CHAPITRE PREMIER
INTRODUCTION
g I. — Réflexions préliminaires
L’industrie, dans sa marche progressive, s’avance sur deux lignes parallèles. D’un côté, elle crée les instruments du travail, invente ou perfectionne les procédés mécaniques, dompte les éléments, soumet les agents naturels à sa puissance : c’est le progrès materiel ou physique; de l’autre, elle développe les facultés humaines, tantôt par l’union des forces, tantôt par la séparation des tâches ; elle active par d’heureuses combinaisons la circulation des capitaux et la distribution des produits; elle encourage enfin le travail eu multipliant autour de lui les conditions d’ordre, de garantie et de
sécurité : c’est le progrès moral ou social. Si l’on cherche quels sont aujourd’hui les derniers termes du progrès matériel, on trouve, en première ligne les machines à vapeur, les chemins de fer et ces ingénieux mécanismes qui ont porté si haut l’industrie des tissus. En cherchant sur la ligne parallèle les institutions qui marquent le dernier terme du progrès moral ou social, on s’arrête naturellement aux sociétés par actions, parmi lesquelles on distingue les compagnies d’assurances, et, par-dessus tout, les banques.
Il serait difficile de dire dans laquelle de ces deux voies l’humanité a fait les plus brillantes conquêtes. Certes, on peut rester en admiration devant les prodiges accomplis par la vapeur depuis un demi-siècle, et l’on s’étonne avec raison en considérant par la pensée tout ce que l’invention si simple des chemins de Çer promet dans un avenir prochain. Mais que faut-il penser de cet ingénieux système des actions sans lequel toute grande entreprise serait inabordable à l’homme, de cette heureuse combinaison des assurances qui permet aux individus de se donner carrière en corrigeant pour eux les caprices du hasard, des banques enfin, qui mettent aux maius des travailleurs les capitaux, sans lesquels toute leur activité se consumerait eu efforts stériles?
Toutefois le préjugé public n’attribue pas à ces deux genres de découvertes une importance égale. En général, les progrès qui s’accomplissent dans l’ordre moral sont moins appréciés que ceux qui se renferment dans l’ordre matériel. Ceux-ci, sans être plus réels, sont bien