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Total
On remarquera que rémission «autorisée, » c'està-dire U quantité de monnaie fiduciaire que les banques peuvent mettre çn circulation sans devoir en Xmîr la couverture métallique en caisse, n'a pas diminué de toute la part qui était afférente aux quatre banques disparues depuis 1857 l . C'est que
1 Ce sont: la banque d'Edimbourg et de Glasgow (circulation autorisée, 136,657 liv. sterl.) ; la banque de l'Est (33,636 liv* sterl.) ; la banque de l'Ouest (337,938 liv. sterl.) et la banque de Perth (38,656 liv. sterl.) ; la circulation autorisée des quatre banques était donc de 546,887 liv. sterl., tandis que le total de la circulation autorisée n'a diminué que de 337,938 liv. sterl. entre 1857 et 1863.
- m l'art de i845 accorde, sous ce rapport encore, une faveur particulière à l'Ëçosse où l'esprit réglementaire et monopolisateur du système banquier auquel Peel a attaché spo nom, n'osait pas se donner aussi franche carrière qu'en Angleterre. Dans cette dernière contrée, aucune banque ne peut accroître son émission autorisée ; quand deux ou plusieurs banques fusionnent, elles n'ont droit ensemble qu'à l'émission de Tune d'elles. En Ecosse, le droit d'émission d'une banque qui disparaît passe à l'établissement avec lequel elle fusionne. Il ressort, du reste, du tableau qui précède que les banques d'Ecosse, quoique la restriction soit pour elles chose inaccoutumée, sont loin, cependant, d'user de toute la latitude que leur accorde la législation de i845 5 leur émission non couverte est constamment au-dessous du chiffre qu'elle pourrait légalement atteindre.
En effet, si du total de l'émission fiduciaire à la fin de juin i863 Ton défalque la part qui en est couverte par l'encaisse (2,425,670 liv. si), la circulation non couverte se trouve réduite è 1,950,170 liv. st., c'est-à-dire qu'elle est inférieure de 800,000 liv. st. environ du montant de l'émission autorisée. De même qu'avant l'acte restrictif de 1845, la circulation écossaise — le tableau ci-dessus en fait foi — continue d'être desservie surtout par les petites coupures (au-dessous
— 2*4 — de 5 liv. st.). Les billets de 5 Hv. et au-dessus n'occupent pour le nombre que les s/5 et de la circulation et leur part est moindrç encore dans la circulation active; car, chose digne de remarque, les petites coupures restent plus longtemps dans la circulation que les grandes; celles-ci rentrent presque immédiatement au point d'émission. Ce fait prouve une fois de plus combien était chimérique la crainte de ceux qui pensaient que les classes laborieuses naturellement défiantes courraient à la moindre alarme convertir leurs petits billets en argent. Il est vrai' que tout un ensemble de circonstances — nous en avons signalé les principales — concourt à rendre presque inébranlable la confiance dont la monnaie fiduciaire des banques d'Ecosse jouit auprès de la généralité des populations.
La réserve avec laquelle ces établissements usent du droit d'émission y est pour beaucoup. Cette réserve est d'autant plus remarquable que la masse du numéraire est très-petite. Est-ce à dire que, dans ce pays, les transactions soient aussi restreintes que le sont les instruments d'échange? Mais il s'en faut de beaucoup que l'abondance du numéraire soit la mesure de l'activité des affaires! Pour n'en citer qu'un exemple, les trois ou quatre milliards d'or et d'argent qui circulent en France ne prouvent certainement pas qu'il se fasse chez nous plus
d'affaires qu'en Angleterre où le numéraire circule en quantité beaucoup moindre. C'est qu'en Angleterre et en Ecosse, les transactions se font au moyen de compensations, de chèques, qui rendent l'argent et le billet de banque inutiles. C'est par des liquidations au clearing house que se règle en Angleterre la plus grande partie des affaires et les commerçants n'ont besoin d'argent ou de monnaie fiduciaire que pour faire compte des différences ; c'est par les comptes courants avec les banques et leurs si nombreuses succursales que se vident en Ecosse la plupart des affaires. Chez nous, au contraire, l'absence fort regrettable de banques libres et l'absence presque inexplicable d'un clearing house rendent nécessaire l'emploi de l'argent ou du billet pour presque toutes les négociations; il faut supposer des circonstances exceptionnelles pour que les règlements de compte puissent être faits par des compensations.
