‹ Le crédit populaireChapitre 24 sur 30 · VI. Associations de relieurs · texte numérisé non relu

VI. Associations de relieurs

Total, . .

Les associations de cette nature ne sont pas nées en, Allemagne ; leur origine est due à l'Angleterre, te type le plus remarquable de cette espèce de société est l'association célèbre des pionniers de Rochdale. Elle fut fondée par trente ou quarante pauvres tisserands en flanelle, qui avaient adopté les opinions de Robert Owen ; elle commença ses opérations avec un capital de 28 liv. st. Ses

* Jabrbsbbiucht fur 1861 ûber die auf Selbsthâlfe der Betheiligten gegrùndeten Deutschen Erwerb$-und-Wirthschafts-Genossenshaften des kleinen Gewerbstandes , von H. Schulze Delitzsch, p. 79. (Leipsig, Gnst. Mayer, 1862;)

progrès ont été tellement rapides, qu'en 18&9 elle comptait trois mille associés , possédait un capital de 3 0,000 liv. st., opérait des ventes annuelles pour la somme énorme de 100,000 liv. st, et réalisait 10,000 livres de bénéfices. Les pionniers de Rochdale sont aujourd'hui propriétaires d'immeubles nombreux ; ils ont leur boucherie, leur boulangerie, des ateliers de tailleurs et de cordonniers et de vastes locaux pour leurs réunions.

En 1847, la société des moulins de Leeds {Leeds coopérative floor mill) débuta avec des moyens aussi chétifs; elle est arrivée à des résultats aussi brillants. En i858, elle comptait trois mille associés, et vendait annuellement pour 60,000 liv. st. 1 Le mouvement va en progressant au delà de la Manche; il n'a point été ralenti par la crise commerciale qui depuis trois ans pèse si lourdement sur une grande partie de la population ouvrière anglaise. Nous ne pouvons, à notre grand regret, qu'effleurer ici ce mouvement coopératif, quant à ses effets généraux et à ses manifestations diverses ; il nous faut revenir à notre sujet spécial, les associations qui se proposent d'assurer à leurs membres et clients ce puissant instrument de travail et de production qui s'appelle crédit. C'est la tâche des banques d'avances allemandes. Voici

1 Journal des Économistes 9 novembre 1860, p. 174.

comment elle» entendent la remplir et y parviennent.

Le travailleur — et sous cette désignation nous comprenons le paysan, le petit industriel, le boutiquier, tout autant que l'artisan et l'ouvrier proprement dit — le travailleur n'ayant à offrir que la garantie de sa promesse et ne possédant que des sûretés réelles infiniment petites, la confiance lui vient lentement. Sa capacité et sa moralité ne suffisent pas pour rassurer le capitaliste ; car, il peut mourir, tomber malade ou être précipité dans la misère par le chômage. Les mêmes raisons qui arrêtent les prêteurs effrayent les répondants qui ne veulent pas compromettre une fortune acquise en cautionnant d'aussi fragiles débiteurs. Les ouvriers ne peuvent être cautionnés que par leurs pairs; c'est là une vérité dont il faut partir et c'est sur ce fondement qu'ont été assises les banques d'avances. Si, à l'engagement isolé d'un travailleur, on substitue l'obligation collective et solidaire d'une centaine, d'associés, les mauvaises chances, disparaissent ou du moins sont compensées par les chances favorables d'autres associés. La communauté n'existe d'ailleurs que pour la solidarité envers les bailleurs de fonds, et chacun conserve son indépendance pour l'exploitation de son industrie ou de son commerce, par conséquent pour l'emploi des fonds qui lui sont avancés.

