LE CRÉDIT MUTUEL
E’économie moderne se caractérise par une indé-
‘niable tendance à la concentration des forces pro.
ductives sous la forme d'entreprises associées, tendance à laquelle le Saint-Simonisme n’est pas étranger, ayant en doctrine célébré l’action collective comme la seule vraiment efficace, et en fait déclanché le mouvement capitaliste le plus considérable du. siècle. ; | :
Malgré leur multiplication et leur exteñsion, les associations anonymes n’ont cependant pas éliminé
entièrement la petite industrie autonome. Or, pour constituer leur capital initial et pour assurer ensuite
leur croissance normale, le même besoin de crédit
s'impose aux grandes sociétés et aux établissements
individuels, ee =.
Aux premières, la Société générale de Crédit mo-
bilier dispense volontiers le crédit à long terme:
A0 c’est exactement l’objet qu'ont eu en vue ses initiateurs.
Mais elle ne peut accorder aucun secours aux seconds: car elle ne peut transmettre à l’industrie le capital disponible du pays qu’en la contraignant d’entrer dans le cadre toujours exceptionnel de la société anonyme.
Aussi les Pereire ont-ils compris la nécessité de compléter leur institution auxiliaire de la grande
industrie, par «une combinaison qui aurait pour
effet d'étendre jusqu'aux classes d’entrepreneurs les
moins favorisés par la fortune, jusqu’à l’ouvrier en chambre, les bienfaits du crédit », bienfaits grâce auxquels, selon l'expression de Bazard, « le cercle des hommes qui pourraient prétendre à devenir
chefs, princes de l’industrie; embrasserait l’huma-
nité tout entière» (1).
C’est dans ce but qu'ils ont présenté au Conseil
d'Etat en 1853, d'accord avec M. Benoit Fould, un -projel d'organisation de Sociétés de crédit mutuel. Il
ne semble pas qu’il ait jamais reçu aucune suite ni
aucune application (2) ; il a cependant paru mériter
d’être classé dans les œuvres pratiques du Saint- Simonisme bancaire, d’abord à raison de son étroite
— connexité avec le Crédit mobilier, parce que d'autre
part il apparait susceptible d’une adaptation, si l’on 1. Doctrine-Exposition, p. 194.
- 2..Cf. Pierre Moride, Le Mouvement des Coopératives de Crédit
vers 1863 (Rev. d'Écon. pol.;1910): « Les Saint-Simoniens eurent
surtout une influence sur-les sociétés capitalistes de crédit et non
sur les associations populaires » (p. 625).
\ = ob — veut, immédiate, aux réformes actuelles. Ce document renferme, en effet, après un exposé des motifs, un plan de statuts détaillé et très complet (1). C’est lui qu’on va maintenant analyser en s’attachant aux divisions mêmes adoptées dans le rapport adressé à l'Empereur,
-$ 1. — Mécanisme
Le projet repose sur deux principes directeurs : c'est d’abord une application à la matière du crédit du système nouveau de Ja mutualité, dont les assurances ont révélé tous les mérites ; ; puis c’est un essai d'adaptation aux exigences d’un crédit popu-
laire nécessairement à court terme des obligations à condition :
d’en fractionner les Loupe et d’en rapprocher les
échéances.
du Crédit mobilier, qu’on peut y plier à
Voici donc le mécanisme institué sur cette double . base (2):
Dans chaque localité se constitueront librement, sous la forme de sociétés commerciales, des Sociétés de Crédit mutuel, spéciales à chaque branche de la production nationale, groupant d’après leurs affinités les industries similaires et connexes, administrées
1. Dès le 4 septembre 1830, on trouve un projet de banque des - Pereire « basé sur le principe de la mutualité et sur l'émission des billets à rente ».fCe projet, de même que celui de 1853, a été réédité en 1864 dans l'ouvrage d’Isaac Pereire sur la Banque de France et l'Organisation du Crédit en France. On citera Hobre les Œuvres des Pereire, t. V, 1° fase., série F.