XIV
moyens. Enfin, l'association coopérative, sainement comprise, n'attaque plus ni la liberté industrielle, ni la concurrence ; au contraire, elle tend et elle réussit en partie, à les rendre plus effectives.
Arrêtons-nous à ce dernier point; il est important. C'est par où l'association coopérative nous paraît appelée à exercer une salutaire influence sur la marche générale de l'industrie contemporaine. Nous avons signalé déjà le fort penchant de cotte dernière à la centralisation : résultat forcé de ses instruments et modes de production ; nous avons signalé les avantages incontestables qu'offre cette concentration des éléments de travail : bras d'hommes, machines, capitaux. Mais les inconvénients sont nombreux aussi et manifestes; ils doivent croître avec l'avancement même de ce courant centralisateur. Dès aujourd'hui, on citerait telle industrie — les transports à vapeur, les charbonnages, les forges, par exemple — où, grâce à la concentration de la production dans les mains de quelques individualités ou compagnies puissantes, les résultats que le consommateur attend de la liberté industrielle peuvent être
annihilés et parfois le sont ; l'entente, aisée à établir entre un petit nombre d'intéressés, paralyse les effets que la concurrence devait produire* Userait regrettable de voir ce régime s'étendre; avant tout, la consommation en souffrirait; en fin de compte, la production elle-même se ressentirait d'une manière fâcheuse dé l'absence d'une concurrence large, sériejise et active : là production y perdrait son principal stimulant au progrès continu. Nous effleurons à peine le danger que peut présenter, au point de vue politique et social, le développement excessif d'une féodalité industrielle, la puissance croissante des « seigneurs fabricants. » L'association ouvrière tend à redresser l'arc, trop courbé d'un côté ; elle ne veut point décentraliser le travail; elle en empêche la centralisation excessive : suivant les circonstances, tantôt elle reconstituera la petite industrie, tantôt elle créera l'industrie moyenne, à côté de la grande industrie. La liberté est la base de ces reconstitutions et créations; la concurrence plus effective en sera le résultat immanquable. Que les cinq cents ouvriers bijoutiers, que les deux mille ouvriers ébénistes qu'occupe telle ou telle cité indus-
trieuse» soient demain groupés en vingt associations coopératives, n'y aura-t-il pas concurrence bien autrement réelle que lorsque les cinq cents bijoutiers, les deux mille ébénistes, étaient concentrés, comme travailleurs salariés, dans quatre ou cinq grands établissements? Les ouvriers ne gagneront pas seuls à ce changement; la consommation et la production en éprouveront à bref délai les bons effets: l'une sera mieux servie, l'autre sera plus vivement stimulée.
Comment craindre dès lors — la crainte a cependant été énoncée ~— que l'association coopérative, en décentralisant le travail, ne contrarie la tendance de l'industrie moderne à la production à bon marché? C'est vrai :
ouvrier et patron, salarié et bénéficiaire, s'y confondent dans la môme personne ; l'association coopérative ne saurait donc penser à obtenir le bon marché des produits aux dépens de l'ouvrier : eh réduisant au plus strict nécessaire là rémunération du travail, en prolongeant outre mesure la journée ouvrière. Qui dira que ce serait un mal ? Qui n'acclamerait pas une telle réforme , dût môme le monde des consommateurs la payer d'une certaine aug
mentation des prix? Rien, toutefois, a est moins forcé que cette conséquence présumée de l'association. C'est oublier que l'ouvrier directement intéressé, travaillant pour son propre compte , est autrement disposé , autrement stimulé» que le salarié delà fabrique ; il produira mieux et plus avec une dépense moindre de temps et d'efforts matériels. A l'ancienne fabrique reste, de son côté, l'avantage de l'accumulation plus forte de capital et de travail; il lui reste la ressource — déjà des manufacturiers intelligents commencent à l'employer — de faire agir le même stimulant, quoique dans une mesure restreinte , chez ses ouvriers salariés : elle leur assurera, en sus du salaire , une certaine quote-part dans les bénéfices nets de l'entreprise. L'association ouvrière — et c'est un point qui assurément mérite considération — moralisera, humanisera le travail en général; elle pourra ainsi réagir favorablement sur la situation même des ouvriers qui continueront de travailler sous le régime du salaire.
