‹ Le crédit et les banquesChapitre 13 sur 58 · CHAP. I. — § U. FONCT. DES BANQUES · texte numérisé non relu

CHAP. I. — § U. FONCT. DES BANQUES

traient au contraire très-jalouses de les conserver intactes.

L’usage des dépôts s’est conservé dans les banques modernes, et même, comme on le verra tout à l’heure, singulièrement élargi et fécondé. Seulement, comme dans la pratique actuelle, qui est pourtant variable, il se lie toujours plus ou moins à un grand nombre d’autres opérations que les banques suivent de concert, il ne constitue plus un système à part.

Enfin, on a prétendu distinguer encore les banques d’escompte, dont l’objet serait d’escompter les effets du commerce, d’avec les banques d’émission ou de circulation, qui auraient pour fonction unique d’émettre des billets de circulation, faisant, comme l’on dit, l’office de numéraire . Mais c’est ici que décidément la théorie s’égare, en séparant deux opérations que la nature des choses avait invinciblement unies. Je n’ignore pas que cette distinction a été admise par des économistes éminents. Bien plus, en Angleterre, sir Robert Peel l’a introduite en 1844 dans la loi, et en a fait une application directe à la banque de Londres, qu’il a divisée en deux départements distincts, le département de l’escompte et le département de l’émission. Mais j’ose dire, qu’à supposer même que la mesure proposée par sir Robert Peel, et adoptée par le parlement anglais, fût convenable et bonne, ce dont je doute, c’est là un fait exceptionnel, qui s’explique par quelques circonstances particulières, et qui ne doit pas tirer à conséquence.

En règle générale, dans une grande institution de crédit, l’escompte et l’émission des billets ne se conçoi-

vent pas l’un sans l’autre. Sans la faculté d’émettre des billets, une banque d’escompte, réduite à n’escompter qu’avec de l'argent comptant, se verrait bientôt à bout de ses ressources : elle serait toujours singulièrement bornée dans ses opérations. C’est ce qu’on peut remarquer aujourd’hui môme dans ces comptoirs d’escompte établis en France depuis la dernière révolution ; véritables embryons de banques, demeurés jusqu’ici à l’état de fétus, et qui n’acquerront une valeur réelle que du jour où ils seront doués de la faculté d’émettre des billets circulants. Pareillement, sans la faculté d’escompter, une banque de circulation ne saurait le plus souvent à quelle occasion émettre ses billets ; car c’est presque toujours en échange des effets du commerce qu’elle les donne, pour les faire circuler de là dans le public. L’escompte et l’émission sont donc en réalité deux fonctions complémentaires l’une de l’autre et foncièrement inséparables. Qu’il n’en soit pas ainsi pour la banque de Londres, qui jouit de l’immense privilège d’être chargée du maniement des fonds de l’État, vers laquelle affluent d’ailleurs les réserves des particuliers, et qui exerce, en outre, une sorte de patronage sur un grand nombre de banques locales, on peut à la rigueur l’admettre ; mais par rapport à tout autre établissement qui ne jouirait pas des mômes avantages, cette vérité est trop sensible.

Quelques banques ont eu pour principale mission de venir eu aide au gouvernement qui les instituait, et sont ainsi devenues des caisses d’emprunts publics plutôt que des institutions commerciales. Mais ce sont là des

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