— m - Le capital social est formé au mojen de Bommes que les associés payent en entrant et de cotisations mensuelles qu!ils doivent verser jusqu'à la perfection d'une certaine àomme. Le droit d'admission est ordinairement de to à i5 silbergros (1 f , *5 à 1 f , 87) , et la cotisation mensuelle de à silbergros (o ', *5 c). Les versements donnent à là partie versante un droit proportionnel aux bénéfices ou dividendes de l'entreprise, et ces bé&éfices sont même capitalisés au compte du déposant jusqu'à parfait complément de la somme qu'il doit réaliser pour former son apport réglementaire. « C'est là* dit M. Schtilze-Delitzsch, un puissant stimulant qui pousse les associés à augmenter leur capital pour accroître leur dividende. A . Tant que la société est à Ses débuts, les capitaux Créés par les droits d'admission ou par les cotisations mensuelles sont trop insignifiants pou? -foire face à des opérations tant suit peu étendues ; il faut demander la majeure partie du fonds deTOulemeut aux capitaux empruntés au dehors, souslaçarfcn^ tie solidaire des associés. Mais une bonne direction veillera toujours à ce qu'il y ait une proportion raisonnable «entre le capital propre de la société et lé capital emprunté; on s'appliquera à ce que la part proportionnelle du dernier aille eu diminuant. La solidité de l'œuvre est à ce prix 1 de "plus, les sociétaires y gagnent doublement : dômme emprun-

teurs, l'association pourra letir fournir moins chers ses propres capitaux que les capitaux étrangers ; cotiame actionnaires, ils bénéficieront de tout ce <pie l'association économisera en intérêts à payer à ses créanciers. Sans vouloir imposer des lofe *ux banques existantes et futures, la dernière réunion (mai i863) des délégués d'un certain nombre d'associations d'avances énonçait l'avis que, dans toute banque populaire, l'avoir des sociétaires devrait, dès le début, constituer au moins 10 p. 100 du capital d'opérations; la part devrait être portée à a o ou à 5 p. îoo dans les trois premières années, et on s'appliquerait dans la suite à l'élever jusqu'à 5o p. îoo, de telle sorte que la banque opérerait moitié avec le capital des propriétaires, moitié avec des capitaux étrangers.

Les contributions obligatoires ou volontaires sont inscrites au compte de chaque sociétaire, et lui constituent un boni qui le fait actionnaire de la banque. C'est au prorata de ces font, que chaque année les bénéfices de l'établissement sont répartis. « La banque, dit M. Horn, outre qu'elle est un établissement de crédit, fait donc encore office de caisse d'épargne pour les sociétaires* avec cette différence que les dépôts y rapportent beaucoup plus que dans les caisses ordinaires 1 . »

1 Mouvement économique en Allemagne, par Horn, Jtawe .contemporaine du 31 octobre 1869, p, G6S-666.

Les banques d'avances prêtent pour la plupart à 5 p. 10e par an, plus un droit de commission de i/4p* 100 par mois, ce qui porte le taux à 8 p. îoo. Sans doute c'est là un intérêt élevé; mais pour le bien apprécier, il ne faut pas le considérer seul et sans comparaison. M'oublions pas que chez nous la moyenne des prêts des monts-de -piété, c'est-àdire des prêts sur garantie réelle, est de 8 $>. îoo, et que la solidarité en Allemagne a, par conséquent, produit le même effet que le nantissement. Encore, 8 p. îoo n'est qu'une moyenne, et nous avons vu plus haut que le mont-de-piété de Paris prête à <> ou 9 i/a p. îoo, taux relativement modéré si on le compare à celui de 12 p. 100 ou de i5 p. 100 que des monts-de-piété prélèvent en province. Un avantage dont ne jouissent pas les emprunteurs sur gage et qui appartient aux associés-clients des banques populaires, c'est le partage des bénéfices. Lorsqu'ils payent un intérêt élevé, ils savent qu'ils en retrouveront au moins une partie dans les bénéfices de l'association, qui, au bout de l'année, seront répartis entre les sociétaires au prorata de leur boni, c'est-à-dire de leur mise de fonds.