Et ce sera la grande majorité : pour longtemps encore, peut-être toujours. C'a été l'une des plus fâcheuses erreurs parmi celles qui, en 1848, ont fait avorter chez nous
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le mouvement coopératif : on voulait faire de l'association « l'organisation » universelle, unique et imposée. Aucun partisan sensé de l'association coopérative ne partage aujourd'hui cette prétention inadmissible. Il y a bon nombre d'entreprises auxquelles le régime de l'association coopérative paraît tout à fait inapplicable. De telle mine de charbon, la mise en exploitation nécessitera une dépense préalable de quelques centaines de mille francs; le rendement se fera attendre des mois et des années; est-ce que les ouvriers mineurs, qui à grande peine attendent la paye de la quinzaine, pourraient imaginer de tenter l'exploitation pour leur propre compte? Telle filature, avant de pouvoir vendre le premier écheveau , exigera une dépense de 500,000 fr, pour la construction, autant pour l'installation des machines , autant pour achat de matières premières; la pensée viendra-t-elle aux ouvriers fiiateurs de créer et de gérer cet établissement en entrepreneurs? Puis, dans bien des industries même qui n'excluent point l'exploitation restreinte, la grande production peut seule tenter ces expériences , réaliser ces améliorations, et donner à la consommation cette
forte impulsion, qui assurent le développement continu du travail; elle seule peut projeter et réaliser pour l'approvisionnement et le débit ces vastes et ingénieuses combinaisons, nouer et entretenir ces relations étendues et compliquées, auxquelles l'industrie moderne doit son éclat et sa prospérité. Et ce n'est pas la grandeur seule du capital, réclamé pour les entreprises de cette nature, qui les rend peu propres à être réalisées par l'association coopérative. Une difficulté non moins sérieuse se trouve dans le grand nombre de bras et d'intelligences qu'elles exigent. L'entreprise par travailleurs bénéficiaires n'exclut certes pas d'une façon absolue l'emploi d'auxiliaires salariés, n'ayant avec Tassociatioij entrepreneuse d'autres rapports que les rapports qu'ils auraient avec l'entrepreneur fabricant; toutefois, à moins de fausser le principe de l'œuvre, le salarié ne doit y figurer qu'en faible minorité, comme ressource exceptionnelle, précaire. Pourrait-on satisfaire à cette condition dans une filature qui occuperait 500 paires de bras et dont la direction, l'administration, la surveillance, demanderaient 50 employés? S'il y a 50 sociétaires et 500 salariés, ouvriers et employés, l'associa-
tion « coopérative » n'existe plus que de nom ; d'autre part, admettre 550 eoopérateurs béné-^ ficiaire8 est une combinaison presque irréalisable : ne fût-ce que parce que l'association ouvrière demande des individus d'élite , pour l'aptitude, le caractère et la conduite; on ne les trouve pas aisément par centaines, n'importe dans quel corps d'état.
Mais, d'abord, parce que difficile, l'application du régime coopératif à la «grande» industrie n'est point une impossibilité : témoin, entre autres, l'association coopérative des braves pionniers de Rochdale, en Angleterre. Fondée en 1844 avec 20 membres et un capital de 28 1. st., elle compte aujourd'hui au delà de 3*000 membres et réalise par année, avec 10 °/p de bénéfice, un mouvement d'affaires de 160,0001. st. (quatre millions de francs); la filature qu'elle a fait bâtir en 1858 et qui ne représente que Tune des « branches » de ses opérations , n'a pas coûté moins de 50,000 1. st, et compte parmi les premières du Lancashire : c'est assez dire. En second lieu, même dans ce qu'on appelle lagrande industrie, la manufacturièreproductionn'exclutpasforcémentlacoexistence d'exploitations plus modestes; l'une et
l'autre exploitations onfrleur raison d'être et leur condition de succès particulières. ÀLeeds , àManchester et dans d'autres centres manufacturiers anglais, Ton voit, à côté d'immenses manufactures, fonctionner et prospérer de petits ateliers; très-souvent, le grand fabricant, pour compléter une commande , pour varier une expédition j achète à l'atelier telle étoffe , tel article qu'il ne veut ou ne peut pas produire lui-même. Ou est-ce qu'à Roubaix, à Tourcoing, à Rouen, à Lille, dans d'autres cités industrielles encore de la France, les fabriques ont supprimé autour d'elles les ateliers? Au contraire , elles les utilisent , les emploient volontiers pour certaines parties de leur propre fabrication. Enfin, il n'y a pas que l'industrie manufacturière qui soit importante et occupe un fort nombre de bras. Quoi qu'il en paraisse, la petite industrie, celle où prédomine le travail d'homme et par conséquent aussi une dissémination plus forte de la production, occupe encore une place fort large dans notre mouvement économique. Lors du recensement de 1851 — là distinction n'a pas été faite dans les deux recensements ultérieurs — on comptait en France 2,094,370 habitants (5.85 % du
total) appartenant à la grande industrie, tandis que 7,810,150 habitants (21.83 %) appartenaient à la petite industrie : ce dernier chiffre ne comprend pas l'industrie agricole, rangée à part et embrassant à elle seule un chiffre presque triple (20,351,630 habitants). Depuis, les proportions peuvent avoir été quelque peu modifiées en faveur de la grande industrie; la part de la petite industrie resterait toujours assez belle.
