‹ Le crédit et les banquesChapitre 9 sur 58 · CHAP. I. — § I. RÉFL. PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CHAP. I. — § I. RÉFL. PRÉLIMINAIRES

plus apparents et plus sensibles. Us se laissent, pour ainsi dire, toucher au doigt; ils se mesurent à l’œil, et leurs résultats, facilement supputablcs en chiffres, peuvent se calculer avec une rigueur mathématique; Les autres ont un caractère plus intime ou plus latent : l’influence s’en fait plutôt sentir quelle ne se manifeste ; elle échappe à tout calcul rigoureux; elle s’exerce d’ailleurs dans des régions où l’œil du vulgaire ne pénètre pas. Aussi les progrès matériels ont-ils été presque toujours aisément compris, acceptés avec empressement et poursuivis avec ardeur, tandis qu’on a vu trop souvent les autres, ou faiblement goûtés, ou même entièrement méconnus.

C’est surtout par rapport aux banques que cette vérité devient sensible. Il suffit de parcourir leur histoire pour s’assurer de leur incomparable puissance et reconnaître les immenses services qu’elles ont rendus. Par elles, un pays pauvre, l’Écosse, a pu fleurir tout à coup, malgré les résistances d’un sol ingrat et les exigences tracassières d’une législation partiale, qui n’était pas faite par lui ni pour lui. Par elles encore, les Américains du Nord ont conquis tout un monde sur le désert, et ce monde nouveau, qu’ils venaient d’arracber comme au néant, ils l’ont élevé à un degré de splendeur commerciale que les contrées les plus anciennement florissantes n’ont pas connu. C’est à ses banques, bien plus qu’à ses avantages physiques, que l'Angleterre doit la prépondérance qu’elle a conquise en Europe et l’immense prospérité dont elle jouit. Que n’auraient pas fait ailleurs ces merveilleuses institutions, si presque partout des lois imprévoyantes

n’en avaient ou altéré le principe ou comprimé l’essor? Dans les pays même où, corrompues dans leur essence et perverties dans leur action, elles n’ont eu qu’une existence passagère et ruineuse, elles ont laissé des traces brillantes de leur passage, et leur puissance a éclaté jusque dans les désordres qui ont suivi leur chute. Cependant quelle froideur générale quand par hasard le sort de ces institutions s’agite! L’opinion, si prompte à s’alarmer quand un misérable intérêt pécuniaire est en. péril, pourvu que cet intérêt pécuniaire soit réductible en chiffres, s’émeut à peine quand on vient à mettre en question l’existence même des banques ou les conditions fondamentales de leur organisation.

Sans aller bien loin, on peut en trouver parmi nous quelques exemples. En 1840, lorsqu’il fut question de renouveler le privilège de la banque de France, on s’en souvient peut-être, les Chambres n’accordèrent au grand sujet qu’elles avaient à débattre qu’une attention douteuse. Le monopole de la banque, ce monopole monstrueux, qui ferme au profit d’un établissement privilégié toutes les voies régulières du crédit, ne fut pas un seul instant mis en question '. On ne songea pas même à

' La Chambre des députés avait un tel parti pris sur le monopole qu’il était impossible de lui en demander l'abolition ou môme |a modification. Le petit nombre des députés qui, comme feu Garnier Pagès, désiraient améliorer la législation relative aux banques, furent réduits à demander une enquête, afin d’éclairer un peu la Chambre et l’opinion. L'enquête fut refusée à la suite d’un discours de U. Thiers, qui soutint à la Chambre que tout était connu dans la théorie des banques, et qu’il n’y avait rien à apprendre. L’ensemble de la discussion relative à la loi de 1840 n’en est pas moins un monument mémorable d'ignorance parlementaire. Si l'assemblée avait eu la moindre notion des principes

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