‹ Le crédit et les banquesChapitre 7 sur 58 · DE LA PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE EDITION

Jamais peut-être des causes plus graves et plus pressantes n’ont recommandé à l’attention de notre pays toutes les questions qui se rattachent au développement du crédit et de la richesse publique. Depuis plusieurs mois déjà, la France est sans commerce, sans industrie, sans travail. Cette déplorable situation ne peut durer. Quand on prétend que le retour seul de la confiance pourra l’améliorer, on s’abuse sur l’avenir comme sur le présent : on méconnaît les obstacles réels que nos institutions et nos lois opposent au développement de la production ; on méconnaît aussi les germes de désordre qui fermentent encore au sein de la société et qui la troubleront longtemps. Après 1830, il a fallu trois années et plus pour remettre la France

dans ce qu’on veut bien appeler son état normal, c’està-dire dans une situation semblable à celle des dernières années de la restauration. Sous une république démocratique, où le peuple est naturellement, et avec raison, plus exigeant, il faudra dix années peut-être, si des réformes salutaires ne lui viennent en aide, pour la ramener au point où elle était avant la dernière révolution.

Est-ce là d’ailleurs un résultat si désirable? La prospérité des dix-huit années qui viennent de s’écouler serait-elle par hasard le dernier terme de nos vœux? Que l’on compare cette situation du peuple français depuis la paix à celle du peuple anglais seulement, ou mieux encore à celle du peuple américain. C’est un bien-être véritable d’un côté, et une misère relative de l’autre. Osera-t-on dire que la France doit se contenter éternellement d’un tel partage, qu’elle n’ait rien à faire pour l’améliorer?

Améliorer cette situation, voilà donc la grande tâche que doivent s’imposer nos gouvernants et nos législateurs. Us n’y failliraient pas sans péril. Il ne s’agit point de voter des subventions, qui ne font que couvrir les plaies et envenimer le mal au lieu de le guérir ; encore moins de proclamer le droit au travail ou le droit à l’assistance, erreurs déplorables, contre-sens funestes, qui ne tendent à rien moins qu’à faire de la France un vaste dépôt de mendicité ; il s’agit de réformer les abus dont notre ordre social est dévoré, d’af-

PRÉFACE

franchir le travail, encore esclave, quoi qu’on en dise, et de sauver l’industrie en lui permettant de se sauver elle-même.

Parmi les mesures propres à faire renaître le travail en ranimant l’industrie et le commerce, il n’y en a point de plus efficaces que celles qui tendront à l’établissement du crédit. On l’a dit souvent, et on ne saurait trop le redire, le crédit est l’âme du commerce ; sans le crédit point de commerce, et sans le commerce, point de travail. Qu’on s’applique donc à ranimer, ou plutôt à faire naître le crédit, qui n’a jamais été malheureusement fort étendu en France. Il ne faut pour cela, d’ailleurs, ni de grands efforts, ni surtout des mesures excentriques, qui manqueraient certainement tout leur effet. Une seule chose est nécessaire, la liberté ; non point cette liberté menteuse dont on prétend que l’industrie jouit depuis longtemps, mais une liberté véritable, qui n’ait point à compter avec le monopole.

La liberté des banques : voilà le principal remède à la détresse commerciale dont la France est affligée. C’est la conclusion à laquelle j’arrive dans cet écrit. Ce n’est pourtant pas un ouvrage de circonstance que j’ai entendu faire. Déjà j’avais eu occasion de proclamer et de soutenir le même principe dans un travail publié dans la Revue des deux Mondes, en 1842. Seulement les circonstances actuelles en rendent l’adoption plus nécessaire et plus urgente.

Quoique l’ouvrage que je livre aujourd’hui au public né soit que le développement d’un premier essai publié en 1842, il s’y trouve pourtant un grand nombre de points de vue entièrement nouveaux. Les principes y sont d’ailleurs exposés dans tout leur jour, et appuyés, je crois, sur des preuves de fait irrésistibles.

BT

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