LE SAINT-SIMONISME APPLIQUÉ AU PROBLÈME ACTUEL DU CRÉDIT A L'INDUSTRIE
Parlant de la valeur éducative de l’histoire, Thureau-Dangin a dit quelque part : « Ceux-là seuls peuvent avoir des vues d’avenir qui ont appris à regarder le passé. »
Ce n’est pas que, avec la philosophie saint-simo- nienne, on puisse aflirmer que l'humanité soit un organisme obéissant à une loi dans son développement régulier et prévu et qu'il soit possible par lPobservation philosophique des temps écoulés de distinguer « dans les restes d’un passé qui s'éteint les germes d’un avenir qui s'élève ».
On sent que cette:vue organisatrice de l’histoire - a le tort d’en éliminer ce qu’on est convenu d’appeler le hasard et qui n’est autre chose que l'intervention imprévisible de la liberté humaine : demain sera ce que les hommes d’aujourd’hui le feront ; mais ces hommes, pour agir, s’inspireront sans doute des enseignements et des exemples de ceux qui les ont précédés. Et c’est de là que la science historique tire
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cette efficacité magistrale et cette valeur d'art, qui lui donnent sa principale utilité. © Spécialement, l’histoire des doctrines et des faits, économiques verserait dans l’érudition vaine et la stérile idéologie, si elle devait dédaigner un certain pragmatisme et si elle ne jouait pas par rapport à l'économie politique le même rôle fondamental que l’expérimentalion au regard des sciences de la nature. Lors donc que la conjoncture fait apparaître, entre les problèmes et les courants d'idées de deux épo- | ques, un parallélisme et des ressemblances qu'il y aurait puérilité à forcer et aveuglement à méconnaitre, l'intérêt presque unique d'une étude rétrospective des doctrines et des institutions qui se sont. fait jour autrefois réside dans la possibilité de faire éclore et d'utiliser à l'heure actuelle les germes ‘de vie qu'elles recèlent encore. | — C'est Pourquoi on terminera ce travail par un “essai. de transposition ou plutôt d'adaptation de la théorie et de la pratique bancaires du Saint- Simonisme en vue de la solution du problème contemporain du Crédit industriel. -
$ 1.—- Les lacunes de noire orgañrisation bancaire.
‘ Voiai bientôt une vingtaine d'années qu’ on. reproghe aux banques françaises de ne pas contribuer, dans une mesure suffisante, au perfectionnement et à l'extension de l'industrie nationale. Il ne s ’agit pas ici de présenter. une joie de plus les critiques vulga-
tribuer du crédit, se consacrent principalèement à
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risées par la brillante et incisive campagne de ce Lysis qu'on a spirituellement appelé le Masque de fer de l’économie politique, mais. seulement de retracer une esquisse sommaire de notre édifice bancaire et d’en rappeler les lacunes pour regarder surtoui aux moyens pratiques de les combler.
Pour se rendre un compile exact du plan de notre organisation de crédit, on ne saurait mieux faire que d’en reproduire ici l'excellente description donnée par M. Eandry en un raccourci très précis (1). | « Dominant tout le système, la Banque de France, grâce à une politique prudente et sage, exerce une action modératrice et stabilisatrice sur le taux de l'escompte et remplit remarquablement, d’une façon
générale, la fonction bienfaisante de régulateur du
marché monétaire et du crédit. Derrière elle, les
- grands établissements de crédit, concentrant dans
leurs caisses, sous forme de dépôts, une portion considérable de l'épargne publique, pratiquent par
milliards des opérations d’escompte, d’avances, de
reports, et sont, par le rôle qu’elles jouent dans les émissions detitres, les guides principaux des capitalistes français en quête de valeurs mobilières. Et tandis que la haute banque’ parisienne dirige dans: un sens analogue l’activité d'entreprises individuelles, des banques d'affaires, qui s'occupent peu de dis-
l'introduction de fonds étrangers sur notre marché.
1. Rapport Landry, déjà cité, Doc. part. Chambre, 1913, annexe
En même temps, disséminées sur tout le territoire du pays, des banques locales font des opérations d'avances et de découverts avec des capitaux dont le drainage des dépôts par les grands établissements de crédit diminue de plus en plus l'importance. Enfin, fondés sur le principe de l'association mutuelle ou coopérative, des banques populaires ou des établissements analogues s'efforcent de réparer certaines insuffisances qui subsistent dans le € com-
merce du crédit ». à
Est-ce que, dans cet organisme bancaire apparemment très diversifié, l’industrie française trouva toujours avant la guerre les moyens. financiers nécessaires à son plein développement ? Il serait inexact et injuste de faire une réponse absolue et unique : il convient de distinguer suivant la « dimension » de l’entreprise.
- Les besoins en capitaux neufs de notre très grande industrie, celle qui fonctionne sous la forme de société anonyme avec une firme très connue et généralement parisienne, étaient relativement faibles ou du moins aisément satisfaits. Une enquête fort sérieusement menée peu avant la guerre auprès des. différents groupements syndicaux confirma ces données. (1) « La réduction au minimum des appels aux Capitaux neufs ou aux crédits d'emprunts » (2) tenait à la méthode de gestion générale dans nos grandes de et’ pour ainsi dire nationale qui
F Pinante.Unoeres 1913, livraisons de février à juillet. 2. Conférence citée de Peyerimhoff, p. zir.
leur fait prélever sur les bénéfices la totalité ou la plus grande partie du coût des travaux nouveaux, Seules, les industries concessionnaires de services publics comme l'éclairage ou les transports en commun, dont la durée de jouissance est limitée et qui souvent sont assujetties par leur contrat à des partages de bénéfices, étaient obligées de renoncer aux procédés tontiniers et de recourir assez largement aux émissions d’actions ou d'obligations : du moins leur notoriété et leur caractère semi-officiel leur permettaient d'obtenir du public une aide presque directe et de ne recourir aux banques que pour l'emprunt de leurs guichets.
Au contraire les affaires de moindre importance auraient eu besoin de l’assistance des banques et la leur demandaient en vain.
La grande industrie régionale, généralement organisée en commandite par actions, et dont l'existence reste pour notre pays du plus grand intérêt économiqué et social, était placée, en effet, dans une situation toute différente. Sans doute elle pratiquait aussi le procédé du développement sur son propre : fonds, qu'on pourrait appeler la méthode de la boule de neige ; mais ce qu’elle y gagnait en solidité, elle le perdait en rapidité d'expansion. Pour sa constitution, son développement et la résistance aux crises qui pouvaient l'assaillir, d'importants capitaux lui étaient nécessaires qu’il lui était malaisé d'appeler directement sur le grand marché national où elle était mal connue.