‹ Le crédit comme stimulant et régulateur de l'industrie: La conception Saint-Simonienne, ses réalisations; son application au problème bancaire d'après-guerreChapitre 59 sur 97 · On verra plus loin que ce n'était là qu'uné illusion · texte numérisé non relu

On verra plus loin que ce n'était là qu'uné illusion

C’est alors qu'intervint la liquidation.

— La liquidité est une qualité technique dont la

nécessité, pour les banques, ne devient tangible à tous qu’au jour des débâcles, quand les confiances peu à peu ébranlées s’écroulent; c’est une vertu solide qui n'intéresse d’ailleurs que les déposants. Les actionnaires et les spéculateurs sur Îles cours d'actions ne regardent qu’à la prospérité de la maison, se traduisant par l'importance de son dividende ou la hauteur de ses cours, lors même qu'elle doit être sans lendemain. C'est cette dernière question qu'il reste à envisager dans cet examen du fonctionnement du Crédit mobilier.

‘ Ses bénéfices bruts comprennent : 1° les intérêts et bénéfices de placements sur rentes, actions et. obligations ; 2° les bénéfices sur émission d'actions et obligations ; 3° le produit des reports; fe des intérêts divers; 5° les produits de la Caisse des dépôts de titres et location.

Il fauten déduire: r° les frais généraux; 2° les frais de premier établissement ; 3 lés intérêts sur comptes courants et obligations à court terme ; 4s les pertes résultant dè la dépréciation des placements.

Le solde représente le bénéfice net.

En voici le chiffre au cours de ces quinze années :

N853 - 6 millions 1/4 1854 7. 44 “1855 ÉD me ES NS 1866: rte rdbianes He AH EE 1857 à RS ce a SE

fs Re Tr Tee >

1864 Der 3 1865 8 — 1/2 1866 nt

Sur ce bénéfice net, on sait qu’un intérêt de 5 o/o,

« soit 25 francs, est d'abord alloué aux actionnaires,

puis que 10 o/o de ce bénéfice vont aux administrateurs; le surplus est réparti en dividendes.

Voici les fluctuations du revenu total des action-

naires (intérêt et dividende):

Revenu des actions calculé au taux

Année Dividende d'émission 2 : o/o 1853 67 MTS; 40 1854 . 59 ÿ11,80 1855 203,70 40,74 1856 115 23

sé 1857 25 5 1858 25 De 1859 3700 7,50 1860 5o 10 1861 50 10 1862 125 25 1863 125 25 1864 À 50 , 10 1865. 25 5 à 1866 » »

L'évaluation des revenus n’est en réalilé exacte que pour les porteurs d'actions qui les ont acquises au taux d'émission. #

Le nombre doit en être assez restreint. Aussi se rapprochera-t-on davantage de la vérité en prenant,

HE

comme base d'appréciation des dividendes, la valeur des actions selon leur plus haut et leur plus bas cours pendant chaque exercice.

Les actions du Crédit mobilier figurèrent pour la première fois à la cote authentique le 23 novembre 1852 au cours de 1.100 francs pour fermer à 1.000; le 24, on oscilla entre 1.000 et 1.025; le 25, on s’éleva à 1.22, et le 26 à 1785, pour rester en clô-, ture à 1.525.

Le 27, les cours varièrent te 1.999 à I, 1,650, le 29 de 1.475 à 1.600, le 30 de 1.460 à 1.500, le 1°° décembre de 1.340 à 1.400; puis on fit 1.360 le 4, 1.200 le 9, Le 395 le 11, 1.380 le 13, 1.345 le 15, 1.000 le 18, 990 le 24 et, par suite de réalisations, 855 le 31.

Pour les-exercices suivants, il suffira de donuer le plus haut et le plus bas cours, non pas même mois

par mois, mais de l’année :

Herbe | Revenu FEAR . évalué évalué ANNÉES Plus Eos d’après les Plus bas aprés les ë LOUE plus hauts COTE us bas cours (0/0) cours (0/0)

1853 | 960 (mai 4,20 640 (janvier 6,50 1854 | 792,50 ae 7,30 =] 430 > db 13

1855 |1650 (sept.) 12 722,50 (février) | 27,50 1856 |1982,50 (mars) : 6 |r140 (janvier) 9,95 1857 |1487 (mars) 1,80 | 670 (déc.) 3,90 1858 sorte (janvier) 2,45 557,50 (juin) 4,90 1859 gs Eee 4 50 (mai) D 1860 15 mars) 6 637,50 (mai) 8 1861 | 792,50 (sept.) 6,40 Boge bo (avril) Da 1862 |1285 (octobre)| 9,50 | 705 (janvier)| 17,30 1863 |1440 (mai) ,10 |1036 (nov.) 12 1864 |1235 (avril) ,80 885 (nov.) 5,90 1865 975 ( re 2,50 731 (juillet) 3,90 1866 janvier) » 420 (juin) »

1867 333,75 de évrier) » 140 (octobre) »

| Er 1799 —

On voit que la richesse du Crédit mobilier atteignit son point culminant en mars 1856, à la veille du fameux dividende de 4o oJo; cela se conçoit : c'est en 1855 que ses placements fixes êt à “échéance déterminée furent le plus élevés dans toute cette période. À partir de ce moment,sa puissance déclina, à mesure que la prudence lui conseillait de réduire davantage son chiffre d’affaires. Une seconde période de prospérité commença ensuite quand, à partir de 1860, il renonça à sa règle de sécurité et laissa s’enfler de nouveau son actif immobilisé: elle atteignit son apogée-en mai 1863. Puis ce fut la suppression des dividendes et la rechute des cours, jusqu'aux opérations de dissolution.

$ 5. — La chute et ses causes

On aborde maintenant l'examen, aussi impartial que possible, des circonstances et des causes qui firent que tant d'activité, mise au service d’une réelle science des affaires et d’un utile idéal économique, aboutirent à des embarras que l'esprit de dénigrement aggrava et dans lesquels le «gouverne ment intervint fâcheusement.

La longue analyse qui a été présentée du fonclion- - nement de la société a montré un désaccord entre la tendancé qui ressortait de son système et celle qui s’est révélée dans sa pratique : sa théorie la poussait à l’absorption du crédit commanditaire tout entier ; sa pratique la renferma dans ce dilemme : ou bien réaliser sa vaste conception en risquant de com-

promettre sa solidité, ou bien assurer cette solidité

en limitant son activité.

D'où vient qu'elle s’est trouvée en face de ces deux alternatives inconciliables et également dangereuses ? La question importe: car de la réponse qu’on y donne se déduisent logiquement toutes les difficultés qui provoquèrent son échec.

Du dilemme catégorique qui s’est imposé à elle, le gouvernement porte toute la responsabilité : c’est son interdiction d'émission d'obligations qui stérilisa par ses répercussions la combinaison la plus féconde.

Ce refus d'autorisation lésa les droits les plus certains du Crédit mobilier, puisque cette éventualité était prévue parses statuts approuvés et qu’elle pouvait invoquer ceux-ci comme la charte sxnelasnee tique de ses libertés.

Il faussa de plus sa nature économique et l empé- | cha deremplirla mission saint-simonienne qu’il s’était

tracée : un petit capital et une grosse dette consoli-

dée, telle devait être la loi d’une banque de ce genre.

Il le contraignit d'appeler l'intégralité de son capital nominal et plus lard de le doubler : 120 ou même 60 millions exigent une rémunération considérable : or les bénéfices résultant du fonctionnement des

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