La place, et l'occasion de se produire, ne manquent donc pas à l'association coopérative, sans qu'elle ait besoin de faire la guerre ni à qui ni à quoi que ce soit. L'arène si vaste de l'industrie moderne admet bien des combinaisons; parmi elles, l'association coopérative, dans les modestes limites et avec les tendances rationnelles que nous venons d'esquisser, est l'une des plus légitimes. Elle promet d'être féconde; sainement inspirée et habilement dirigée, elle ne peut manquerd'avoir de bons résultatset pour les classes travailleuses et pour la communauté économique. Pourquoi refuserait-on au groupe d'ouvriers bénéficiaires sa place au soleil à côté de l'agglomération des ouvriers salariés? Pourquoi l'association des aptitudes ouvrières ne
pourrait-elle pas se constituer aussi bien que l'association des capitaux? Pourquoi l'association ouvrière serait-elle fatalement condamnée à l'insuccès quand, de toutes parts et sous toutes les formes, l'association fleurit et progresse? Sur ce dernier point, les faits ont répondu déjà. Ils réfutent les sceptiques d'une façon péremptoire : on connaît en Angleterre au delà de trois cents associations coopératives; on en compte autant çn Allemagne ; presque toutes prospèrent. Les associations pour la production en commun fournissent à ces chiffres un large contingent. C'est à dessein que, dans les pages qui précèdent, noq& nous sommes arrêtés spécialement à cette catégorie de l'association ouvrière. On s'accorde à dire que l'association pour la production en commun est celle qui prête le plus aux objections de principes, aux appréhensions touchant la praticabilité. Nous avons donc cherché à démontrer le mal fondé de ces objections et de ces appréhensions; nous avons essayé de prouver que l'association pour la production ne heurte aucune loi morale ou économique, ne blesse aucun intérêt légitime, ne rencontre aucune difficulté insurmontable;
qu'elle offre d'autre part, des avantages appré-
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ciables de plus d'une nature. Ces remarques — il est difficile de ne pas s'en apercevoir — s'appliquept à fortiori aux associations coopératives, d'une organisation et d'une pratique beaucoup plus faciles, qui poursuivent d'autres buts : l'approvisionnement en commun pour les besoins ordinaires de la vie, l'achat de matières premières ou d'instruments de travail, le débit en commun des produits industriels des sociétaires. Volontiers nous arrêterions-nous aux beaux résultats obtenus dans ces différentes branches du mouvement coopératif; ils sont des plus éloquents. Mais nous avons hâte d'arriver au genre d'association qui, à cette place, a des droits particuliers à notre attention ; l'association de crédit ou la banque populaire, sujet du livre auquel cette étude sert d'introduction
Aucune époque n'a fait autant que la nôtre pour le développement du crédit ; il le lui rend : qui ignore la part si large pour laquelle le crédit contribue à la merveilleuse fortune du xix* siècle? Aucune époque ne s'est préoccupée
autant que la nôtre de l'amélioration du sort des classes laborieuses; la place qu'occupe le travail dans notre société démocratique, les nobles efforts que fait l'ouvrier lui-même pour se relever, rendent cette préoccupation particulièrement opportune et légitime. S'il est une classe pour laquelle le crédit, c'est-à-dire la faculté d escompter les ressources de l'avenir et de disposer momentanément du capital d'autrui, est un suprême besoin, c'est bien la classe dont le présent est le plus gêné et qui possède le moins de capital propre. L'ensemble de ces prémisses conduit à supposer qu il a dû, de nos jours, être pourvu aussi à une satisfaction meilleure du besoin de crédit des classes travailleuses. Hélas! pour être rationnelle, la supposition n'en est pas moins gratuite. Le sort du travailleur — mot que nous continuons de prendre dans son sens le plus large — a même empiré : son besoin de crédit est plus intense que jamais; les moyens de le satisfaire sont plus restreints.
Diverses circonstances accroissent le besoin de crédit. Le compagnon d'autrefois ne pensait — l'eût-il pu? — à « s'établir » qu'après un long stage dans l'atelier du patron; durant ce stage, il ramassait le petit pécule nécessaire pour
ouvrir un atelier ou une boutique à lui. La plupart du temps, il n'en avait guère besoin : la maîtrise se transmettait par héritage du père au fils, ou était donnée en dot à la fille du patron, ou passait avec sa veuve au second mari. D'ailleurs, l'échoppe du cordonnier, du maréchal ferrant, du menuisier, de même que la boutique, le cabaret, la gargotte, ne réclamaient, dans leur simplicité primitive, qu'un bien faible capital d'établissement. Il en était de même quant au capital de roulement ; on pouvait même s'en passer. On travaillait sur commande; huit jours après avoir acheté la peau, le drap, le maître cordonnier ou tailleur rentrait dans ses déboursés par la livraison de l'article confectionné; il pouvait racheter de la matière première pour exécuter une nouvelle commande; la confection seule pour les foires, à laquelle se livraient un certain nombre d'ateliers, faisait exception à cette marche régulière et sûre. Tout cela a changé. Ne rencontrant plus aucun obstacle légal, l'ouvrier et le commis veulent s'établir, sans passer par de longues années de dépendance ; le manque seul de ressources paralyse leur volonté.Il en faut de considérables* Dans les villes surtout, le luxe qui a tout envahi im-
pose à Partisan, au boutiquier, de forts frais d'installation; puis les instruments et outils, pi us variés, plus perfectionnés, sont plus coûteux; leur acquisition surélève le montant de l'indispensable capital d'établissement. Dans une mesure bien autrement forte encore doit être accru le capital de roulement, jadis nul ou insignifiant. Nous l'avons constaté déjà : la confection remporte de plus en plus sur le travail à commande ; l'armurier, le serrurier, le lampiste, le mécanicien, etc., etc., doivent, à côté de leur atelier, posséder un « magasin » plus ou moins bien fourni des produits de leur industrie; au perruquier même on demande un bon assortiment des articles de sa spécialité. Un certain capital se « fixe » dans ces approvisionnements. Dans d'autres branches, où la confection et le magasin ne peuvent pas exister, le même besoin d'un capital de roulement plus ou moins fort se produit par suite de « l'entre*prise » qui prévaut déplus en plus. Ainsi le propriétaire qui fait bâtir achetait jadis ses briques, son sable, sa chaux, ses bois, son fer; le maître maçon, le maître charpentier, le maître serrurier, fournissaient les ouvriers et dirigeaient le travail. Aujourd'hui, le propriétaire préfère
?e décharger de ces soucis de détail en traitant à forfait avec les maîtres-ouvriers : forcément ils deviennent entrepreneurs et ont besoin de crédit dont autrefois ils n'avaient que faire.
