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CHAP. I. — § V. BANQUES D ECOSSE

une différence assez notable dans l'application; mais, par cela seul que le mode diffère, il a son utilité propre, car il est bon que les moyens d’être utile varient comme les besoins qu’ils sont destinés à satisfaire.

Mais la plus belle innovation qui leur soit due, c’est sans contredit l’usage des dépôts à intérêts. A l’exemple des premiers établissements formés dans le pays, toutes les banques d’Ecosse reçoivent des dépôts, dont le minimum est ordinairement de 10 liv. st., et quelquefois au-dessous, quelles s’obligent à rembourser à toute réquisition, ou à des époques prévues, et sur lesquels elles payent un intérêt plus ou moins élevé, selon les temps. Le montant total des dépôts reçus dans ces banques s’élevait, en 1836, d’après l’enquête qui eut lieu à cette époque, à 20,000,000 st. (500,000,000 de francs). Au rapport de sir Robert Peel, il atteignait le chiffre de 30,000,000 sterl. (750,000,000 de fr.) en

Quand on compare sur ce point la pratique des banques écossaises avec celle des anciennes banques de Venise, d’Amsterdam et de Hambourg, on se sent comme transporté dans un autre monde, et l’on mesure axec étonnement les progrès accomplis. A Venise, à Amsterdam, à Hambourg, les déposants payaient à la banque des droits de garde ; ils payaient même une légère rétribution à chaque transfert, et une autre encore lors du retrait des dépôts. Ici les rôles sont renversés, et ce sont les banques elles-mêmes qui payent, à titre d’intérêts, une rétribution aux déposants. Pourquoi? Parce que les banques modernes ont pris le parti d’utiliser les

dépôts, ce dont les autres se gardaient avec un grand scrupule. Entre ces deux modes d’opérer, il y a tout un abimc, et l’on pressent déjà les conséquences d’un changement si radical.

D’abord, l'appât d’un intérêt attirant dans les caisses des banques toutes les sommes réservées dans les caisses particulières, la masse des dépôts s’est accrue. L’habitude de verser en banque son argent disponible est devenue générale, de particulière qu’elle était à une certaine classe de commerçants. De là l’usage des transferts s’est lui-même généralisé, et le but que les anciennes banques s’étaient proposé, cet objet spécial et pour ainsi dire exclusif de leur institution, d’éviter les transports coûteux du numéraire, a été mieux et plus complètement rempli.

’En outre, les dépôts ne sont pas restés ce qu’ils étaient, un simple cadre pour les transferts ; ils sont encore devenus un moyen d’économie et d’ordre. Quiconque a eu par devers lui une somme d’argent actuellement disponible a pu la faire fructifier, en attendant le moment de s’en servir. Dès lors quel ménagement de la richesse sociale ! Quelle activité constante dans son emploi ! Pas une faculté qui demeurât oisive, pas une parcelle du numéraire existant qui ne montrât son produit de tous les jours. ,

L’usage des dépôts se répandant de proche en proche jusque dans les rangs inférieurs de la population, les banques écossaises se sont vues même chargées d’une fonction plus imprévue et plus haute. Dans leurs mains ont été remises, à côté des fonds disponibles du riche,

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les lontes économies du pauvre. Caisses de garde, de réserve et de prévoyance pour le premier, elles sont devenues pour l’autre des caisses d’épargne et d’accumulation. Elles la remplissaient, cette fonction do haute prévoyance sociale, et la remplissaient avec bonheur, longtemps avant que le nom des caisses d’épargne, aujourd’hui si populaire, eût été prononcé en Angleterre ou en France ; et, mieux organisées d’ailleurs pour cet emploi que ne le sont nos caisses actuelles, puisqu’elles trouvaient toujours dans leurs crédits et leurs escomptes l’occasion de fertiliser les dépôts, elles n’étaient pas obligées, comme celles-ci, de mesurer le bienfait. Elles ne marquaient pas une limite étroite et sévère où le montant des dépôts s’arrêterait. Aussi l’ouvrier laborieux qui leur avait confié son pécule pouvait-il, par des apports successifs et l'accumulation croissante des intérêts, le grossir sans mesure et sans terme, non pas seulement de manière à se former une réserve pour les cas de maladie ou de chômage, mais encore de manière à s’élever un jour, par la formation d’un établissement, au-dessus de sa condition présente. Grande et salutaire institution, qui répandait l’espérance parmi le peuple, en même temps que les idées d’ordre et le souci de l’avenir! Ainsi, les banques écossaises ont longtemps remplacé les caisses d’épargne, qui n’étaient pas connues ; elles en sont aujourd’hui l’indispensable complément.

