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correspondant à sa nature ; ils consacrèrent aux placements fixes les sommes représentant leur capital, aux placements à échéance déterminée les fonds dérivant des comptes courants.
Ces deux sortes de placements nous intéressent également au point de vue du secours que la banque peut apporter à l’industrie.
Les placements fixes constituent Rnb le crédit commanditaire. On peut ranger en trois caté-: gories les opérations de la société s’y rattachant : il y a d’abord celles qui forment la commandite proprement dite, la souscription d’une partie des-actions de l’affaire à créer ; il y a ensuite la souscription aux actions des compagnies existantes ; il y a enfin les affaires où, sans engager ses propres fonds, le Crédit. mobilier ne prête qu’un concours moral et ses bons offices d’honnête courtier.
Les entreprises nouvelles véritablement suscitées par la société sont nombreuses. On tentera de mettre un peu d'ordre dans leur énumération. .
I. — C’est tout d'abord une société immobilière : ‘la Société des Immeubles de la rue de Rivoli, fondée -en 1854 au capital de »4 millions, divisé en 240.000
. actions de 100 francs, dont le Crédit mobilier sous-
crivit personnellement 106.665, devenue en 1858 la . Compagnie immobilière de Paris. Son but était dou- -ble : elle devait contribuer à l'assainissement et à > embellissement de la capitale : d'autre part, en stimulant l’activité de l industrie du bâtiment. elle “‘dévait assurer là baisse des loyers. A: l'aide ie l’em-
Lie Her SI À
prunt s élevant en 1861 à 88 millions, elle transforma et créa un grand nombre de quartiers de la vieille cité de Louis-Philippe (1) ; elle exécuta aussi de grands travaux en province. Elle se fusionna avec la Société des ports de Marseille et l’entreprise de la rue Impériale : elle fut désormais la Compagnie immobilière, présidée par Emile Pereire (1863).
Il: — Le Crédit mobilier fonda ensuite une compagnie de navigation : la Compagnie générale mar itime, créée en 1854 au capital de 30 millions en vue
de donner une nouvelle impulsion à l'industrie de l'armement dont le développement ne correspondait pas à la situation géographique, plulôt privilégiée de la. France, en vue aussi de créer des lignes transatlantiques. En 1861, elle devint la Compagnie générale transatlantique.
1. Voici, à titre de curiosité, quelques précisions à ce sujet : la Compagnie transforma le quartier du Palais-Royal entre le passage Delorme et les rues Saint-Honoré, de l'Oratoire et de Saint-Germain-l’'Auxerrois; elle créa le boulevard de Sébastopol et la rue dé Palestro, la rue Marignan avec partie des Champs-Elysées, le
+ boulevard Malesherbes jusqu'au parc Monceau, le quartier du Nouvel Opéra comprenant le boulevard des Capucines, les rues: Halévy, Meyerbeer, Auber, Scribe et le Grand-Hôtel, l'Hôtel du Louvre, le boulevard des Filles du Calvaire, celui du Prince Eugène ; elle fit le lotissement du quartier de l’ancien entrepôt
: des Douanes ; elle perça enfin dans le quartier de.l’Europe les rues Clapeyron, de Moscou, de Turin et de Berne.
Ajoutons que les Pereire personnellement construisirent le boulevard Malesherbes au delà du parc Monceau qu'ils firent
* aménager, les avenues qui entourent ce parc et portent des noms
de peintres, les larges rues de la plaine Monceau, les avenues
Wagram et de Villiers, la rue de Rome, le Poor et la place
à qui l’on a donné leur nom, le boulevard Magenta depuis la rue
des Petits-Hôtels jusqu’à la place de Valenciennes.
TT 162 a
III. — Ce furent en troisième lieu diverses compagnies de chemins de fèr,en France et à l'étranger:
1° Compagnie du Chemin de fer de Dôle à Salins, versé plus tard dans le réseau du P. L. M. (1854).
s Compagnie du Chemin de fer de Saint-Rambert à Grenoble (1855), qui fut le point de départ des chemins de fer du Dauphiné, appelés à faire partie ,du:P, L, M, (1858).
3° Société autrichienne, Impériale, Royale: Privilégiée des chemins de fer de l'Etat (1854) dont les lignes furent peu à peu raccordées au réseau hongrois.