La demande de capital est ainsi devenue 9 dans le monde des travailleurs, plus générale, plus intense, plus impérieuse , l'offre pourtant, diminue 1 « Il y a vingt-cinq ans — dit un Ancien industriel — ceux qui avaient des fonds disponibles..... commanditaient de nouveaux établissements; beaucoup môme étaient de simples prêteurs, heureux de retirer de leur argent un intérêt de 6 0/0- Tous ces fonds mis h la disposition du, commerce et de l'industrie, formaient un capital flottant venant au secours de celui qui en avait besoin, se retirant ensuite pour passer dans les mains d'un autre.
À cette époque , les commis qui avaient plus d'intelligence que d'argent , les ouvriers qui avaient une bonne conduite et du talent, trouvaient facilement la somme nécessaire pour arriver à la maîtrise. Quoique ce fût le petit nombre,, chacun pouvait espérer y parvenir; c'était un encouragement pour tous. Beaucoup de chefs d'établissement qui ont fait de grandes fortunes seraient restés ouvriers s'ils n'avaient
pas trouvé cette ressource ** » Plus facilement encore, ces épargnes inemployées et ces capitaux momentanément disponibles des « petites gens » se prêtaient-ils à l'artisan établi, au petit fabricant, au détaillant. Aujourd'hui cet argent va se placer en rentes sur l'État , en actions et obligations de chemins de fer, en ta* leurs d'une foule d'autres compagnies financières ou industrielles ; le « titre » a pénétré même dans l'écurie, dans là cuisine, dans la chambre de domestiques 9 dans la loge du concierge* A l'attrait d'une plus grande sûreté, réelle ou supposée, et d'un revenu parfois su* périeur à celui du prêt, ce placement, aisé à trouver à chaque instant, joint l'avantage d'une « réalisation » facile et du bénéfice à obtenir éventuellement par l'élévation des cours. Qui s'étonnera de la préférence qu'il obtient du petit capitaliste? Aussi quand le voisin, à court de capital, vient emprunter, il rencontre la sourde oreille et la caisse vide.
Plus lourdement encore pèse le manque de crédit sur les couches quelque peu inférieures du monde laborieux. Il est des métiers où,
(1) Al. Compagnon, les classes laborieuses. Paris, t$68;
faute de quelques centaines de francs, l'ouvrier est condamné à perdre jusqu'à 50 0/o de son salaire. Yoiti, par exemple, ce qui se passe régulièrement à Lyon pour le travail de la soie, la première de nos industries de luxe. Le chef d'atelier prélève la moitié environ du solde net du compagnon; cette moitié se peut élever jusqu'à 5-600 fr. Tan. Toute la différence entre les deux travailleurs est celle-ci : le compagnon est l'ouvrier qui n'a pas de métier à lui ; le chef d'atelier est l'ouvrier qui en possède plusieurs. C'est donc le louage que , peut-être durant toute sa vie, l'autre payera de la perte de son indépendance et de 5-600 fr. par an.
Supposez que cette somme lui fût avancée pour l'acquisition d'un métier; au bout d'un an ou deux, il l'aurait remboursée arec le* seule prélèvements faits aujourd'hui sur son salaire par le chef d'atelier ; Tannée suivante il en garde* rait la totalité, et avec l'indépendance arriverait peut-être à l'aisance. Les mêmes faits se reproduisent dans un grand nombre d'industries, en province autant qu'à Paris. En voici un des moins anciens. Faute d'une centaine de francs pour acquérir une machine à coudre, plus d'une pauvre ouvrière qui , hier encore , Ira-
Taillait chez elle et pour son propre compte , est obligée d'aller à râtelier; elle y laisse un bon tiers de son salaire. Peut-être la trèssensible perte pécuniaire n'est pas encore la conséquence la plus fâcheuse, pour la femme ou la fille ouvrières , de cette substitution involontaire du travail d'atelier au travail domestique. D'autres fois, l'ouvrier aura son métier et ses instruments à lui ; mais l'argent lui manque pour réparer ou renouveler l'outillage opportunément et se tenir ainsi au courant des progrès qui se réalisent dans sa spécialité. Il se verra déchoir quand tout progresse autour de lui ; sa situation empirera par suite même de telle invention, dételle découverte qui améliorera la situation de ses confrères, moins dépourvus d'argent ou de crédit.