En résumé, les banques d'Ecosse sont des instruments de circulation très-puissants et des institutions de crédit qui rendent au commerce, à l'industrie et à l'agriculture des services considérables. Comme institution de crédit populaire, elles fournissent tantôt le capital à ceux qui en manquent absolument, tantôt elles permettent à d'autres de fixer leur capital propre y et en les pourvoyant de capital circulant lés mettent à même d'utiliser toutes
leurs ressources de la façon la plus continue et la plus productive; les avances qu'elles font ainsi aux travailleurs sont accordées sans gage matériel, sur la simple garantie qu'offrent la capacité et Vhoimê* teté de l'emprunteur ou la loyauté de ses répondants. C'est un commencement de crédit personnel accordé aux « petites gens » et un acheminement vers la solution du problème qui consiste à relever la situation des classes travailleuses en mettant à leur disposition ce puissant levier du crédit qui opère des merveilles pour le progrès matériel et la prospérité des autres classes sociales.
BANQUES D'AVANCES (VORSCHUSSBANKEN).
C'est une des dénominations données aux établissements allemands, de création fort récente, qui paraissent résoudre de la manière la plus satisfaisante le problème qui nous occupe, le problème du crédit populaire. Nous mettons, de préférence
aux autres, le titre de banques £ avances, en tête de ce ehapitre, parce que c'est celui qu'ont employé les rédacteurs du programme académique qui donn£ lieu à notre travail; c'est, du reste, le titre le plus u^té, celui sous lequel les banques populaires aile* mandes sont le plus généralement désignées, au delà du Rhin autant que chez nous. Ce titre ne signale qu'un seul côté do ces nouvelles institutions. Ce n'est ni le plus essentiel ni le plus caractéristique ; nouB le verrons bientôt. Il indique toutefois un trait impor* tant : les banques d'avances donnent des crédits à découvert et ne font pas, comme la banque ordinaire, de l'escompte leur opération principale, parfois même exclusive; elles accordent ces crédits. à découvert à des classes d'emprunteurs auxquelles le crédit d'escompte même est d'habitude refusé par les banques et banquiers ordinaires.
Le montrde-piété fait bien, lui aussi, des avancés à découvert; nous avons vu, à quelles conditions. Nous avons vu, déplus, qu'à notre époque le montde-piété, tantôt de fait, tantôt par les lois et les statuts mêmes, emploie ses ressources de préférence à secourir le pauvre nécessiteux; l'industrie et le commerce n'ont rien ou presque rien à voir dans ses opérations. Enfin, le mont-de-piété ne connaît que le crédit réel; c'est assez pour en restreindre les services, au point de vue économique. D'autant plus qu'il s'agit d'assurer du crédit aux claîsses les
moins aisées, qui n'ont pas, comme les classes plus fortunées, à offrir en nantissement des valeurs financières ou des hypothèques, desgages, en un mot, dont la dépossession momentanée, effective (pour les valeurs) ou purement nominale (pour les hypothèques) ne cause aucun préjudice sensible à l'emprunteur. C'est aux classes moyennes et pauvres surtout qu'il faut assurer le crédit personnel.
Il leur est donné par les banques d'Ecosse. Les crédits à découvert que ces banques ouvrent au paysan, au petit commerçant et industriel, au débutant même, reposent sur des sûretés morales, que présente soit l'emprunteur lui-même, soit la personne qui le cautionne. Nous avons signalé, dans le chapitre précédent, les services très-réels qu'elles ont rendus et continuent de rendre au développement économique de l'Ecosse ; mais on a vu aussi qu'elles ne peuvent consacrer à ces opérations qu'une faible partie de leurs ressources. Banques d'émission et de dépôts, la majeure partie de leurs ressources consiste en capitaux plus ou moins instantanément rappelables; la plus vulgaire prudence interdit d'employer ces capitaux dans une forte proportion à des avances soit d'une durée trop longue, soit d'une rentrée parfois difficile.