Jusqu'à concurrence de son boni, tout sociétaire emprunte sur sa seule signature. Au-dessus, il doit fortifier sa signature de la garantie d'un autre associé. Chacun ayant besoin de son voisin, il en résulte un excellent esprit de confraternité; on est

porté à accorder ce que bientôt on sera soi-même obligé de demander, et ainsi se forment dans la classe ouvrière ces rapports et bons offices que les commerçants établis sont habitués à, se rendre réciproquement. Ici s'élève naturellement une question. Pourquoi la perte résultant du non-payement d'un billet ne serait-elle ps^s supportée par la Société tout entière et pourquoi faut-il qu'elle soit mise à la charge du cosociétaire, qui a répondu pour l'emprunteur? L'institution de ces associations n'a-t-elle pas précisément pour but, en créant une solidarité entre de nombreux associés, de diminuer les chances de perte par leur dissémination? En voici le motif. Il est difficile qu'une administration se tienne toujours au courant de la solvabilité de tous les sociétaires. La position de chacun est beaucoup plus justement appréciée par le voisin, et, lorsque l'emprunt est garanti par un coassocié, il est à peu près sûr que l'avance est proportionnée à la solvabilité réelle de l'emprunteur. De. même que dans les banques d'Ecosse, le répondant qui, dans son propre intérêt, se tient au courant de la situation de l'emprunteur, est le meilleur contrôleur que la banque pourrait se donner ; elle sera avertie à temps, quand il faudra retirer le crédit à tel client ou le restreindre.

Le chiffre des prêts varie de société à société. Il y en a qui ne prêtent au maximum que 5 thalers

— fit -

(i8 f ,75); d'autres, 10 thalers [$?fio)\ mais des établissements plus importants prêtent jusqu'à 3oo thalers (1,1 25 fr.) et même 1,000 thalers (3, 750 fr.). Le service bien modeste, lorsque le maximum est auséi faible que celui des premières sociétés, est au contraire signalé lorsqu'il atteint les proportions dès secondes. « Qui voudrait dire, ajoute M. Horn, la somme de bonheur que peut créer, la somme de misères que peut prévenir un capital de 100,000 fr. réparti ainsi, dans le courant d'une année, en prêts aux ouvriers, aux petits fabricants et commerçants d'une localité ? Qui pourrait établir le compte des pertes que subissent ces classes si dignes d'attention, les bonnes occasions qu'elles doivent laisser s'échapper» uniquement parce qu'on leur refuse le modeste crédit dont elles auraient besoin, tantôt pour se soutenir dans les moments difficiles, tantôt pour étendre leur action dans les moments favorables? Ce crédit si difficile à obtenir» la banque d'avances le leur fait trouva: de la manière la plus sûre, la plus facile, la {dus honorable : la plus honorable, puisque c'est de leurs propres épargnes et du produit de teutf crédit collectif que se compose le fonds auquel les sociétaires empruntent ; la plus facile, puisque la banque n'exige que la cosignature d'un ami* d'une connaissance; la plus sûre, puisqu'elle ne refuse presque

j^mais le crédit que méritent l'honorabilité et la solvabilité di* demandeur*. »

C'est, en effet, un caractère bien remarquable des banques d'avances qu'elles ne doivent rien à la bienfaisance, et qu'elles sont fondées sur le principe de l'assistance par soi-même {selbsthùlft). On dirait que ces sociétés ont pris pour principe la devise de l'Américain ; « Ne (attends qu'à toùtntme. » Il y a cependant une grande différence entre la formule essentiellement individualiste du citoyen des États- Unis et le principe d'une coopération fondée sur la solidarité des intérêts. En Amérique, l'individu s'exalte et s'isole dans son orgueilleux égoïsme; en Allemagne» les ouvriers se rapprochent, s'unissent et s'aident. C'est de la bonne fraternité, aussi éloignée de l'individualisme américain que de cette fraternité vague, sentimentale et intolérante que proclama la révolution française, dapa les agitations de son paroxysme. C'est la fraternité pratique ou mieux encore la fraternité réalisée. Remarquons le progrès que les idées ont suivi sous ce rapport. Les institutions du moyen âge avaient donné l'exemple de la fraternité religieuse, et les confréries, les corporations, offraient à leurs membres une protection efficace contre le malheur; mais ces insti-