4° ie des chemins de fer François-Joseph : (1855), connue aussi sous le nom de chemins de fer d'Orient, qui devait mettre Vienne et Pesth en communication par la rive droite du Danube. - =
5° Grande Compagnie des Chemins de fer russes (1858) fondée avec l’appui de Stieglitz, Hope, Baring, Mendelssohn, Hottinguer, Mallet, Fould.….., qui devait couvrir la Russie de 4.000 kilomètres de voies ferrées et que l'opposition de l'administration supérieüre borna à la ligne-Petrograd-Varsovie et à celle de” Nijni-Novgorod. 6 ;
6 Compagnie des Chemins de fer du Nord de l'Espagne, fondée le 18 décembre 1858, au capital de 100 millions, pour relier Madrid-Valladolid- et Burgos-Irun, et dont la ligne fut entièrement ouverte : à l'exploitation le 16 août 1864. A
7° Chemins de fer de Cordoue à Séville an = 8 On aurait pu inscrire enfin les chemins de fer
; Lombards-:Vénitiens et le Vienne- debate si le Crédit mobilier n’avait dû y renoncer sous- la pression. du | gouvernement As qui préféra les voir en d’autres mains. |
Dans le même ordre des travaux publics et des voies de communication, il faut ranger la Compagnie de la Canalisation de l'Ebre, entre: Caspe et San- Carlos de la Rapita (1855), qui prospéra médiocrement. | :
IV. — Le quatrième domaine de Faetivité du . Crédit. mobilier est celui des assurances alors en - ne période de mise en valeur ; on y rencontre: 1e La Confiance, fondée en 1860, au DER de & millions ; - 9° La Paternelle, fondée la même année, au capital de 6 millions ;
3° L'Union et le Phénix Espagnols (1864), qui devait avoir bientôt pour pendant le Phénix autrichien. | à | V2 1 faut citer, en cinquième lieu, la Société des Entrepôts et magasins généraux de Paris (1860).
VL — Il resterait enfin à énumérer les banques et crédits mobiliers qui furent créés un peu partout en Europe : on se réserve d'y consacrer un chapitre 5 spécial.
— Le second. Mode de crédit pour la: société con- siste dans la participation aux emprunts des compagnies. Voici la liste des principales opérations de cétle sorte accomplies par le Crédit mobilier»
He 164 — 1° Souscription à l'émission initiale des obligations du Crédit foncier (1853).
2° Traité de service financier avec la Compagnie du chemin de fer Grand-Central (1853) ; émission d’un emprunt de 30 millions.
3° Traité de service financier avec la Compagnie du Midi (1853); avances facultatives aux actionnaires pour la libération de leurs titres ; placement de 50.000 obligations (1855); placement de 89.000 actions (1856); placement d'obligations (1857)... 4° Traité de mouvements de fonds avec la compagnie de l’Æst (1853); avances pour la libération de leurs titres aux porteurs des anciennes actions de cette compagnie et desnouvelles émises pour l’adjonction de la ligne de Paris-Bastille à Mulhouse ; souscription de 250.000 actions (1854); avances aux actionnaires (1855)...
5 Concours apporté au Chemin de fer des Ardennes en vue de l’extension du réseau de Creil à Beauvais et de Reims à Sedan (1855).
-. 6° Concours accordés aux compagnies des chemins de fer de l'Onest-Suisse et du Central-Suisse (1855), et continués pendant les exercices suivants.
0 Traité avec la compagnie des Mines de la Silesie (Stolberg) pour le dépôt de ses titres.
8° Émission de 11.600 obligations de la Soctété de la Vieille- Montagne 5 0/0 à 4:5 francs (1853). 9° Mentionnons que le Crédit mobilier participa aux emprunts nationaux français de 1853, 1854, 1855, 1859 et à l'emprunt mexicain 6 o]o de 1864.
— Enfin les affaires que le Crédit mobilier servit de son concours moral, ou pour le compte desquelles il a rempli le rôle d'intermédiaire sans y engager ses propres fonds, sont :
1° Fusion (1) des chemins de fer de Saint-Etienne à Lyon, de Saint-Etienne à la Loire et d’Andrézieux à Roanne, formation de la Société des chemins de fer de Rhône-et-Loire, et cession finale à la Compagnie du Grand-Central (1853).
20 Constitution, au capital de 150 millions, de la Compagnie de l'Ouest, fusion des Compagnies de Paris à Rouen, de Rouen au Ilavre, de l’ancien chemin de fer de l'Ouest (Versailles à Chartres et prolongements), de Dieppe à Fécamp, de Paris à Saint- Germain, de Paris à Versailles (rives droite et gauche) (1855). :
3° Essai de fusion des chemins de fer de l'Etat autrichien et de la ligne Vienne-Trieste.
4° Essai de fusion des deux chemins de fer suisses avec les lignes de la Compagnie franco-suisse et du Nord-Est.