On peut imaginer combien la masse des dépôts reçus par les banques, et reversés par çlles sous forme d’avances au commerce, ont augmenté la puissance de ces

établissements comme maisons d’escompte et de crédit. N’eussent-elles fait aucun usage de leurs capitaux propres, elles auraient encore trouvé dans la somme des dépôts confiés à leur garde des ressources suffisantes pour faire face à d’innombrables escomptes et à des crédits fort étendus.

En 1826, un grand changement s’opéra dans le système anglais. Los embarras du commerce, les succès constatés des banques écossaises et l’instabilité reconnue des banques privées, déterminèrent d’abord le parlement à rapporter l’acte de 1708, qui interdisait en Angleterre le commerce de banque à toute compagnie composée de plus de six associés ; au moins l’application de cette mesure fut-elle restreinte à un rayon de soixantecinq milles autour de Ixmdres. A partir de ce moment, on vit surgir en Angleterre, à côté des banques privées, des joint-stock-banks, instituées à l imitation de celles de l’Écosse. Elles s’élevèrent d’abord lentement, et, en 1833, il n’en existait encore en tout que trente-quatre ; mais dans les années suivantes, elles se multiplièrent avec une telle rapidité, qu’en 1 836 on en comptait déj près de quatre-vingts. Bien qu’elles se soient gravement ressenties dans leur constitution des difficultés opposées par la loi anglaise à la libre formation des sociétés commerciales, et qu’elles aient été, en général, moins bien instituées et moins sagement conduites que les banques écossaises, elles n’ont pas laissé pourtant de contribuer beaucoup à améliorer le système de crédit de la Grande- Bretagne, en le corrigeant et en le complétant.

Ce fut dans cette même année 1826 qu’on défendit

G UAP. 1. — § V. BANQUES AMÉRICAINES.

l’émission, en Angleterre, des billets de moins de 5 liv. sterl. Cependant, à plusieurs reprises, la banque de Londres s’était bien trouvée de l’emploi des petites coupures, qui l’avait aidée puissamment à surmonter de redoutables crises ; mais on fut frappé de cette circonstance, que les petites coupures étaient sujettes plus que les autres aux falsifications. Cette défense toutefois ne fut pas étendue à l’Ecosse. C’est à la même époque que la banque de Londres commença à former des succursales dans les provinces. Elle en établit successivement à Gloueester, Manchester, Birmingham, Lee:ls, Liverpool, Bristol, Exeter, Newcastle, Hull, Norwich, etc.

Le système de l’Irlande, qui avait été calqué précédemment sur celui de l’Angleterre proprement dite, avec des restrictions pareilles et des abus encore plus grands, fut aussi réformé en 1 826, et dans le même esprit.