Et ce n'est pas seulement dans son travail que le propriétaire se ressent de l'absence du crédit; elle l'entrave encore lorsqu'il s'agit , par exemple , de donner un état à ses enfants.
Nous avons aboli les maîtrises et jurandes ; rien n'oblige plus le jeune ouvrier à un apprentissage de trois ou quatre atis pour devenir compagnon. Qu'y gagne-t-il, si le manque d'argent lui impose la même nécessité? Il existe bien
des métiers qu'un garçon ou une fille ayant de l'intelligence apprendrait dans l'espace de six à huit mois; mettez un an, pour tenir compte de la moyenne des capacités. Dès la seconde année, cet enfant pourrait gagner des demi-journées et les aller chercher où bon lui semblerait; la troisième année ou la quatrième, il toucherait probablement des journées entières. Mais pour lui apprendre le métier dans le temps strictement nécessaire, on demande aux parents une somme de 4-500 fr. Dans Fimpossibilité de la fournir, ils signent un contrat d'apprentissage par lequel l'enfant est livré en esclave blanc, pour trois ou quatre ans, au maître qui se charge de faire son instruction professionnelle. D'habitude, cet enfant perd la première année à faire plutôt oifice de domestique et de souffre-douleur que d'apprenti; il apprend la seconde année; les deux années suivantes, le maître, qui empoche tout le fruit de son travail f « l'exploite » souvent de la façon la moins digne, sans égard aux forces physiques du jeune travailleur et aux stipulations de la loi. Mettez que les parents eussent trouvé à emprunter la petite somme nécessaire pour payer l'apprentissage, la position de leur enfant dans
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l'atelier éharigéàit aussitôt; éf pcflrtârtt fitec le salaire dé là deuxième année oii de là troisième, lé prêt pouvait ètrt remboursé.
A quoi bon prolonger cette énumërtttidfiï Chacun trouvera à sa portée immédiate asse* d'exemples qui viendront confirmer notre dou-* ble énoncé i les besoins de crédit de la classé travailleuse deviennent de jour en jour Jrtùs nombreux, plus variés, plus pressants; les moyens de les satisfaire dituititiëflt danfc son sein et autour d'efllé. Naturellement est-ott amené à éë demander i quels Sont les établissements où pourront S'adresser èes demandes de crédit que les particuliers ne Veulent ou! ne peuvent pas accueillir, que les institutions de crédit ordinaires fie daigneront pas même écouter? Regardez, cherchez, vous né trouverez que — „ le mont-de-piété f Voilà l*tittiqué établissement de prêt accessible au* éîassès travailleuses 1 , à une époque qtti, à jtisté titre, se vante d'atVoir fait faire des progrès immenses S la Science et à Fart dti crédit. *Le fèehettt anachronisme, *
(1) Signalons cependant pour mémoire l'œuvre toute jeune du Prêt de t enfance au travail, dont on ne saurait méconnaîtra te géoéreuMr fospiratron.
c'est bien le jugement le plus bénin que nous puissions porter sur les monts-de-piété. Hâtons-nous d'ajouter que le temps actuel n'est pour rien dans leur création; les plus jeunes parmi nos monts-de-piété ont trente ans de date. Tout au plus essaye-t-on de plaider leur maintien ; personne n'en propose la multiplication. Sous quel prétexte le ferait-on? Quelle raison d'être donnerait-on à une telle création? Le mont-de piété, sous le régime du monopole dont il jouit aujourd'hui, n'est pas plus l'institution de bienfaisance pour laquelle les uns voudraient le faire prendre qu'il ne mérite le titre d'établissement de crédit dont d'autres l'affublent. Vous trouvez le jugement sévère ? Regardez donc la clientèle du mont-de-piété et sa manière d'opérer !