5° Subdivision de la Societé des Mines de houille de la Loire en quatre sociétés anonymes constituées avec un fonds social de 80.000 actions chacune : mines de la Loire, mines de Montrambert et de la Bézaudière, houillères de Saint-Etienne, houillères
1. Isaac Pereire: « Quand nous touchons à une industrie, nous désirons obtenir un développement, non par voie de concurrence, mais par voié d'association et de fusion, par l’emploi le plus économique des forces et non par leur opposition et leur destruction réciproque. »
Vergeot 11
de Rive-de-Gier, — dont le Crédit mobilier devint le centre financier (1854). :
6° Fusion des Salines de l'Est et du Midi, qui fut retardée par la lenteur des enquêtes administratives. | |
7e Fusion de toutes les entreprises de voituresomnibus qui desservaient Paris, et organisation de la Compagnie des omnibus « qui plaça l’industrie des transports en commun dans les villes, comme cavalerie et comme carrosserie, au niveau des chemins de fer et des exigences du confort, en même temps qu'elle créait, à un prix de bon marché inouï à cette époque, une circulation artérielle urbaine qui n’a été égalée nulle part. » (1854).
8 Transformation en société anonyme de la Cor: pagnie impériale des petites Voitures de Paris (1863).
9° Fusion des six compagnies parisiennes du gaz, fondation de la Société parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz et traité conclu avec la ville de Paris le 23 juillet 1855 lui concédant le monopole pour 5o ans. à . Tel'est le triple usage que le Crédit mobilier fit des fonds dont il avait la disposition permanente. L'énumération qu'on vient de donner se chiffre par un total de 7 milliards: 21 compagnies seules constituées sous ses auspices représentent, avec 4.332.384 titres, 1.916.168.030 francs. Or, dans l'enquête sur la circulation monétaire, Emile Pereire a donné l'état suivant des émissions introduites à la Bourse de Paris de 1852 à 1865 :
un
1° Emprunts nationaux........... .: fr. 6.200.000.000 2 Emprunts del Etat français. ,...... 2,300.000.000 3° Chemins de fer français. .......... 4:900.000.000 — 4° Obligations foncières... ...,....,,. 800,000.000 5° Valeurs étrangères...::,.,°,...,.. 4.500.000.000 6° Sociétés étrangères. ,..........:., 4.800:000.000 7° Sociétés françaises... ... D eee j 5.000.000.000 Totai : = Fr. 28.500.000.000.
Il est bien évident que la plus grande partie des sociétés relatées dans ces totaux n’ont eu qu’une existence nominale et que, pour les emprunts étrangers, le fait de leur inscription à la cote ‘authentique ne préjuge en-rien de leur facilité de placement au parquet ou à la coulisse. Au contraire les 4 milliards dont l'émission est passée par les guichets du Crédit mobilier, sont effectifs. On peut donc affirmer qu'un
- quart, peut-être même un tiers, des affaires positive ment traitées à Paris de 1852 à 1865 y ont été présentées par son entremise et sous sa protection. En synthétisant ainsi pour une large part l’activité économique de la France impériale, l'institution des Pereire a bien réalisé la conception dont le Saint- Simonisme avait élucidé la technique : elle a stimulé les entreprises d'utilité publique et d'intérêt national, surtout celles dont l'effet est d’unir les individus d'une solidarité matérielle plus étroite ; elle a doté notre pays d’un très complet outillage de transports et de communications : sa chute prématurée l’a empêché
de susciter les grandes industries dont cet outillage devait être l'instrument nécessaire et préalable. Grâce à elle, Pesprit d'entreprise développé en France a débordé rapidement les frontières : elle a
essaimé et favorisé l'association des hommes et des capitaux en vue d’une meilleure exploitation du globe au profit de l'humanité tout entière.
