‹ Le crédit comme stimulant et régulateur de l'industrie: La conception Saint-Simonienne, ses réalisations; son application au problème bancaire d'après-guerreChapitre 64 sur 97 · LE CRÉDIT MUTUEL · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT MUTUEL

E’économie moderne se caractérise par une indé-

‘niable tendance à la concentration des forces pro.

ductives sous la forme d'entreprises associées, tendance à laquelle le Saint-Simonisme n’est pas étranger, ayant en doctrine célébré l’action collective comme la seule vraiment efficace, et en fait déclanché le mouvement capitaliste le plus considérable du. siècle. ; | :

Malgré leur multiplication et leur exteñsion, les associations anonymes n’ont cependant pas éliminé

entièrement la petite industrie autonome. Or, pour constituer leur capital initial et pour assurer ensuite

leur croissance normale, le même besoin de crédit

s'impose aux grandes sociétés et aux établissements

individuels, ee =.

Aux premières, la Société générale de Crédit mo-

bilier dispense volontiers le crédit à long terme:

A0 c’est exactement l’objet qu'ont eu en vue ses initiateurs.

Mais elle ne peut accorder aucun secours aux seconds: car elle ne peut transmettre à l’industrie le capital disponible du pays qu’en la contraignant d’entrer dans le cadre toujours exceptionnel de la société anonyme.

Aussi les Pereire ont-ils compris la nécessité de compléter leur institution auxiliaire de la grande

industrie, par «une combinaison qui aurait pour

effet d'étendre jusqu'aux classes d’entrepreneurs les

moins favorisés par la fortune, jusqu’à l’ouvrier en chambre, les bienfaits du crédit », bienfaits grâce auxquels, selon l'expression de Bazard, « le cercle des hommes qui pourraient prétendre à devenir

chefs, princes de l’industrie; embrasserait l’huma-

nité tout entière» (1).

C’est dans ce but qu'ils ont présenté au Conseil

d'Etat en 1853, d'accord avec M. Benoit Fould, un -projel d'organisation de Sociétés de crédit mutuel. Il

ne semble pas qu’il ait jamais reçu aucune suite ni

aucune application (2) ; il a cependant paru mériter

d’être classé dans les œuvres pratiques du Saint- Simonisme bancaire, d’abord à raison de son étroite

— connexité avec le Crédit mobilier, parce que d'autre

part il apparait susceptible d’une adaptation, si l’on 1. Doctrine-Exposition, p. 194.

- 2..Cf. Pierre Moride, Le Mouvement des Coopératives de Crédit

vers 1863 (Rev. d'Écon. pol.;1910): « Les Saint-Simoniens eurent

surtout une influence sur-les sociétés capitalistes de crédit et non

sur les associations populaires » (p. 625).

\ = ob — veut, immédiate, aux réformes actuelles. Ce document renferme, en effet, après un exposé des motifs, un plan de statuts détaillé et très complet (1). C’est lui qu’on va maintenant analyser en s’attachant aux divisions mêmes adoptées dans le rapport adressé à l'Empereur,

-$ 1. — Mécanisme

Le projet repose sur deux principes directeurs : c'est d’abord une application à la matière du crédit du système nouveau de Ja mutualité, dont les assurances ont révélé tous les mérites ; ; puis c’est un essai d'adaptation aux exigences d’un crédit popu-

laire nécessairement à court terme des obligations à condition :

d’en fractionner les Loupe et d’en rapprocher les

échéances.

du Crédit mobilier, qu’on peut y plier à

Voici donc le mécanisme institué sur cette double . base (2):

Dans chaque localité se constitueront librement, sous la forme de sociétés commerciales, des Sociétés de Crédit mutuel, spéciales à chaque branche de la production nationale, groupant d’après leurs affinités les industries similaires et connexes, administrées

1. Dès le 4 septembre 1830, on trouve un projet de banque des - Pereire « basé sur le principe de la mutualité et sur l'émission des billets à rente ».fCe projet, de même que celui de 1853, a été réédité en 1864 dans l'ouvrage d’Isaac Pereire sur la Banque de France et l'Organisation du Crédit en France. On citera Hobre les Œuvres des Pereire, t. V, 1° fase., série F.

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