‹ Le crédit et les banquesChapitre 31 sur 58 · III. SCITE · texte numérisé non relu

III. SCITE

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par d’assez graves perturbations. Enfin ces mômes banques sont encore forcées, malgré tout, d’envoyer à Londres une partie considérable des capitaux qu’on leur confie, pour y chercher un placement tel quel sur les fonds publics, tandis qu’ils pourraient et devraient être utilisés jusqu’au dernier sou dans le pays. Par là, elles augmentent, en temps ordinaire, l’engorgement des capitaux à la bourse, où ils n’affluent que trop ; et par la même raison, dans les temps de crise ou de panique , quand le retrait des dépôts commence, elles sont toujours les premières à forcer la vente, de manière qu'elles ne contribuent pas médiocrement à précipiter la chute des fonds.

Il est donc vrai qu’il se rencontre encore dans ce système des imperfections notables. C’est qu’ aussi il n’est pas exact de dire, comme le fait M. Wilson, que les banques d’Ecosse aient joui depuis leur origine d’une liberté sans limites, puisque aujourd’hui encore elles ne sont pas maitresses de se constituer en sociétés anonymes, en limitant la responsabilité de chacun des associés au montant de son apport.

Malgré ces incorrections ou ces lacunes, les observations qui précèdent n’en sont pas moins d’une justesse frappante quant au fond. Ai-je besoin de dire qu’elles s’appliquent à la France pour le moins aussi bien qu’à l’Angleterre? Il est visible que le mal dont souffre ce dernier pays par l’insuffisance de ses institutions de crédit, est bien plus sensible encore dans le nôtre. Saufles caisses d’épargne, dont la capacité est très-limitée et la sphère d’action très-circonscrite, nous n’avons ni à

Paris, ni dans les départements, aucun établissement respectable dont les caisses s’ouvrent pour recevoir les épargnes du pays. Que deviennent-elles donc en cet état? Une grande partie, la plus considérable, à ce qu’on peut croire, se perd en consommations improductives, une autre partie vient se concentrer à la bourse de Paris, où elle alimente l’agiotage en cherchant un placement forcé sur les fonds publics ; une autre enfin va se réfugier , faute de mieux, dans les caisses des banquiers particuliers ou des notaires, où elle ne jouit que d’une sécurité problématique et ne profite guère à ses possesseurs ni au public.

On se plaint de voir les capitaux se précipiter à la bourse, et on ne voit pas qu’on les y force en leur fermant toute autre route. On crie contre l’agiotage, on invoque contre ce fléau la répression des lois, et on ne voit pas qu’on l’alimente soi-môme par d’injustes restrictions. Tant que vous n’aurez pas accordé une liberté, entière pour l’institution des banques, n’espérez pas que le mal cesse, quelque effort que vous puissiez faire pour le contenir ou le réprimer. Vous verrez toujours les capitaux, au lieu de se répandre, comme je le disais tout à l'heure, en rosée bienfaisante sur le pays, se condenser par places, s’amasser surtout à la bourse, et y enfanter ces orages malfaisants qui viennent de temps à autre bouleverser tant de fortunes si laborieusement acquises.

Dans les campagnes, le mal n’est pas moins grave que dans les villes, quoiqu’il y revête en général d’autres formes. Là les épargnes s’amassent d’abord sou à sou dans les tirelires, où il est bien entendu qu’ elles demeu-

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rcnt fort longtemps improductives. Plus tard, lorsqu’elles commencent à s’élever à des chiffres respectables, on les emploie à quoi? à s’arracher la terre par lambeaux, à la réduire en miettes. Nos paysans ne connaissent guère, en effet, d’autre moyen d’employer leurs épargnes que de les consacrer, coûte que coûte, à l’achat d’un lopin de terre, si .exigu qu’il soit. On s’en plaint aussi quelquefois, et peut-être avec raison ; on s’irrite même contre ces manie? des gens de la campagne : mais comment veut-on qu’ils s’en défendent, quand on ne laisse pas à ces malheureux d’autres ressource? Le mal est grand pourtant, plus grand encore qu’on ne l’imagine. Outre le temps perdu dans l’emploi de ces épargnes, outre qu’elles ne servent ainsi qu’à dépecer des pièces de terre déjà trop médiocres, qui eussent été mieux ou plus fructueusement exploitées dans leur premier état,' la concurrence acharnée de toutes ces petites bourses a pour effet naturel de faire monter les propriétés parcellaires à des prix fous, de ruiner souvent leurs possesseurs, et, dans tons les cas, d’engloutir dans le prix vénal du sol des capitaux qui eussent si bien servi à le féconder.

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