Cette politique industrielle du Saint-Simonisme,le Crédit mobilier n’y-est pas demeuré moins fidèle dans l'emploi qu’il fit des fonds dont il avait la seule disposition temporaire. Il utilisait ses comptes courants en reports, placement d’une sécurité absolue et d’une réalisation rapide, de quinzaine en quinzaine, au maximum de mois en mois. L'influence des capitaux amenés ainsi sur le marché ne tarda pas à se faire sentir surletaux des reports. Voici,pendantle premier exerciee de la société, la baisse progressive de ce taux moyen : PR
Décembre 1852 12,03 0/0 - . DS Janvier 1853 8,65 — £ Février — 5,22 —
Mars — "5,04 —
Avril — 4:78 —
Mai — 3,87 —
Juin — — 5,94 —
Juillet — 3,42 —
Août 3,30 — Septembre — = 0 3,19 — Octobre — 2,88 — Novembre — \ 3,32 — - Décembre — 2,85 —
Les services rendus à l’industrie par ces opérations à courte échéance étaient très importants à une époque où la masse des capitaux d'épargne à long terme n’était pas encore devenue assez considérable pour que les émissions nouvelles pussent, presque dès l’crigine,trouver leur classement dans les porte-
Le 169 pe
feuilles particuliers. Grâce aux capitaux à court terme de ses entreprises vassales, le Crédit mobilier apportait une aide indispensable à la spéculation, qui exerçait sur les cours la fonction régulatrice qu’on sait et qui pouvait ainsi, au delà des limites d’une liquidation, entreposer les titres flottants jusqu’à leur répartition plus stable par la voie du comptant entre les épargnants définitifs ; c'était une facilité indirecte donnée à la grande industrie, constante préoccupation du Saint-Simonisme bancaire.
On peut maintenant, après avoir tracé ce tableau à grandes lignes de l’activité du Crédit mobilier,envisagée dans ses rapports avec la production industrielle, présenter quelques indications statistiques qui préciseront l'ampleur de son fonctionnement.
À vrai dire,les seuls documents dont on puisse disposer, à savoir une situation générale, résumé du bilan annuel, et un extrait du compte de profits et pertes, ne contiennent à cet égard, il faut l'avouer, que des données assez succinctes. L’instabilité des divers postes du bilan, les « bloquages » succédant aux spécialisations, rend toute ventilation malaisée; il est notamment impossible de récapituler les sommes annuellement engagées et dégagées des opérations commanditaires, les sommes affectées aux reports dans l’ordre des liquidations,les mouvements des comptes courants... Comme le dit Forcade (1),
1. Revue des Deux-Mondes, XXVI° année, 2° période, p. 624. Cependant Courcelle-Seneuil, Traité des opérations de banque,
exagère quand il prétend justifier son silence sur le Crédit mobilier par l’impénétrable obscurité de ses bilans. :
RÉ à teens
on ne peut guère connaître que les résultats généraux des opérations, bref des soldes. Fe . Pour suivre la marche de la société et apprécier à chaque exercice sa situation, le mieux est d’établir son bilan sous cette forme résumée (le mot « immédiat » n’a évidemment qu’un sens relatif).
ACTIF PASSIF Nonimmédiatement réalisable : | Non immédiatement -exigible : Rentes Capital.
” Actions Placements fixes Réserve.
Obligations [Obligations à long terme].
Immédiatement réalisable : Immédiatement exigible : . Bons du Comptes courants. \ Trésor Placements à Obligations à court terme. Reports échéance Créanciers divers.
Avances | déterminée Effets à payer." de aux Sociétés Effets à recevoir.
Caisse.
Solde àla Banque de France.
Dividendes à encaisser.
Le tableau ci-contre montre le mouvement de ces divers articles au cours des quatorze années d’existence du Crédit mobilier ; le diagramme le représente d’une manière plus saillante :
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A7]. = Représentant Les mes delai a du Millions Eh F pass if (31 décembre de chaque année).
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Du rapprochement de ces quaire courbes se dégagent d’instructives constatalions sur l’état de la société : elies donneront la clef du problème posé par sa chute. Pour s’assurer une liquidité parfaite, elle devait avoir à tout moment la disposition quasiimmédiate, en espèces ou en litres très rapidement réalisables, de toutes les sommes nécessaires à l’acquit de ses engagements à vue ou à très court terme. |
A cet effet, elle devait, comme il a déjà été dit, n’immobiliser dans des placements fixes qu’une partie de son actif inférieure ou au plus égale à ce qui constituait à son passif ses ressources propres, c’est-à-dire son capital-et ses réserves, dont le rem- boursement élait dû à ses actionnaires, mais non éxigible par eux ; à l'inverse, elle devait consacrer exclusivement à des placements d'échéance déterminéé et de recouvrement peu éloigné les fonds dont le remboursement pouvait être réclamé par les liers à vue ou à terme prochain.
Sur le graphique, cet équilibre sain se traduirait très nettement : la courbe du passif non exigible serait au-dessus de celle de l'actif non réalisable ; la “courbe du passif exigible serait au-dessous de celle : - de l'actif réalisable. La « coupure » l’une par l’autre de ces courbes considérées deux à deux signifierait la rupture de l'équilibre, des immobilisations excessives ‘et une instabilité dangereuse à “la merci
d'un ran des déposants : U 'est la Het de touche de