CHAP. I. — § I. RÉFL. PRÉLIMINAIRES
étendre la sphère d’action de cet établissement unique. Si quelques modifications furent proposées çà et là dans son assiette ou dans son mécanisme, elles furent toutes successivement écartées par un ordre du jour dédaigneux. Enfin, après quelques jours d’une discussion fort incomplète, sur la foi de quelques assertions lancées au hasard par un ministre, on jugea que tout était pour le mieux en France, et le débat fut clos sans avoir rien produit. Tout récemment encore, n’avons-nous pas vu le gouvernement provisoire supprimer d’un seul trait de plume toutes nos banques départementales, sans que, ni alors ni depuis, personne se soit enquis des motifs ou des conséquences de ce grand coup d’autorité.
On peut dire, il est vrai, que depuis la Révolution de Février la question du crédit est à l’ordre du jour, et elle remue, en effet, bien des tètes. Mais, hélas! dans quel tourbillon d’idées s’agite-t-elle? Au lieu d’en chercher la solution dans le jeu régulier des banques commerciales, il semble que tous ceux qui s’en occupent ne tendent, à l’envi les uns des autres, qu’à enfanter des projets fabuleux. Les moyens connus, déjà pratiqués avec succès, avec éclat, sont dédaignés par ces esprits aventureux, qui ne se plaisent que dans les voies excentriques et ne savent caresser que des chimères. Ainsi, malgré l’intérêt réel qui s’attache depuis quelque temps à l’idée générale du crédit, les banques commerciales, véritables nourricières du crédit, n’en restent pas moins frappées d’une indifférence complète.
et des faits, elle aurait été révoltée par le discours de M . Thiers qui détermina son vote. C. S.
Il ne faut pas, du reste, en accuser seulement l’erreur du vulgaire, car cette cruelle indifférence est le partage même des hommes éclairés. Il faudrait plutôt en accuser la science, qui n’a pas su assigner aux banques leur véritable place. Il semble qu’il y ait dans le jeu de ces institutions quelque chose de mystérieux qui échappe à l’examen et ne se laisse pas soumettre à l’analyse. Ce qui est sùr, c’est que la science n’a pas encore su rendre un compte satisfaisant de leur action. Cherchez, en effet, dans les travaux des économistes, et vous n’y trouverez rien qui explique par des raisons décisives *, je ne dirai pas les immenses bienfaits des banques, car ces bienfaits, on les conteste, mais l’étonnante et incontestable influence qu’elles ont exercée dans tous les temps.
Pourtant les opérations qui constituent le commerce de banque n’offrent rien par elles-mêmes de très-compliqué dans la pratique. Il est probable qu’à l’origine elles ont été imaginées sans effort, sans grand travail d’esprit. Le seul maniement des affaires les a suggérées à des hommes simples, qui n’avaient d’autre science que la science vulgaire du commerçant. Aussi se sont-elles introduites dans le monde sans date et sans nom d’auteur. Mais ces mêmes opérations, si faciles à concevoir, à imaginer, à pratiquer, qui, dès le principe, n’ont pas arrêté un seul instant les esprits les moins subtils, présentent
1 Ces raisons décisives ont été indiquées par les économistes ; mais la plupart d’entre eux et les plus renommés, tels que J.-B. Say et Rossi, ont reculé devant les conséquences des principes qu’ils avaient eux-mêmes posés. C. S.