1 Rewe contemporaine, p. 666-067.

tutions protégeaient l'individu en l'opprimant, en chargeant son activité de mille entraves. C'était Y assistance dans V oppression. La révolution a brisé ces liens et donné à l'individu la libre disposition de son activité ; mais elle n'a pas assez fait pour le mettre en état de tirer de cette liberté tous les fruits que celle-ci peut donner; elle l'a fait rentrer en lice, mais sans le pourvoir d'instrumentsde combat. Tel que l'a fait la révolution, l'individu est libre, mais isolé ; pour jouir des bienfaits du nouvel ordre de choses, il faut être fort, et il en est des faibles comme des vaincus : Vœ viclis ! Les tentatives faites depuis quelques années en Angleterre, et que l'Allemagne applique avec un succès si manifeste au crédit ouvrier, constituent le commencement d'un nouvel ordre de choses; car c'est l'alliance de la liberté avec la protection, c'est-à-dire de deux principes qui jusqu'à présent ont marché seuls, sans se pénétrer ou plutôt en s' opprimant à tour de rôle.

Yoici comment lé plus actif promoteur de cette institution, M. Schulze-Delitzsch, a résumé tes caractères de ces associations dans son rapport de 1863 au congrès des économistes réunis à Weimar. Nous traduisons :

« Le principe de l'assistance par soi-même de la part fies cré? dite'g a été réalisé au moyen des règles principales qui suivent : I. « Ceux qui demandent du crédit sont eux-mêmes les soutiens

et les maîtres de l'entreprise créée pour la satisfaction de ce besoin; en d'autres termes, ils sont membres de l'association qu'ils ont, dans ce but, fondée pour eux-mêmes, et, en conséquence, ils participent aux pertes ou aux bénéfices de l'affaire.

II. « Les relations«avec la société, et les crédits qu'elle ouvre sont avant tout traités comme une affaire (valeurs contre valeurs)* et d'après les régies qui président aux opérations de banque. Les créanciers de la société reçoivent des titres et intérêts de la caisse sociale; cette dernière en demande autant aux crédités, et toute subvention est supprimée.

III. « Au moyen des cotisations, les économies des sociétaires sont accumulées à h caisse sociale $ les bénéfices ou dividendes sont proportionnés à la somme des versements qui, semblables à des actions, forment le capital fondamental de la société.

IV. « En outre, pour la marche des affaires, il est nécessaire de prendre au dehors de l'argent sous la garantie solidaire de tous les membres. »

M. Schulze-Delitzsch fait remarquer immédiatement après que les sociétés ne pourraient pas marcher, si elles ne commençaient pas par contracter des emprunts; il faudrait en effet attendre que le capital formé par l'accumulation des cotisations eût atteint un chiure très-considérable fet l'on perdrait en attendant non-seulement du temps, mais encore les bénéfices annuels que la société pourrait faire.

Toutes les sociétés qui se sont formées en Allemagne n'ont pas exactement suivi le même type. Au lieu de se confier au principe de l'assistance par soi-même, quelques-unes ont accepté des subven-

1 Auf geschuftlichen Fusse.

-Motions, tantôt de la main des pouvoirs constitués, tantôt des donateurs privés; c'est sur cette base qu'avaient été fondées et que fonctionnaient les quelque* banques de prêt qui avaient surgi avant 1848 en différentes villes allemandes; il s'en crée aujourd'hui encore un certain nombre. M. Schulze- PeliUsch oppose ces deux espèces de sociétés, et le caractère des premières apparaîtra mieux par l'opposition des unes aux autres :

« Nous avons déjà montré, dit-il, que ces association* occupent un rang élevé dans l'économie publique, comme tous les établissement* de bienfaisance, et qu'ils produisent des effets aussi remarquables qu'utiles. Cependant entre elles et nos institution* il existe une différence considérable et essentielle qui consiste dans les points principaux qui suivent :

I. « Ça ne sont pas les crédités eux-mêmes, mais des hommes bien intentionnés, ou des sociétés de bienfaisance, même des communes ou des corporations publiques (par exemple à Magdebourg) qui, eu tout ou en partie, fournissent le fonds social, et cela gratuitement, sans intérêts, uniquement pour rendre service & leurs compatriotes qui ont besoin de crédit.

