‹ Le crédit comme stimulant et régulateur de l'industrie: La conception Saint-Simonienne, ses réalisations; son application au problème bancaire d'après-guerreChapitre 71 sur 97 · Le mot est d’'Enfantin · texte numérisé non relu

Le mot est d’'Enfantin

au manœuvre cette conviction que lui aussi porte dans son sac à outils son bâton de maréchal de France » (1).

1. F. 50. Plus simplement, Rouen avait déjà exprimé cette idée : «Le résultat (du crédit industriel organisé par le Saint-Simonisme) sera d’exciter au plus haut degré l’énergié morale des travail- - leurs. qui pourrontse dire que chacun d’eux porte en soile germe d’une grande existence sociale, qu'il n’est aucun d’eux qui ne puisse aspirer au premier rang, s’il a d’ailleurs du talent et de-la

— probité » (Producteur, t. 1, p. 19). OS

CHAPITRE III L'influence indirecte de la Conception saint-simonienne en France et à l'étranger.

Crédit mobilier et Crédit mutuel, c'était le Saint- Simonisme se réalisant soi-même. Mais l’action de sa conception bancaire ne fut pas si bornée qu’elle ne s’étendit pas au-delà du cercle de ceux qui adhéraient sans réserve au système tout entier et qui s'étaient laissés enrégimenter dans la hiérarchie de l'Ecole.

Les enseignements du Saint-Simonisme théorique et les exemples du Saint-Simonisme pratique exer- . cèrent une très grande influence sur l’évolution du crédit en France et en Europe: on indiquera les institutions qui en portèrent la marque, sans pré-. tendre à en retracer l’histoire, mais seulement en cherchant à préciser les similitudes et à retrouver les circonstances dans lesquelles s’effectua le passage de la conception (1).

1. Seule la formule du crédit à la grande industrie s'est propagée grâce à l'influence du Saint-Simonisme. On ne peut affirmer la filiation saint-simonienne certaine du crédit à la petite indus-

1% a France.

Successeur de Perrégaux, Jacques Laffitte était sous la Restauration à la tête d’une des plus fortes banques parisiennes, banque de commerce comme on à dit que toutes l’étaient vers celte époque. Ainsi qu’on l’a vu encore, il entretint avec Saint-Simon des relations d'amitié et vécut toujours en marge du Saint-Simonisme : pour employer l'expression de M. Weill, ce fut un Saint-Simonien de l'extérieur (1).

En particulier, la conception bancaire ne fut pas étrangère à la transformation vers 1835 de ses idées sur le crédit (2). Après avoir entièrement liquidé les affaires de son ancienne maison, il résolut de fonder —une banque, an moyen de laquelle, suivant une formule dont il usa plus d'une fois, il voulait « faire pénétrer le crédit dans toutes les classes de la société et favoriser le développement du commerce et de l’industrie. »

Cet établissement devait s’appéler d’abord « Banque du Commerce et de l’industrie ». Mais Laffitte fut obligé de renoncer à ce titre devant la prétention de la Banque de France à la propriété exclusive de

trie : en France, lo mouvement de 1860 paraît proudhonien au libéral; en Allemagne, le mouvement de 1850 est empirique (la première caisse Raiffeisen est de nas la première Schulze- Delitzsch est de 1850).

1. Georges Weill, l’Ecole saint-simonienne, p. 80. —2. André Liesse, Portraits de financiers, p. 289. Vergeot . 14

ce mot. Il lui donna donc le nom de « Caisse générale du Commerce ét-de l'Industrie » (1).

. Elle fut fondée, en octobre 1837,,en commandite par actions, la forme anonyme étant refusée par le Conseil d'Etat, gardien du monopole de la Banque

de France ; son capital nominal était de 55 millions

dont 15 effectivement versés.

Ses bases étaient très larges par létendue et la diversité des opérations prévues : escomptes, recou-

vrements,avancessurgaranties, émission d'emprunts d'Etats, «en général toutes opérations financières ».

C’est sous cette dernière rubrique que rentraient le

lancement d’affaires industrielles et l'ouverture de

gros crédits à découvert. La Caisse générale devait -donc tâcher à remplir la fonction saint-simonienne.

des banques, mais elle devait se consacrer à ces com-

mandites et placements à longue échéance avec des capitaux exigibles que leur origine n’y destinait pas :

si son but était bien saint-simonien, ses moyens ne l'étaient pas, et elle réalisait par là la formule un peu aventureuse qu’on a vu plus tard se répandre dans les banques mixtes. | La Caisse générale présentait encore un autre caractère saint-simonien : elle émettait un papier de crédit, des billets à ordre, à 5, 15 et 30 jours de vue et portant un intérêt croissant avec la longueur de l'échéance (2). Ils furent facilement acceptés : en

1. Voir Courtois. Histoire des Banques en France. 2. Ces billets ne pouvaient circuler qu'avec un endos laissé en blanc ; on ajoutait, à chaque transmission du porteur à un autre,

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1837-1858, l'émission totale dépassa 60 millions : elle oscilla ensuite, jusqu’en 1843, entre 35 et 58 mil- Hons; à partir de 1844 où Laffitte mourut, elle s’éleva en moyenne chaque année à une somme totale de k 80 millions.