La clientèle du mont-de-piété est triple. Voici d'abord la clientèle aristocratique. Les fils de famille prodigues, les femmes du monde quelquefois, celles du demi-monde très-souvent, empruntent des sommes relativement fortes sur des bijoux, des cachemires, des dentelles. On nous dispensera d'apprécier les actes de « charité » que commet le mont de « piété »
dans cette branche de ses opérations. Il ne faut
pas être rigoriste pour estimer que le malheur serait médiocre pour la société si cette catégorie de prêts sur nantissement rencontrait moins de facilité. La remarque s'applique avec plus de raison encore aux prêts faits sur des nantissements d'origine plus ou moins équivoque desquels la pieuse institution se fait le receleur involontaire : bien des vols et des escroqueries sont encouragés par le rapide écoulement du produit qu'offre cet établissement. Vient ensuite la seconde clientèle, la clientèle bourgeoise. Elle se compose de petits fabricants, de petits boutiquiers; pressés par L'échéance d'un billet, par la paye des ouvriers, ou encore, dans les moments de mévente, par des besoins de ménage, ils apportent au mont-de-piété une partie des produits de leur atelier, des approvisionnements du magasin. Faudrait-il encore démontrer que cette manière primitive de donner des sécurités, que ce déplacement et cette séquestration à tous égards onéreux des marchandises engagées, sont souverainement anti-économiques, foncièrement incompatibles avec les tendances d'une époque qui vise à immatérialiser le crédit? Reste la troisième clientèle, la plus nombreuse, la clientèle populaire. C'est dans
l'intérêt de celle-ci que le moot-de-piété aurait été créé et continuerait à fonctionner; c'est sur elle que sa bienfaisance, sa charité et sa pitié se déversent de préférence. A la vérité, il se les foit payer un pri* que la loi taxe d'usuraire et que les tribunaux punissent sévèrement quand c'est un préteur particulier qui le stipule ; mais quels services en retour I Voyez cette pauvre veuve. Ses marmots grelottent de froid ; pas un liard dans le tiroir, et l'Auvergnat du coii* refuse le crédit : elle n'a qu'à soutirer aux enfants leur matelas, à enlever la couverture du lit, et le moat<4e-piété lui prêtera de quoi acheter du charbon ! Voyez cette jeune ouvrière. Les Teilles au chevet d'un père malade ont épuisé et ses forces et ses ressources ; une ordonnance du médecin, de laquelle dépend la vie peut-être du malade, reste inexécutée, faute d'argent : la brave fille portera tout simplement au montde-piété les deux dernières chemises de toile Un moribond, et il aura sa potion 1 Voyez ce père de famille qu'un long chômage ou une grave maladie a réduit au dernier dénùment et dont les enfants affamés réclament du pain; eh bien, il n'a qu'à aliéner, en guise de nantissement, le métier à l'aide duquel il aurait pu
reprendre demain son gagne-pain : la faim de ces pauvres êtres sera apaisée pour tonte une semaine peut-être!
Que d'autres disent si cela peut s'appeler de? oeuvres de charité; nous affirmons que de pareils actes ne sont pas des opérations de crédit, ni dans la forme, ni par leur but, ni quant à l'effet Le mont-de-piété ne devient pas plus un établissement de crédit, parce qu'il prêtera accessoirement à l'ouvrier, sur le nantissement de la robe de dimanche et de la mantille de sa fj&jnme, les 25 francs dont il aura besoin pour exécuter une commande; à tel autre sur sa pendule ou son paletot, les 20 francs qu'il lui faut pour payer le loyer mi-trimestriel de l'atelier. Voilà cependant — le prêt même sur nantissement n'étant pas une industrie libre — la seule porte à laquelle le travailleur besoigneuf peut frapper avec la certitude qu'elle s'ouvrira^ Nulle part ailleurs il n'est sûr de trouver, quelle que soit son honorabilité, la somme dont il aurait besoin , tantôt pour subsister durant un chômage involontaire, tantôt pour profiter d'une bonne occasion d'approvisionnement ou pour acquérir un métier, tantôt pour racheter l'esclavage d'un enfant
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apprenti» Comment en trouverait-il, comment oserait-il en démander, pour fonder un établissement, pour étendre son entreprise, pour lutter à égalité de conditions, relative du moins, contre la grande et la moyenne industries dont la supériorité menace de l'écraser?
Nous n'accusons personne, ni l'Etat, ni la société; nous constatons un fâcheux et étonnant état de choses. La bonne volonté d'y remédier, les tentatives aussi, n'ont pas fait défaut en ces derniers temps. L'échec était et reste inévitable, tant que Ton n'aura pas fait table rase des idées fausses qu'entretiennent encore bien des gens, sur les fonctions du crédit en général, sur la nature du besoin spécial à satisfaire dans l'occurrence, et sur le caractère de la clientèle à desservir.