IL « S'il faut faire appeUux capitaux étrangers, les protecteurs fournissent les garanties nécessaire*; s'ils poursuivent les béué* lices, c'est plutôt dans une pensée de bienfaisance; les crédités ne participent ni aux pertes ni aux bénéfices de l'association dont ils ne sont pas membres; ila ne font pas de versements à la caisse, et les statut? n'exigent pas la formation d'un capital propre aux cré« dites,

III. « Naturellement, les protecteurs qui sont les seuls soutiens de l'affaire en sont aussi les seuls maîtres; à la vérité, ils ne demandent pas de rémunération pour leurs soins; mais, d'un autre

— Ul —

côté, les crédités n'ont aucune participation à la marche des opérations ni surtout voix délibérative * »,

La différence des chiffres donnés par M. Schulze^ Delitzsch pour 1869 et pour 1861 prouve la force de développement qui appartient à cette institution. Le rapport de 1859 évaluait à 200 le nombre des associations de. crédit (Credit-und Vorschussvereine) et à 100 le nombre des associations de matières premières (Rohstoff-Associationen) , soit un ensemble de 3oo associations ouvrières ; le rapporteur faisait connaître le nom et le siège de 1 83 associations de crédit et de 67 associations de matières premières. Deux ans après, soit pour la fin de 1861, M. Schulze-Delitzsch évalue le nombre des sociétés de crédit à 400, celui des associations de matières premières à 200, et celui des sociétés de consommation à 5o, soit en tout 65o ou un accroissement de plus de 100 p. 100 de 1859 à 1861, Loin d'être forcés, ces chiffres sont fixés d'après des évaluations aussi larges que possible. Sur ces 65o sociétés, le rapport donne rénumération nominative de 364 associations de crédit, de 129 associations de matières premières, et de plusieurs sociétés de* consommation ; il estime à 20 ou 2 2 millions de thalers le chiffre de leurs opérations. Vm agence cen-

* Jahresbericht fur 1860, p. 15 et 16.

traie (Anwaltschaft) dont M. Schultze-Delitzsch est le directeur, a été créée pour propager l'institution, pour veiller sur les intérêts communs des associations, pour les relier entre elles, pour assister par ses conseils et autrementles associations déjà existantes ou celles qui veulent se former ; les frais de l'agence sont couverts par un prélèvement sur les bénéfices des associations; ce prélèvement doit être de 2 thalers au minimum et ne peut pas dépasser 5o thalers par année pour chaque association. Les associations ont encore une réunion annuelle ( Vereinsta g) pour délibérer sur les intérêts généraux de l'institution; elles possèdent aussi leur journal, « Die Jnnung àer Zukunft » (la corporation de l'avenir) , qui traite les questions intéressant le présent ou l'avenir de ces établissements. 19s des sociétés d'avances et 26 associations de matières premières s'étaient mises en communication, jusqu'à la fin de 1861, avec Yagence*. En i85g, M. Schulze-Delitzsch donnait dans

1 Publications de M. Schultze-Delitzsch relatives à ces établissements:

1* Die arbeitenden Klassen und das Associations-Wesen in Deutschland. Leipsig, 1858, bei G. Bfayer.

2° Das Associations- Buch fur deutsche Bandyoerker und Arbeiter. Leipsig, 1853, bei C. Keil.

3" Vorschuss-und Credit-Vereine ah Volfabanken, 3* édition. Leipsig, 1863, bei C. Keil.

♦• Sechs Capxtel zu einem deutschen Arbeiter Katechismus. Leipsig, bei E. Keil, 1863.

— «49 — son rapport le tableau des opérations faites par 80 associations en plein exercice; le rapport de 1860 s'étend à i33 sociétés de crédit et d'avances ayant 3i,6o5 membres prêtant 8,478,498 thalers (5i,793,333 fr.). Le rapport sur les opérations afférentes à Tannée 1861 , résume déjà les comptes de 1 88 Banques d'avances, dont 46 venaient de clore leur premier exercice *. Elles comptaient 48,760 membres. Les avances faites ou renouvelées durant Tannées* élèvent à la somme de 16,876,009 thalers (63,285,o35 fr.). Elles avaient touché en intérêts et provisions la somme de 311,677 thalers (1,168,790 fr.); de leur côté, les banques avaient payé ou devaient payer en intérêts à leurs créanciers la somme de 164,267 thalers ( 616,000 fr. ) ; elles avaient dépensé 24,354 thalers (91,330 fr.) en frais d'administration et appointements» Les bénéfices nets atteignaient le chiffre de 78,055 thalers (292,700 fr.). A la clôture de l'exercice se montaient :

Les boni des sociétaires à 799,375 th. = 2,997,655 fr.