L’Amérique du Nord est entrée de bonne heure dans la voie du crédit par l’action des banques commerciales. Dès le temps où elle appartenait encore à l’Angleterre, elle avait fait à cct égard quelques essais ; mais ce n’est que plus tard que ces institutions s’y sont propagées avec un succès croissant. Eu 1811, il existait dans toute l’étendue de l’Union américaine 88 banques, possédant ensemble un capital de 42,609,101 dollars (environ 230,000,000 de fr.). Le nombre en avait presque triplé en 1816, car il en existait à cette époque 246, opérant avec un capital de 89,822,297 dollars (485,000,000 fr.). En 1820, on en comptait 307, avec un capital de 101,714,551 doll.; en 1830, 328, avec un capital de 110,186,608 doll. Dans les années suivantes, elles

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se multiplièrent encore rapidement, jusqu’à ce que la débâcle de 1837, déterminée par la guerre à mort que leur déclara le président Jackson, en culbuta un certain nombre; ce qui n’empéche pas qu’en 1838, au témoignage de M. H. Carey, on en comptait, dans toute l’étendue de riinion, 677, avec un capital de 378,000,000 de doll.,ôu 2,041 ,200,000 fr.

En 1816, on érigea dans lTnion américaine une institution centrale, sous le nom de Banque des États-Unis. Son capital, qui fut porté à 35,000,000 de dollars, fut souscrit pour un cinquième par le gouvernement, qui lui accorda en outre divers privilèges, notamment celui d’avoir seule le dépôt et le maniement des fonds publics. Grâce à l’étendue de ses ressources propres et aux faveurs particulières dont elle jouissait, cette banque ne tarda pas à éclipser toutes les autres, et se lit même au sein de l’Union une existence exceptionnelle. Mais en 1837, à la suite de ses démêlés avec le gouvernement, elle fut déchue de ses privilèges, et tomba du haut rang où elle s’était placée. Elle n’est plus aujourd’hui que la banque de Pensylvanie, descendue à peu près au niveau de toutes les banques d’États.

Ce qui distingue surtout les banques des États-Unis de celles de l’Angleterre ou de l’Ecosse, c’est le mode de leur institution comme compagnies. Tandis que les dernières sont presque toutes, ainsi qu’on l’a vu, constituées en joint stock companies, sorte d’association dans laquelle tous les membres sont indéüniment responsables des engagements contractés, les banques des États-Unis, plus libres dans leur formation, se sont en général eonsti-

CMP. 1. BANQUES AMÉRICAINES.

tuées en compagnies anonymes ( incorporated companies), de manière que la responsabilité de chaque associé y est limitée à son apport. Circonstance qui semble étrangère à la nature ainsi qu’à la conduite des opérations d’une banque, et qui ne laisse pas cependant d’exercer sur ces opérations mêmes une influence sensible. Ce n’est pas qu’aux États-Unis on soit libre de constituer une société anonyme à volonté. Il y faut, comme en Angleterre et en France, une autorisation préalable ; mais ces autorisations, que le gouvernement de chaque État peut délivrer dans son ressort, s’y obtiennent avec une bien plus grande facilité. C’est à ce point de vue surtout que les banques des États-Unis me paraissent être un progrès sur celles de l’Angleterre et même de l’Écosse. Aussi, malgré les préjugés contraires répandus à ce sujet dans toute l’Europe, et particulièrement en France, j’essayerai de montrer, par des faits précis, qu’elles l’emportent, en effet, sur les unes et sur les autres, non-seulement par l’énergie de leur action sur le commerce, mais encore par leur solidité.

Après avoir parlé de ces belles institutions, il ne reste plus, dans l’ordre des faits existants, aucun progrès réel à mentionner. Je n’essayerai donc pas de mettre en scène les banques commerciales instituées dans d autres pays, comme, par exemple, en Belgique et en France. Ces dernières se présenteront plus tard, quand il s’agira de comparer les divers systèmes dans leurs conditions d’existence et leurs effets. En ce moment, je n’ai voulu présenter qu’un aperçu historique, marquant autant que possible le progrès des institutions de crédit, dans [scs

flü LE CRÉDIT ET LES BAILLES.

principales phases, et qui doit s’arrêter naturellement là où le dernier progrès est accompli.

Dans le chapitre suivant, j’essayerai de présenter un exposé sommaire, mais substantiel cl complet, des notions essentielles du crédit; sauf à reprendre ensuite en sous-œuvre les idées fondamentales sur lesquelles tout le système repose.

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