‹ Le crédit et les banquesChapitre 25 sur 58 · I.a fonction du banquier consiste flonc à recevoir les · texte numérisé non relu

I.a fonction du banquier consiste flonc à recevoir les

effets du commerce, en fournissant immédiatement leur valeur, sous la déduction des intérêts à courir jusqu’au jour de l’échéance. C’est ce qu’on appelle escompter.

A voir la manière dont les banquiers opèrent, soldant avec facilité et presque sans remise une masse considérable de billets qui leur arrivent de toutes parts, bien des gens s’imaginent voir en eux de puissants capitalistes, dont les caisses regorgent d’or, et qui n'ont autre chose à faire que d’y puiser à pleines mains. C’est une erreur. S’il y a des banquiers fort riches, il n’est pas absolument nécessaire qu’ils le soient, et, riches ou non, ce n’est guère avec leurs propres capitaux qu’ils travaillent. Réduits à leurs ressources personnelles, ils ne tarderaient pas, quelles qu elles fussent, à se voir à bout de leurs -avances, et le cercle de leurs opérations serait toujours infiniment borné. Que font-ils donc, et par quels moyens parviennent-ils à effectuer les innombrables escomptes dont ils se chargent?

Au fond, les banquiers ne sont là que des intermédiaires, à peu près comme les courtiers et les agents de change, avec la seule différence, différence assez importante d’ailleurs, qu’ils se rendent eux-mèmes parties intéressées dans les négociations qu’ils entreprennent. Ils sont d’abord intermédiaires entre les industriels et les capitalistes. C’est chez eux que ces derniers déposent de préférence les capitaux qu’ils veulent faire valoir, ou qui sont momentanément disponibles entre leurs mains. Car ( ela même que les banquiers sont en rapport avec un grand nombre d’industriels dont ils reçoivent les billets,

ils offrent aux capitalistes un placement toujours prompt, toujours facile, placement d’autant plus sûr qu’il est garanti par eux. C’est ainsi qu’ils voient affluer dans leurs caisses une masse assez considérable de capitaux, dont l’emploi, grâce à leurs soins, n’éprouve aucune interruption. Première ressource, qui n’est pas sans importance pour leurs escomptes. Ils sont de plus intermédiaires entre les commerçants eux-mêmes. Les billets qu’ils ont reçus et escomptés, ils les remettent souvent dans la circulation, après les avoir revêtus de leur propre signature. Dans bien des cas, en effet, pour le commerçant lui-même, des billets valent mieux que de l’argent, comme, par exemple, lorsqu’il a des payements à faire dans des places éloignées, et que l’envoi de simples billets payables dans ces places peut lui épargner le transport du numéraire. Les banquiers rapprochent ainsi par des voies indirectes ceux des commerçants qui offrent des billets et ceux qui les demandent, et, tout en rendant service à ces derniers, ils écoulent un grand nombre des billets qu’ils ont reçus et renouvellent leurs fonds. Autre ressource plus précieuse encore que la première, mais puisée aussi dans ces fonctions d’iutermédiaires, dont ils ne sortent pas.

Quoique je n’attribue ici au banquier que le rôle d’intermédiaire, fl n’a pas échappé qu’il se mêle à son fait quelque chose de la fonction élevée de l’assureur. Il est assureur, en effet, en tant qu’il garantit par des engagements personnels l’emploi des capitaux qu’on lui confie ; il l’est encore en ce qu’il revêt de sa propre signature, avant de les rendre à la circulation, les billets qu’il

a reçus. Autant comme assureur que comme intermédiaire, il facilite l’usage du crédit et en favorise l’essor.

Grâce à cette utile intervention, les commerçants sont, à bien des égards, dispensés du soin de s’occuper euxmémes du placement de leurs billets; ils sont également débarrassés du souci que ce placement pourrait d’avance leur causer. Pourvu qu’ils ne dépassent point une certaine limite convenue, ils n’ont d’autre soin à prendre, lorsqu’ils reçoivent des billets, que de les remettre à leur banquier, qui leur en verse le montant à leur demande en se chargeant du reste. Facilité précieuse, qui leur épargne des embarras et des lenteurs fâcheuses dans la réalisation de leurs créances, qui active la marche de leurs affaires, et qui les encourage en même temps à ouvrir â leurs propres clients des crédits plus larges.

Jusqu’ici, que voyons-nous? Rien que de simple et de normal, rien qui s’écarte en quoi que ce soit de la ligne ordinaire des opérations commerciales. Des prêts, des avances de marchandises qui se font quelquefois de capitaliste à industriel, et plus souvent d’industriel à industriel, de commerçant à commerçant, et, au milieu de tout cela, des banquiers qui s'entremettent, non pour changer la nature de ces transactions, mais pour y faire l’office d’intermédiaires ou d’assureurs : voilà tout. 11 s’agit de voir maintenant si les compagnies de banque, qu’on appelle banques publiques, font elles-mêmes autre chose.

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