‹ Le crédit populaireChapitre 10 sur 30 · DONT · texte numérisé non relu

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. Dans l'espace de dix ans, le nombre des sociétés s'est élevé de 2,438 k 4»4*o, et celui des sociétaires de «71,077 à 6o5,546, c'est-à-dire que le nombre des sociétés a presque doublé, et que le nombre des sociétaires a fait même plus que doubler. Il y a donc lieu d'être surpris en lisant dans l'ouvrage de M. Perin sur la Richesse dans les sociétés chrétiennes (') que « la mutualité n'a pas conquis les sympathies populaires, parce qu'elle ne prend l'individu que par un côté unique, au lieu de l'envelopper tout entier, comme les anciennes corporations on confréries. » — - « La mutualité, dit-il encore, a été depuis cinquante ans essayée sous toutes les formes; mais elle n'a conquis les sympathies populaires que lorsqu'elle s'est pré* k sentée avec quelques-uns des caractères que nous marquions tout à l'heure. C'est en Angleterre que tes sociétés d'assurance mutuelle ont pris le plus d'extension. Dans une enquête récente, on y a reconnu l'existence de 53,25a, ayant 5,o52,ooomembres disposant d'un revenu de ia5 millions et d'un capital accumulé de 9 85 millions. De ces sociétés, i A, 00a sont régulièrement enregistrées et jouissent des avantages de l'existence légale. Elles comptent 1,600,000 membres, et possèdent un revenu an<»

i}) Richesse d#*s les sociétés chrétiennes ptrM, Wrin, pfofeueur k l'université cîc Loavafn (lftCl).

Quel de 70 millions de francs et un capital disponible de 160 millions ('). Mais ces sociétés sont d'ordinaire plus .que de simples associations pour l'assurance mutuelle ; ce sont vraiment des sociétés fraternelles, des sociétés d'amis {friendly societies). Elles constituent de vastes et puissantes organisations qui se gouvernent elles-mêmes, et qui étendent au loin leur influence. Elles embrassent les intérêts les plus graves des classes ouvrières, et notamment les contestations entre ouvriers et patrons. » — « C'est bien, ajoute un peu plus loin M. Perin, l'association réelle, agissante, qui saisit l'ouvrier par les côtés les plus sensibles. »

Les éloges que donne l'écrivain catholique aux friendly sodetits ne sont pas désintéressés. Il les fait tourner à la glorification des anciennes corporations et confréries. En niant les progrès de la mutualité, il veut démontrer que l'individualisme sorti de la révolution française n'a pu rien fonder* C'est un anathème jeté sur l'esprit moderne.

Si M. Périn n'a voulu que faire une réhabilitation rétrospective des corporations et confréries, nous n'avons aucune peineà concéder que ces institutions, malgré leurs énormes défauts, ont dans leur temps produit quelque bien et rendu d'incontestables services à l'industrie naissante et aux classes labo-

(*) Laurent, Du paupérisme, p. 22S. , #

rieuses. Hais si» dépassant ce but purement historique, le professeur de Louvain a entendu nous présenter les confréries comme le type des bonnes associations, il a pris une peine bien inutile : vox clamantis in deserto. Il faut savoir être de son temps et sacrifier ses regrets aux besoins de son époque. Les catholiques éclairés savent, Suivant l'expression vulgaire, se battre comme on se trouve, et n'essayent pas de remonter les courants qui entraînent tout. L'individualisme ne mérite pas tout le mal qu'on en dit : il a ses qualités et ses défauts, comme tout ce qui est humain ; mais on ne peut pas ne pas en tenir compte. C'est parce qu'il était écrasé par le régime des anciennes corporations et jurandes qu'il a brisé l'enveloppe. Si sa victoire a été trop complète, son succès a cependant été légitime. Pour le rendre fécond, il faut le combiner avec l'esprit d'association et faire en sorte que chaque élément obtienne la part d'influence qui lui est due. Or la mutualité est une des formes les plus heureuses que puisse revêtir cette union, et les dénégations de M. Périn ne peuvent prévaloir ni contre les chiffres qu'il a lui-même donnés pour l'Angleterre, ni contre ceux que nous venons d'indiquer pour la France.

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