« La gratuité du crédit » , sérieusement réclamée par quelques « amis du peuple. » offre l'exemple le plus frappant de cette triple mésàppréciation. Que l'idée est contraire aux
notions primordiales de l'économie politique, voilà qui n'est plus à démontrer. L'exigence était maladroite aussi : pour attirer le capital, qui les fuit, vers les classes ouvrières, vous commencez par déclarer qu'elles n'entendent rien donner en retour des services qu'elles lui réclament ! Elle méconnaissait de plus la pensée des clients. Ce n'est point de la cherté du crédit, c'est de son absence, que souffrent la petite industrie et la moyenne. Qu'il apparaisse, et elles seront empressées de le payer largement. Elles le peuvent faire autant que les autres couches du monde économique; mieux même. Plus fréquemment retourné, utilisé de façon directe par l'emprunteur luimême, un capital déterminé rapporte communément plus et plus vite dans la petite industrie, dans le commerce de détail, qu'il ne peut rapporter dans la grande industrie ou dans le commerce en gros ; le prix du capital est donc une question secondaire pour les classes dont il s'agit. De plus, les classes travailleuses ont aujourd'hui l'intelligence économique assez développée pour comprendre que le crédit « gratuit» devrait, en fin de compte, être payé par quelqu'un. Ce quelqu'un
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m saurait être que l'État. Qui veqt encore maintenant de son intervention directe et pécuçqniaire dans la vie économique des classes laborieuses? Eu Angleterre, l'immense majorité des travailleurs a toujours eu le sentiment trop vif de 6a dignité et de sa force pour ne pas la repousser. En Allemagne, l'étrange séide démagogique de l'absolutiste ministre-président prussien en appelle en vain aux appétits les plus grpssiers des classes laborieuses ; elles refusent de se prosterner en solliciteuses devant l'omnipotence de l'État ; au* perfides insinuations de M* Lassalle, qui les poussent à demander les « subventions » par centaines de millions, elles répondent par dès frénétiques Lebe- Imh! à M. Schultze-Delitzsch, l'infatigable prédicateur de la rédemption de l'ouvrier, non par la grâce de l'État, mais par ses propres vertus. En France, le système interventionniste qui avait un moment conquis le suffrage presque universel du monde travailleur, est aujourd'hui presque aussi universellement abandonné. Voyez les rares associations coopératives qui ont survécu aux troubles des années 1848*49 et à la rude secousse de 1852 j voyez les associations pour le
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crédit et pour le travail qui s'organisent à Paris, à Lyon; que demandent-elles à l'État? Uniquement ce que Diogène demandait à Alexandre : « Ote-toi de mon soleil ! »
Elles n'ont pas autre chose à lui demander.
C'est vrai tout particulièremeut pour l'association de crédit. Elle veut procurer aux ouvriers, par l'union et la solidarité, la satisfaction du besoin de crédit, que nous avons vu se manifester, si général, si impérieux, souvent si poignant, au sein des classes travailleuses; que nous avons vu gagner en étendue et en inlen- • site par suite de la transformation du monde économique à laquelle nous assistons. L'association de crédit peut aider puissamment le progrèp général du mouvement coopératif en facilitant par ses avances, aujourd'hui la création, demain le fonctionnement des diverses sociétés ouvrières ; elle peut aussi rendre d'immenses services en dehors d'elles par le crédit fait à l'ouvrier isolé, à l'atelier, à la boutique. Mais quels que soient le cercle et le caractère de ses opérations, à elle aussi s'applique parfaitement ce que nous disions plus haut de toutes les associations coopératives : Pour se fonder et pour fonctionner, l'association de crédit n'a
que le droit commun à invoquer et que la voix générale à suivre ; elle ne vise, elle ne peut et ne iloit viser qu'à étendre aux classes inférieures le fonctionnement d'un mécanisme qui sert à merveille les classes supérieures. L'une des causes déterminantes des déceptions et des insuccès sur ce terrain, c'a été précisément l'idée fausse : il faut des organisations toutes spéciales, un crédit sui generis, aux classes travailleuses; de là naquirent les banquesd'échan^ ges et autres travestissements de l'idée si simple et si grande du crédit. Des amis maladroits, dont le zèle dépassait l'intelligence, s'obstinaient à prétendre que le peuple est entièrement inapte à s'approprier les moyens ordinaires de crédit. Rien n'est moins fondé; pour en être convaincu, il suffît de se rappeler ce que c'est que le crédit.
* Faut-il définir le crédit? Cela devrait être bien superflu. Par malheur, on cherche de nouveau à exagérer la portée du crédit, à en dénaturer les fonctions* Nulle part ces méprises ne seraient plus dangereuses que dans; le domaine du crédit populaire; les ingénieuses aberrations d outre-Manche auxquelles nous faisons allusion tendraient à légitimer les doctrines les
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plus extravagantes qui se sont produites chez nous en 1848, Quelles sont en réalité la mission et la fonction des établissements de crédit? Prévenir l'immobilité stérile des capitaux, activer au possible leur circulation, en faisant de sorte qu'aucun capital ne reste un instant inactif, qu'aucun argent ne reste inemployé. Au moyen des dépôts, des comptes courants, la Banque — et sous ce terme nous comprenons la totalité des établissements de crédit et des particuliers faisant le commerce de crédit (banquiers) — la Banque aspire les faibles sommes d'argent qui r à cause même de leur petitesse, ou faute d'occasion, d'initiative, dormiraient dans la main de leurs détenteurs; elle aspire par la même voie les capitaux de circulation, souvent fort considérables, dont le détenteur momentané n'entend pas faire immédiatement l'emploi.