Les dépôts volontaires des sociétaires à -. . 2,649,036 th. = 9,933,885 fr.

1 Le rapport sur les opérations de l'année 1862, présenté en septembre dernier an Congrès des Economistes allemand?, nous arrive au moment seulement où nous lisons les épreuves de ces pages; on en trouvera le résumé dans Y Introduction placée en tête de notre volume.

Le fond! de rétem à 107,238 &. s 40*,14ûfr.

Les somme» empruntées à 1,08^,4^1 th. = 7,437,900 fi.

de telle sorte que le fonds de roulement, dont disposaient les banques, dépassait la somme de 5 millions et demi de thalers, au delà de 20 millions de francs. C'est le tiers à peu près du montant des prêts faits aux sociétaires, ce qui revient à dire que le capital est en moyenne retourné trois fois pendant Tannée. Nous nous contentons de donner ici les totaux; on trouvera à Y Appendice le tableau complet des opérations par société.

Après avoir examiné les résultats, il sera intéressant de connaître les commencements d*une fondation qui a produit de si beaux fruits. C'est dans la petite ville d'Eulenbourg qu'a été créée la première banque d'avances. Elle commença ses opérations le i w octobre i85o et, peu de temps après, M. Schulze-Delitzsch en créa une seconde dans la tille même de sa résidence, à Delitzsch, lieu voisin d'Eulenbourg. C'est cette seconde société dont les statuts ont servi de type à toutes celles qui ont été fondées depuis; nous donnons à Y Appendice le texte revisé des statuts de la société de Delitzsch. D'après les règlements généralement adoptés, les sociétaires payent un droit d'admission de i5 silbergros (1 fr. 87 cent.), une cotisation annuelle de ? silbergros et demi (3i centimes) et une cotisation mensuelle de 2 silbergros (2 5 centimes). A ces contributions se

■ — Mi — joignent les dividendes annuels qui sont capitalisés jusqu'à ce que le boni du sociétaire s'élève à 1 6 thalers ou environ 60 francs. L'associé n'est pas obligé d'attendre que les versements obligatoires et la capitalisation des dividendes aient atteint ce chiffre ; il a la faculté, au moyen de vtrtements facultatifs (freiwMigen Spar-Einlayen) , de hâter le moment où son boni sera complet. La somme de 16 thalers atteinte, le sociétaire a le droit de toucher ses dividendes, et s'il les laisse, c'est un effet de sa bonne volonté. En ce cas, la banque lui prend ses dividendes ou autres dépôts volontaires à titre d'emprunt. Il devient donc le créancier de cette société dont bientôt il sera peut-être le débiteur t petimusque datrmsque vicissim.

La société de Delitzlh est établie dans une ville de 7,000 habitants sous le titre de société d'avances (Vorschuss-Vereiri). Elle a prêté en 1861 pour 81,708 thalers à titre d'avances; la durée de ses prêts est de trois mois, le nombre de ses associés de 484 et le taux de son intérêt 8 p» 100 (5 p. 100, plus un quart par mois de commission) . Elle a reçu de ses débiteurs, à titre d'intérêt ï ,743 thalers et en a payé 782 à ses créanciers. Son produit net à été de 660 thalers, c'est-à-dire dans une proportion de 8 i/5 p. 100. Ses frais d'administration n'ont pas dépassé 4*6 thalers. Le capital des associés s'élevait à 7,937 thalers et se trouvait grossi de

3,622 thalers provenant des dépôts volontaires. La société devait à la fin de l'année la somme de 13,442 thalers et ses pertes de Tannée étaient nulles. Deux chiffres feront juger le progrés des opérations. En i858, la société avait un capital d'environ 48,000 fr. avec lequel elle n'avait pas prêté au delà de 169,000 fr. (les prêts étant de trois mois, le capital peut être retourné quatre fois dans l'année); en 1861, trois ans après, ses avances, nous l'avons dit, atteignaient le chiffre de 81 ,708 thalers ou 3o6,4o5 fr.