En 18/47, la Caisse dut cesser ses opérations sous l’action de la crise politique et économique. Son exemple fut suivi: en 1843 fut fondé sur des bases analogues le Comptoir général du Commerce, dit . Caisse Ganneron, et en 1846 la Caisse centrale du Commerceet des Chemins de fer, dite Caisse Baudon. Ces deux établissements disparurent en 1847.

La Caisse de Laffitte fut « une aide précieuse pour le petit commerce et la petite industrie de Paris » : er 1837-1838, le nombre des effets qu’elle escompta . “fut de 220.000, représentant une sommé de 256 millions ; ces chiffres progressèrent peu à peu dans les années suivantes: en 1844, le nombre des effets escomptés atteignit 476.000, formant au total près de 358 millions.

Il y avait là comme un tirage ant la lettre de l'institution du Saint-Simonisme pratique,et cela par la constitution sociale que la Caïsse se donnait au milieu des banques privées de la Monarchie de Juillet, par la fin industrielle qu’elle se marquaït, par y essai de centralisation des épargnes disponibles au moyen des billets à court terme et à intérêt.

les intérêts courus. L'intérêt fut au début de 3 0/0 pour les billets à 5 jours; de 3 1/2 pour ceux à 15 jours ; de 4 o/o pour ceux à __ 30 jours.

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. Lorsque la banque saint-simonienne fut créée par les Saint-Simoniens eux-mêmes, commença pour la conception une seconde période d'influence indirecte. On a déjà remarqué que le Crédit mobilier suscila des établissements rivaux qui pour le concurrencer ne trouvèrent d'autre moyen que de meltre au premier rang de leur programme l’aide à l'industrie nationale ou étrangère : ils s’assignèrent donc la mission mêmé de l'institut qu’ils combattaient. Mais, comme instrument de réalisation, ils écartèrent l'emprunt à long terme, moyen saint-simonien et le seul adéquat au but fixé ; ils reprirent la:‘formule de Laffitte, en drainant les fonds de caisse du public inemployés pendant un temps assez bref, non plus même par l’émission d'obligations à court terme, mais par l’ouveriure de comptes de dépôts ; ils se mirent bénévolement dans la situation contradictoire où le Crédit mobilier avait été malgré soi placé par l'opposition gouvernementale, et cela en dépit de la prudence qui leur commandait de limiter le plus possible les immobilisations et les risques à raison du poids qu'ils portaient d’exigibilités énormes confiées par une clientèle souvent émotive.

Néanmoins ils se développèrent et devinrent les grands établissements de crédit caractéristiques de notre économie bancaire. N’étant pas adaptés à la fonction saint-simonienne qu'ils prétendaient À rem-

plir, ils finirent peu à peu par renoncer à leur idéal

d’action industrielle, et l'on sait les critiques que

leur attira cette restriction techniquement justifiée.

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Ainsi la conception de l'Ecole remplit les deux tiers du xix° siècle, et on l’y rencontre ou toute pure ou légèrement altérée,

$ 2. — Etats allemands

Au milieu du xix° siècle, l’industrie allemande, assurée par la constitution du Zollverein d’un large marché extérieur, prit un rapide essor.

Cependant, le régime bancaire en: était encore au stade commercial dans les divers Etats de la Confédération :il comportait quelques importantes banques

privées, groupéés surtout dans les grandes places de Hambourg, de Cologne, de Francfort (1). Son adaplation au développement de l'économie générale devait s’y opérer comme dans toute l’Europe à - la même époque et avec la même impérieuse nécessité : en effet, une ère nouvelle s'ouvrit alors dans son développement, et l'influence du Crédit mobilier des Pereire fut indéniable sur l’évolution de la banque allemande.

Sa fondation et ses succès commençants soulevèrent. partout l'attention, puis l'enthousiasme : « tous les regards se dirigeaient vers Paris où les merveilles du crédit devaient se révéler dans toute leur étendue » (2); de nombreux articles donnaient - des détails dans les journaux allemands sur l’institu-

-1. Voir D' Riesser, Die deutschen Grossbanken, chapitre d'introduction : esquisse de l’économie générale vers 1848. i - ,° . FRS 4 2. Steiner, Die Entwicklung des Mobilbankwesens, p. 59.

tion saint-simonienne (r); et le projet de limiter se forma peu à peu, et le projet fut réalisé par la conjonction des intentions concordantes d’un praticien financier et d’un économiste théoricien, également influencés par le milieu saint-simonien.

Les brillants débuts du Crédit mobilier impressionnèrent fortement le monde banquier de Cologne, et surtout Abraham Oppenheim, copropriétaire de la raison Salmon, Oppenheim et Cie, l’une des princi- É pales maisons de ce marché.

Il était beau-frère de Benoît Fould, chef de la firme parisienne. Dans la liste des souscriptions du Crédit mobilier, Benoît Fould figurait pour 73oactions, la banque B.-L. Fould et Fould-Oppenheim pour 11445, et la banque Salmon, Oppenheiïm Junior et Cie paur 500, soit en tout environ le tiers de la première sèrie ‘émise. Dès le mois de décembre 1853, Oppenheim entra en pourparlers avec Gustav Mevissen en vue de la fondation d’un institut semblable en Allemagne.

Mevissen était tout acquis à la création de banques de cette nature. Il avait reçu de Saint-Simon ses premières leçons économiques ; conduit par Henri Heine vers ce monde d'idées (2), il avait renforcé son impression livresque par un séjour à Paris et des relations personnelles avec l'Ecole. De retour au pays rhénan, il avait mené une active campagne

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