et de caisses ayant la même tendance. Ce plan n ‘aboutit qu ’en 1848 à la constitution d’ailleurs provisoire et imparfaite du Comptoir d’escompte (1). - La Révolution de février ne devait que les confirmer dans leur intention de réaliser le vaste projet qu’ils élaboraient depuis si longtemps.
Elle éclata soudain par l'effet d’une coalition morale: __et fortuite des légitimistes et des républicains, Elle
fit tomber, sans que sa chute eût été franchement préparéeou provoquée parquelque événement imporlant, une monarchie qui tout à l'heure encore semblait bien assise et avait donné à la bourgeoisie. française dix-huit années de prospérité pacifique. = Engagés dans la direction des chemins de fer de Saint-Germain, -de Versailles, du Nord, de Paris à Lyon, les Pereire se trouvaient, selon le mot de
- 1. Emile Pereire faisait partie du Sous-Comptoir des Chemins de fer qui dura jusqu’en 1860 (Sur te Comptoir d’escompte, V. Forcade, Revue des Deux Mondes, 1° avril 1856).