ACTIF
Dette fixe du gouvernement 11,015,000 Ht.
Titres divers du gouvernement 14,440,584
Portefeuille 15,884,491
Espaces 19,890,579
Total. . . 59,980,654
Circulation dit banquts du Royaume-Uni le 25 septembre 185S.
Banque d’Angleterre 80,121.581 llv.
Banques particulières 3,824,854
Banques à capitaux unis 2,805,622
Banques d Ecosse 3,882,312
Banques d'Irlande 5,924,797
Total 35,958,666
sterling (750,000,000 francs), dont environ 18 à $0 millions sterling émis par la banque de Londres et le reste par les banques locales ; mais on supplée à la quantité par le bon emploi qu’on en sait faire; en sorte que cette somme relativement si faible , doublée d’une somme à peu prè9 égale en numéraire, suffit pour accomplir un nombre immense de transactions.
De' cet usage presque général des billets de banque résultent plusieurs avantages faciles à apprécier. D’abord urte économie notable snr l’emploi du numéraire ; puis une facilité admirable dans les maniements de fonds et les transports. Comme j’ai déjà fait ressortir précédemment ce9 avantages, en comparant à cet égard la situation de l’Angleterre à celle de la France, je n’insisterai pas en ce moment, d’autant mieux qu’on est trop porté à réduire le rôle utile des banques à ce seul fait. « Une banque, dit Ricardo, a exécuté le programme de ses fonctions Utiles dè9 qu’elle a substitué le papier à l’or dans la circulation, dès qu’elle a mis aux mains du commerce un agent monétaire peu coûteux et rendu à la production des agents précieux et stériles 4 . » Je crois, au contraire, que lorsqu’une banque a substitué le papier à l’or dans la circulation, elle n’a pas encore exécuté même la moitié du programme de ses fonctions utiles; que les avances qu’elle fait aux commerçants, et surtout celles que, par sa seule présence, elle engage les commerçants à 9e faire les nos aux autres, sont d’üne bien autre portée que le fait matériel de la circulation de son papier..
1 OEuvres diverses. — De la protection accordée à l'agriculture, p. 665, édition Guillaumin.
Cependant l’économie résultant de cette circulation n’est pas, il s’en faut de beaucoup, un bénéfice à dédaigner.
Lorsque le crédit règne dans un pays, toutes les habitudes de la’nation s’en ressentent. On comprend que, malgré la facilité des crédits accordés par les banques, pour les obtenir encore faut- il les mériter. Si empressées qu’elles soient d’augmenter le nombre de leurs clients, ces institutions, qui ont leurs intérêts à sauvegarder, n’adoptent pourtant comme tels que les hommes d’une moralité éprouvée. Par là, elles contribuent singulièrement à la moralisation d’un peuple. Pour jouir plus largement des bienfaits de ce crédit qui s’offre à tons, chacun s’efforce d’inspirer la confiance par sa conduite ; il apprend à se montrer scrupuleux dans tous ses actes, et surtout fidèle observateur de ses engagements. Aussi peut-on remarquer que la moralité commerciale, la seule dont il soit question ici, est partout en raison directe de l’extension du crédit. Et ce n’est pas seulement dans les opérations de prêt ou d’escompte que cette vérité se manifeste ; c’est encore dans les achats et les ventes, en un mot, dans tous les actes de commerce. Le crédit est-il rare et difficile, on se fait peu de scrupule de frauder ou de tromper, parce que la fraude produit toujours quelque chose, et que la loyauté ne produit rien. Le crédit est-il large, au contraire, on songe à se ménager une part de ce trésor précieux, et on pratique la loyauté commerciale qui peut seule le conserver. Ce n’est d’abord qu’un calcul, assez humiliant, si l’on veut, pour l’espèce humaine, mais bientôt le calcul se change en habitude et devient, comme la règle du pays.
La loyauté commerciale, il faut bien le reconnaître, est incomparablement plus commune en Angleterre qu’en France. Peu ou point de ces tricheries de marchand à marchand, ou de marchand à consommateur, dont nous avons journellement le triste spectacle sous les yeux; tricheries aussi fatigantes que mesquines, peu profitables, au fond, à ceux qui les commettent, mais souvent fort dommageables pour ceux qui en sont victimes, et surtout très-nuisibles au commerce du pays. Ce n’est pas que les fraudes soient absolument inconnues en Angleterre, mais elles y sont du moins fort rares, surtout dans le haut commerce, et n’y ont pas ce caractère étroit et tracassier que l’on remarque malheureusement en France. Si l’on voulait y frauder, on le ferait en grand, pour un bénéfice notable, et non pas pour gagner misérablement quelques deniers, ou sur l’aunage ou sur le prix, ou sur la quantité d’une marchandise. Aussi peut-on ordinairement, dans les achats, se fier à la parole du vendeur, et généralement on n’y manque pas. Les transactions les plus importantes y sont consommées d’un seul mot. Des masses considérables de marchandises y passent de main en main, sans que personne s’avise, à moins d’une nécessité absolue, d’en vérifier on la qualité ou le poids. De là, pour tout le monde une économie bien précieuse de frais et de temps. Et quel avantage ne résulte-t-il pas, par rapport aux relations avec le dehors, de cette bonne foi et de cette confiance réciproques ! Est-il nécessaire de rappeler combien de fois le commerce français a été compromis à l’étranger par des fraudes déplorables.
dont Je* expéditeurs étaient peut-être moins les auteurs que les victimes? Bien de semblable en Angleterre. Cependant le négociant exportateur y opère généralement de confiance, sans se donner tous les soins et toutes les peines, sans s’entourer de toutes les précautions qu’est obligé de prendre le négociant français. Veut-il expédier des marchandises à l’étranger, si importantes qu’elles soient, il déliyre un ordre et ne s’en inquiète plus, bien sûr que cet ordre sera fidèlement rempli. Et ce qui prouve que cette confiance est rarement trompée, c'est qu’après tant d’expérience, on y persiste.