On est naturellement curieux de savoir quel est le pays de l'Allemagne qui a pris le plus de part à ce mouvement économique. Tous les États l'ont suivi, mais on verra par le tableau ci-après, qu'en cette matière,' comme en beaucoup d'autres, la Prusse est de fait en possession de l'hégémonie :

Prusse . 108 sociétés.

Royaume de Saxe 54

Autriche allemande i5

Duchés (J'Anhalt i3

Duchés de Saxe. . -. i5

Hanovre. 11

Duchés de Meklembourg 12

Nassau 16

Bade , . . , . 4

Bavière 6

Grand-duché de Hesse. . . * . .. 5

Principautés de Reuss. .. . ... 5

Principautés de Sçhwarzbourg, 6

Wurtemberg .,......,. 3

Ëlectorat de Hesse . ...... 4

Oldenbourg. . . . 4

Holstein ............ î

lippe et Waldeck. ....... a

Villes lîbréau 2

Total. . . . 364 1

Il y aurait injustice, après avoir dit la part d'Jionneur qui revient à chaque Ëtat, de ne pas dire ce cpii appartient a,u fondateur et promoteur de ces institutions, M. Schulze-Delitzscb. M. Schulze-Delitzsch, fils d'un conseiller, est né à Delitzsch en 1808» Il se destina de bonne heure à la carrière judiciaire, eten 1841 il fut nommé directeur de la justice patrimoniale de sa ville natale. Envoyé à l'Assemblée nationale de Berlin en 1848, il s'y fit remarquer par ses travaux sur les questions que l'état des classes ouvrières avait mises à Tordre du jour dans tous les pays. Après la dissolution de cette chambre, les mêmes électeurs l'envoyèrent à la deuxièmeassemblée où il siégea jusqu'à

* Jahrejbericht fur 1861.. Il s'agit ici des trois cent soixante sociétés nominativement connues à l'Agence centrale.

la dissolution, qui fut prononcée au mois d'avril 1849. Contrarié et entravé dans sa carrière judiciaire par le ministère réactionnaire qui lie savait lui pardonner la part brillante qu'il avait prise aux travaux de l'opposition dans la dernière chambre, M. Schulze-Delitzsch, pour conserver son indépendance, abandonna la judicature et, eri pleine possession de son temps, il se Consacra entièrement à l'œuvre qu'il a si bien commencée et si bien conduite. £n toute occasion, il s'est efforcé de persuader aux classes laborieuses que l'amélioration de leur situation ne pouvait venir ni du retour à la réglementation surannée des anciennes corporations, ni d'une organisation du travail officielle, mais de leur esprit d'ordre, de prévoyance, d'économie. En même temps, il leur indiquait les voies et moyens par lesquels Cet esprit d'ordre pourrait être fécondé. Honneur à l'homme qui a su entraîner les classes ouvrières, sans s'adresser à leurs passions, leur inspirer de la confiance sans les flatter > les attirer en leur parlant l'austère langage de l'économie I

Nous trouverions ici une transition naturelle pour opposer à la conduite aussi noble que sage de M. Schulze, les projets chimériques inventés par les socialistes. À ne consulter que les mots, notre sujet comprendrait peut-être ce que Louis Blanc et Proudhon ont imaginé en i848, sous lés noms

^Organisation du travail et de banque du peuple. Mais ces propositions étant jugées à leur valeur vraie par tous ceux qui raisonnent sainement, nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de leur feire, aujourd'hui encore, l'honneur aune discussion sérieuse. On tenté bien, au delà du Rhin, d'exhumer ces vieilleries, de les remettre en honneur et en vigueur. L'opportune entreprise ! Les ouvriers français euxmêmes rejettent aujourd'hui, en grande majorité, les aberrations socialistes dont ils s' étaient iaissé fasciner il y à; quiiîze ans,; ils repoussent l'intervention pécuniaire ou autre de l'Ëtat et ne veulent point de son « organisation » du travail ; ils n'admettent plus la fausse et dégradante doc* triné suivant laquelle les classes travailleuses se raient « fatalement » condamnées à la misère, dont elles ne pourraient être sauvées que par la grâce officielle ; ils sont convaincus — et résolus d'agir en conséquence — que l'ouvrier peut et doit se relever par ses propres efforts, que dans la Seibsihûlfe seule est le remède à ses maux anciens ou récents, dette heureuse conversion de l'ouvrier français *-* pourquoi né Jpas 1* avouer f — est due en partie au bon exemple donné par les classes travailleuses de f Allemagne et au brillant succès des tentatives si saines et si rationnelles que nous venons d'esquisser. Et c'est ce moment que choisit un docteur allemand pôiir recommander aux ouvriers allemands les idées