Ces deux causes de réserye obligée, billet remboursable à vue et dépôt promptement rappelable, n'existent pas dans les banques allemandes : la pre-
mière point du tout» la seconde dans une très-faible mesure seulement. Les fonds avec lesquels elles opèrent sont moins inconstants ; on peut les engager avec un moindre inconvénient. Ce n'est, toutefois, qu'un point secondaire. La différence cardinale entre les banques écossaisses et les banques allemandes et la portée caractéristique de ces dernières se trouvent dans ce fait que, les fonds, avec lesquels se font les prêts (avances) , sont fournis soit directement par les prêteurs soit empruntés sur leur garrantie commune. Les patrons de la banque sont ses clients, et vice versa, comme on le verra quand nous décrirons l'organisation et le fonctionnement des banques allemandes. Mais déjà l'on s'aperçoit qu'elles reposent sur l'association et la solidarité, que là est et leur originalité et leur force. Nous disions plus haut que le titre de « banques d'avances » n'est pas celui qui exprime le mieux le côté caractéristique des banques allemandes; nous pensions au titre moins usité d'association de prêts, (Darlchens-Vereine) on d'associations d'avances (Vorschuss-Vereine) : c'est l'association, en effet, qui constitue la spécialité des banques populaires allemandes. Créées dans ces dernières années, elles se sont développées avec une rapidité qui prouvesufiisamment que l'institution est douée d'une grande force vitale.
L'Allemagne traverse une époque d'agitation et
de transformation ; «lie est en travail d'enfantement : un meilleur avenir doit en sortir, Ge mouvement qui n'était pas préparé en 1849» qui devait échouer à cause des mauvaises passions auxquelles il s'était allié, a recommencé par la voie de l'élaboration graduelle; mieux conduit, il aboutira par la persévérance aux bons résultats que la précipitation révolutionnaire n'a pas pu donner, Les tendances de cette agitation sont multiples, quoiqu'elles partent toutes de la même cause, La politique y prédomine toujours, et le courant unificateur en reste l'élément vivifiant; mais le mode d'action n'est pas resté le même qu'en 1848-1849» Entravé sur le domaine politique proprement dit, le mouvement libéral s'est réfugié, surtout de î&ô* à 186a, dans le domaine économique. La besogne n'y manquait point. La liberté de l'industrie et du travail était à conquérir dans presque toute l'Allemagne. La Prusse qui depuis 1808 vivait soua la loi de la liberté industrielle, qui donnait au reste de l'Allemagne un exemple de libéralisme digne d'imitation et au nom duquel elle prétendait légitimement à l'hégémonie allemande, la Prusse s'est laissée aller à un incroyable mouvement de réaction lorsque par ordonnance du 9 février 1849, elle a rétabli les maîtrises et les jurandes. Dans la plupart des autres pays allemands, les fanatiques intéressés ou aveugles du régime des maîtrises et jurandes n'ont rien
— 23t — à défaire; il suffit de conserver : on en est presque partout où nous en étions avant 1 789 ; d'un bout de l'Allemagne à l'autre le travail est soumis aux entraves d'une législation surannée. L'ouvrier, quel que soit le métier qu'il veut embrasser, quelle que soit son aptitude» doit faire un appreniUsage d'un certain nombre d'années. Quatre ans pour être vitrier 1 Est-il possible qu'un état si simple soit si long à apprendre? Après l'apprentissage vient le compagnonnage, séjour obligatoire pendant trois ans à l'étranger. Mais peut-être l'apprenti se serait mieux perfectionné là où il a fait son apprentissage. N'importe; la loi veut qu'il parte, et il partira. Encore faut-il qu'il fasse ses preuves et que les ouvrière* maîtres aient approuvé son chef-d'œuvre* Puis l'ou-* vrier devient maître à son toi^r, mais il est obligé de rester attaché au lieu de son établissement et è, là nature de son industrie. Le menuisier voudrait de* venir ébéniste» le charpentier menuisier, halte-là 1 Ces évolutions sont prohibées. Un maître-ouvrier ne fait rien dans une ville, et il sait que dans une autre ses relations lui permettraient de mieux gagner sa vie; il veut changer de résidence et transporter sa maîtrise ailleurs, Halte-là! La loi n'admet pas ces déplacements. Il faut que l'ouvrier reste jcomme un madrépore attaché au rocher et serf d'une industrie dans laquelle il ne réussit pias. Chaque industrie est parquée dans sa spécialité, et de minutieux règle-