Voilà les avantages réels que l’Angleterre retire de ses établissements de banque l . Us sont tels qu’il n’y a point d’inconvénients, si grand qu’on les suppose, qn’on puisse raisonnablement mettre en balance.
Avec tout cela cependant, il s’en faut bien que le système de crédit anglais puisse être offert comme modèle. U no se recommande guère que par la multiplicité des établissements, qui est en elle-même un grand bienfait, quand elle n’excède pas la limite des besoins. C’est par là que le crédit se communique à toutes les parties du territoire. C’est cette circonstance aussi qui rend à l )eu près uniforme, dans toute l’étendue du pays, le taux de l’intérêt, si prodigieusement variable en France. A cela près, il semble qu’on ait pris à tâche de réunir dans le
) Encore une exagération. En admettant comme exact le parallèle qui précè4e, et sur lequel il y aurait beaucoup à dire, il nous semble que ce n’est pas aux banques seules qu’il faudrait attribuer la prétendue supériorité morale de nos voisins. C. 9.
système anglais tous les vices qu’un système de banques comporte. Les paroles sévères prononcées en 1 826 par lord Liverpool et M. Robinson, sont encore presque aussi justes de nos jours : « The effect of the lato al présent is lo permit every description of banking, except that which is solid and secure. » Et, en clïet, il semble qu’on ait voulu essayer tous les systèmes en Angleterre, excepté celui qui aurait réalisé les conditions de solidité et de sécurité.
Au centre de l’État, à Londres, nous trouvons d’abord la banque mère, munie d’un privilège exclusif qu’elle exerce dans un rayon de 65 milles. On sait déjà tous les inconvénients, tous les dangers qui ressortent de l’exercice d’un privilège semblable; il n’en faut plus parler. Comme pour aggraver tous ces dangers, le gouvernement a pris à la banque son capital, engagé d’une manière beaucoup plus irrévocable que le capital de la Banque de France '. Il est vrai qu’il la charge, par compensation, du recouvrement de quelques impôts, et que du produit de ces impôts il reste ordinairement dans ses caisses d’assez notables sommes, dont elle fait usage pour ses escomptes : mais aussi elle fait elle-même à l’État des avances sur le produit d’autres impôts dont les rentrées sont lentes, comme l’impôt foncier et l’impôt de la drèche. De tout cela résulte une connexion étroite avec l’État; connexion lâcheuse et qui n’a jamais pu se concilier avec le développement régulier d’une institution
1 On porte ce capital de la banque de Londres, tantôt à 14,000,000 sterling, tantôt à 15. 11 paraît être exactement de 14,500,000 liv., dont 11,000,000 prêtés au gouvernement de longue date et sans esprit de retour, et le reste placé en bons de l'échiquier ou autres valeurs publiques.
ogle
commerciale. Depuis sa fondation, la banque de Londres a toujours eu une existence tourmentée, une stabilité douteuse, et cela n’a rien qui doive surprendre dans les conditions où elle se trouve placée. En 1797, elle fut forcée de suspendre ses payements, ce qui équivalait presque à une faillite, avec cette différence seulement, qu’elle fut légalement dispensée pendant 22 années consécutives de répondre à ses engagements. La volonté bien connue du gouvernement de la préserver à tout prix d’une chute finale, suffit, il est vrai, pour maintenir la confiance que l’on a dans sa stabilité, mais non pas pour préserver le commerce des funestes conséquences de ses erreurs.
En dehors de cet établissement central, on trouve d’abord les banques privées, instituées en vertu de la loi de 1708. Ici ce n’est plus le privilège que l’on rencontre, car ces établissements ont pu se propager tout à leur aise, mais c’est encore une restriction ; restriction funeste autant qu’étrange, et qu’on dirait inspirée par le désir de discréditer le système des banques en général. On a déjà vu qu’en vertu de la loi de 1708, ces établissements ne pouvaient pas compter plus de six associés. Ainsi on permettait à tout le monde d’exercer le commerce, l’émission des billets circulants, mais à condition que les compagnies qui se formeraient pour ce commerce ne pourraient jamais, par le nombre de leurs associés et par l’importance de leur capital, s’élever à la hauteur de leur mission. C’était décréter l’instabilité des banques et l'instabilité du crédit. C’était comme si la loi avait dit : Faites la banque taut qu’il \ ous plaira et aussi giaudo-
ment qu’il vous plaira; dispensez le crédit largement dans les villes et les campagnes, mais gardez-vous bien de vous mettre en état de remplir ce rôle avec sécurité. Il faut que vous soyez faibles et chétifs, alin que de temps à autre le pays soit édifié par vos chutes et que le commerce expie les bienfaits qu’il tiendra de vous. H est bien entendu que tout cela n’avait pas d’autre but que de favoriser l’établissement central, eu lui faisant qne position tout à fait exceptionnelle, mais c’était le favoriser d’une manière bien cruelle pour le pays.
Par la fréquence de leurs chutes, les banques privées n’ont que trop bien répondu au principe de leur institution. On trouve dans le dictionnaire de Mac Culloch un tableau résumé qui donne une idée assez précise du nombre et de la proportion des faillites qu’elles ont essuyées de 1 809 à 1 830.
De 1808 à 1818, la moyenne du nombre de ces banques en exercice était de 691 ; de 1824 à 1827, il était de 765, ce qui prouve qu’elles ne cessaient pas de se multiplier. En divisant cet intervalle de temps en quatre périodes, trois de six années chacune, et la dernière de quatre années, on trouve pour le nombre des faillites les résultats suivants.
Par
an.
6 années. .