et les rêves de « leurs camarades français, » qui n'en veulent plus à aucun prix, qui rougissent presque d'avoir pu un instant se laisser aller à ces étrangetés ! C'est une croisade que M. Lassalle a entreprise durant ce dernier été contre l'œuvre si belle et si féconde de M. Schulze-Delitzsch. Niant l'évidence dès faits qui attestent avec un éclat journellement croissant le succès pratique de cette œuvre, M. Lassalle va de ville en ville prêcher aux assemblées ouvrières qu'il convoque à cet effet : « Tous vos prodiges d'économie, d'ordre, de prévoyance, toutes vos combinaisons de solidarité et de mutualité, sont condamnées d'avance à rester stériles. Prédestinés à la misère, les ouvriers lutteraient en vain contre leur sort; jamais ils n'en sortiront par leurs propres efforts. Le secours seul de l'État peut vous en tirer; ce secours, vous êtes en droit de l'exiger. Demandez et il vous sera accordé, forcément, immanquablement .» Et pour donner à ses prédications une conclusion positive, M. Lassalle réclame provisoirement au nom des ouvriers allemands la ba- * gatelle de 1 oo millions de thalers (375 millions de fr.) pour créer des caisses de prêt et de secours en faveur des classes travailleuses ; du jour au lendemain, assure-t-il à ses clients malgré eux, leur sort sera ainsi changé comm%par un coup de baguette magique. Qui s'étonûera de voir que de pareils théo-

ries, débitées avec un certain talent oratoire, assaisonnées de phrases à effet sur l'importance et l'omnipotence des classes travailleuses, sur les « criantes injustices » dont elles sont les victimes dans notre organisation actuelle, etc. etc., puissent mettre en ébullition les têtes soigneusement « chauffées » de telle ou telle assemblée populaire, surtout quand -r- au besoin par la force même des bras — les meneurs ont soin d'écarter tout contradicteur? Empressons-nous d'ajouter que le factice enthousiasmé que M. Lassalle a su provoquer ainsi dans quelques grandes salles de restaurant ne survit point au départ dé l'orateur et s'évanouit avec les harangues et les manœuvres dont il est le produit. Ajoutons encore que l'immense majorité des populations ouvrières allemandes, dans des réunions locales et provinciales, ainsi que dans ses récentes assemblées générales, tenues à Leipzig et à Francfort, proteste énergiquement contre les dangereuses et décevantes utopies de M. Lassalle ; plus que jamais elle se serre autour du drapeau que tient si haut et si ferme la main vigoureuse de M. Schulze- Delitzsch : l'émancipation des classes travailleuses par leurs propres efforts, par leur esprit de fraternité et de solidarité, par la prévoyance et l'ordre. Il n'est pas inutile? enfin, de constater que ses succès momentanés, M. Lassalle ne les doit en grande partie qu'au concours que lui prête la réaction

politique ep Prusse ? dans les attaques çp# % Lggsalle dirige contre l'Économiste éminent qui est le créateur et le propagateur infatigable des associations coopératives, la réaction féodale voit un bon moyen de ruiner ]e crédit et F autorité de M. Schulzç Delitisch, le chef du parti progressiste au parlement de Berlin. Nous ignorons quelle per^ l'issue de la grave crise politique où la Prusse se débat depuis deux ans; nous n'ayons, en aucun cas, à nous en occuper ici. Mais nous sommes certains, quoi qu'il arrive, que l'œuvre économique et sociale de M. Sçhulze-Delitzsch ne périra pas; le boii sens des populations ouvrières allemandes en est le plus sûr garant

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