méats déterminent les lignes de séparation. Chez nous lorsque les pâtissiers pétitionnent pour qu'on interdise aux boulangers de faire la pâtisserie, tout homme éclairé sourit en lisant cette demande extravagante. En Allemagne, des tourneurs en bois plaident sérieusement pour qu'il soit défendu aux fabricants de chaises d'appliquer des boutons, des rosaces ou autres ornements ; la gravité allemande ne sourit pas, et ces questions qui ne rencontrent chez nous qu'une assemblée prête à lancer l'ordre du jour, trouvent des a juges à Berlin. »
L'agitation en faveur de la liberté du travail a eu de beaux résultats; S'il reste encore beaucoup à faire» des réformes sérieuses ont été obtenues déjà dans diverses contrées. Leur effet sur le développement économique de l'Allemagne sera d'autant plus salutaire et l'exemple sera d'autant plus sûrement imité, que les patriotes éclairés qui travaillaient à donner la liberté au travail, s'occupaient en même temps et, en conjurant certains inconvénients inhérents à la liberté industrielle,, réussissaient à donner au travailleur libre les moyens d'utiliser la liberté, de l'exploiter avec profit. La liberté du travail a ses avantages; ils sont assez précieux pour que Ton ne s'arrête pas aux objections. Elle entraîne cependant de dures épreuves aussi. L'individu qui était protégé par la solidarité de la jurande, qui , aux mauvais jours, trouvait aide et
assistance chez les compagnons, est bien isolé lorsqu'il entre dans Fardent tourbillon de la concurrence. S'il est meurtri dans la lutte, à qui aurat-il recours? Sans doute, la liberté lui permet d'arriver à la fortune; mais encore, pour arriver, il faut lutter, et, pour lutter, il faut être armé, il faut être pourvu des moyens de combat. Puis, que deviendront les malheureux qui tombent du haut de ces rêves dans le chômage et la misère? Chez nous, des mesures de prévoyance ont été prises pour soulager ceux qui déjà souffraient des meurtrissures du combat ; nous nous sommes lancés ardemment dans la pleine lumière de la liberté, et nous n'avons songé aux moyens de panser les blessés qu'en voyant saigner les blessures. L'Allemagne se prépare à la liberté industrielle en procurant d'avance, par des institutions de prévoyance, l'amortissement de la transformation. C'est une précaution louable, mais qui ne nous fera pas regretter la furia avec laquelle nous avons proclamé en France la liberté industrielle. Grâce à notre étourderie, voilà soixante et dix ans que nous avons gagnés sur la prudence germanique.
Parmi ces sociétés de prévoyance, il y en a qui visent à procurer aux associés les choses indispensables aux besoins de la vie, à des conditions meilleures, pour la qualité et les prix, qu'ils ne peuvent les obtenir isolément et en achetant aux dé-
taillants (Consum-Vereine ou Gesellschaften zur Vertheilung von Lebens-Bedùrfnissen). D'autres achètent les matières premières et les fournissent aux associés, ouvriers ou industriels, qui gagnent, en s* approvisionnant de la sorte, ee qu'ils payeraieqt aux intermédiaires du commerce (Rohstoff-Associationen).
Il y avait en i85g cent associations de cette espèce dans toute l'Allemagne; à la fin de 1860, M. Schulze-Delittsch, dans son rapport au congrès des économistes allemands, en évaluait le nombre à deux cent, savoir; cent -cinquante associations de matières premières et cinquante sociétés de consommation; M. Schul?e-Delitzsch lui-même ne connaît cependant toujours qu'une partie seulement de ces associations; toutes ne s'empressent pas de se mettre dès leur création en rapport avee le bureau central; il y en a qui, dans les commencements surtout, fuient plutôt qu'elles ne recherchent la publicité. Malgré cela, le rapport sur l'année 1861 pouvait donner déjà le titre et le siège de 139 Roksioff-Associationen ou Associations pour l'achat des matières premières.
En voici le tableau résumé :
I, Associations des cordonniers.
a. En Prusse, ,...♦.♦,.. 87 6. Dans le royaume de Saxe « ♦ ♦ 19
c. Dans le reste de l'Allemagne. .
Total. . .