CHAP. J. — § II. FONCT. DES BANQUES
encore aujourd’hui, quand on les considère dans leurs relations avec le commerce en général, un problème épineux contre lequel vient échouer toute la pénétration des plus savants économistes. Phénomène étrange, dont on admettrait à peine l’existence si l’on n’en retrouvait ailleurs des exemples ! Pareille chose se remarque à propos du langage. Le peuple, qui crée les langues et qui les forme, ne les comprend pas ; du moins ne sait-il pas se rendre compte des lois qui les gouvernent. En créant les mots, il les rapporte à l’ensemble avec un instinct sùr, et ces rapports, qu’il a établis lui-même, il n’en a pas conscience. Il connaît la langue pour son usage, il la pratique, il la manie comme un instrument docile ; mais ce même instrument dont il se sert tous les jours sans effort, et qui est son ouvrage, renferme des mystères dont il n’a pas la clef. C’est par un contraste semblable que la raison du commerce échappe au commerçant. Ainsi va l’homme dans la plupart de ses voies ; il marche d’un pas ferme et sùr, guidé tantôt par le sentiment de ses besoins, tantôt par le fil d’une analogie secrète, et quand ensuite, faisant un retour sur lui-même, il interroge ses œuvres, il n’en comprend plus le sens : il s’étonne de ne plus même retrouver la trace de ses pas dans la route qu’il vient de parcourir.