Elle fait masse des capitaux ainsi formés ou réunis; au moyen de l'escompte et des avances, eHe les reverse dans la circulation ; elle les livre aux mains qui les demandent pour les faire fructifier. Par ce jeu continu de pompe aspirante et refoulante, la Banque multiplie les capitaux, parce qu'elle en multiplie les services. L'argent qui dormait et aurait continué de
dormir dans le bahut du paysan, du bourgeois, sa réveille à l'appel de la Banque et se met à tournoyer ; le capital qui aurait reposé plus ou moins longtemps, en attendant un nouvel emploi, dans le coffre-fort du commerçant, de l'industriel, est maintenu en mouvement perpétuel par l'office de la Banque. Au point de vue économique, l'argent seul qui sert est «capital; » tout aussi évident est que le capital retourné trois fois dans une année rend autant de services que trois capitaux qui se seraient reposés pendant les deux tiers de Tannée. Il en résulte que la Banque, en transformant tout argent en capital et en tenant tout capital en rotation continue, augmente immensément la somme des services que la communauté respective peut tirer de la masse des capitaux qu'elle possède et que constamment elle accroît. Voilà tout ce que fait le crédit; il n'augmente pas d'un seul sou la somme des capitaux dont une société dispose à un moment donné* Mais tout en ne créant absolument rien, —quoi qu'on en ait dit depuis Jean Law jusqu'à Henry D. Macleod, — tout en ne pouvant que faire mieux utiliser le capital qui réellement existe, lecrédit rend aux diverses classes industrielles les ser-
vice» signalés que l'on sait, Eh bien! la classe travailleuse n'en a pas d'autres à exiger de lui. Proportionnellement, il y a dans le monde travailleur plus d'argent inemployé qui demande à devenir capital, et autant de capitaux momentanément inactifs, que dans les couches supérieures du monde économique. Voilà pour l'offre, latente ou effective; quanta la demande, inutile de répéter qu'elle surabonde. Mais voici le malheur : demande et offre ne se rencontrent pas, faute de route, faute d'intermédiaire. En effet, que se passe- t-il? Une partie de cet argent et de ces capitaux des classes travailleuses reste inactive, faute d'appel qui la secoue et l'attire; elle est, durant un temps plus ou moins long, stérile pour le possesseur et perdue pour la communauté économique. L'autre partie — aujourd'hui la plus forte, nous le reconnaissons — cherche à se placer. Où va-t-elle? Les sommes plus faibles ou plus timides cherchent un refuge à la caisse d'épargne ; les caisses d'épargne de France détiennent aujourd'hui 400 millions de francs. Reversent-elles cet argent dans les classes travailleuses d'où il vient, comme la Banque reverse de la main gauche dans le monde industriel et commercial les sommes
que sa main droite reçoit de lui ? Y pensez-vous 1 La caisse d'épargqe le porte au Trésor, soit par Tachât (d'oîfiee) de rentes, soit sous forme de dépôts! Les travailleurs de la France, qui tous ensemble n'obtiennent peut-être pas dans Pannée 50 millons de crédit, sont en permanence les créanciers de l'État pour 400 millions ; leur bel office est d'alimenter avec leurs pénibles économies la dette flot tan te du Trésor! D'autres couches du monde travailleur placent l'argent disponible chez le banquier voisin; il le met, naturellement, au service de sa clientèle ordinaire : ce n'est point la classe laborieuse. D'autres enfin achètent dep actions et des obligations de quelque grande entreprise. Dans les deux cas, l'argent disponible) au lieu de servir les besoins de là classe travailleuse qui Ta fourni, va accroître les ressources du haut commerce, de la grande industrie, qui déjà possèdent tant d'éléments de supériorité sur leurs petits concurrents. En un mot, la pompe aspirante et refoulante — le crédit — exécute d'une manière insuffisante, dans le monde travailleur, la première partie de sa tâche, l'aspiration ; ensuite, la pluie d'or qu'il vient d'aspirer, il en féconde le camp du voisin, de l'ennemi presque.
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Il y a deux moyens pour faire cesser cet état de choses, étrange et regrettable ; on en trou* vera l'exposé et les résultats dans l'excellente étude de M. A. Batbie. Le premier, moyen, simple autant que rationnel, c'est de corriger sur le point signalé le mécanisme de la pompe aspirante et refoulante. Voilà ce qui depuis bientôt deux siècles a été fait en Ecosse et avec un entier succès. Les banques d'Ecosse ne sont pas, comme on dit souvent, des banques populaires; ce sont tout simplement des banques universelles. Leur office n'est pas restreint à telle ou telle classe de la société; il s'étend à toutes indistinctement. Grâce à leur ingénieuse organisation, elles aspirent l'argent de toutes parts et le déversent dans toutes les directions, suivant les besoins et les circonstances ; elles ne dédaignent aucune offre d'argent et ne repoussent aucune demande de capital, tant modestes fussent-elles. Les banques d'Ecosse servent ainsi de caisse d'épargne, de banque de dépôts, de caissier, d'établissement de crédit à toute la population. Toutes les couches de la société s'en trouvent à merveille, et les banques font d'excellentes affaires» Voilà ce que la liberté des banques a produit en Ecosse. Sur le