‹ Le crédit populaireChapitre 7 sur 30 · INSTITUTIONS OC PRÉVOYANCE · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS OC PRÉVOYANCE

QAWW D'ÉPAVE.

Les banquet de dépêt ne reçoivent pas des sommes minimes » les services qu'elles rendent sont, par suite, inaccessibles aux ouvriers qui ne pour» raient verser que les économies faites sur leurs salaires. Faut-il donc condamner l'argent le plus légitt» moment acquis i demeurer stérile jusqu'à ee que l'accumulation ait produit une somme que la banque de dépôt juge digne d'être reçue? Les caisses tfé» pargne ont été instituées pour attirer et placer ces petites sommes, pour stimuler l'ouvrier i l'épargne, en lui offrant un placement sûr de ses économies et en leur faisant rapporter un modeste revenu. En France, les caisses d'épargne reçoivent jusqu'au mtnimum de 1 fr., mais n'admettent au maximum, en un seul versement, que la somme de 3oo fr. Pourquoi ce maximum de 3oo fr.? La restriction au sujet du versement s'inspire de la même idée qui a fait abaisser successivement le minimum du dépôt. On veut prévenir ainsi Faffluence et l'accumulation trop fortes de capitaux dont l'établissement ne saurait que faire ; on veut empêcher encore

— w — ' que l'institution ne soit détournée de Mm but Si Ton tvait admis tes déposants à verser des sommes con~ aidéraMes, les gens aisés et jusqu'aux grands capitalistes y auraient porté leur argent, attirés psr la garantie de l'État qui entre en compte courant avec les caisses d'épargne et leur sert l'intérêt de l'argent déposé, La caisse du peuple serait détenue la banque des riches, et ses bureaux auraient été d'autant plus fréquentés que la banque de France ne donne pas d'intérêt aux déposants.

Or, avec l'organisation actuelle des caisses d'épargne, où prédomine encore le caractère de Wesv frisante ou de protections on comprend que te législateur tienne à ce que les laveurs de l'institution ne reviennent qu'aux clssses pauvres ou peu aisées, aux hommes ches lesquels la vertu de l'épargne demande è être éveillée, stimulée, et dont les économies sont trop bibles encore et croissent trop lentement pour qu'ils puissent profiter des placements et emplois ordinaires. C'est dans le même but que le maximum du dépôt, qui était de 5,oeo fh d'après la loi du 6 juin i835, a été successivement abaissé jusqu'à 1,000 fr. (loi

1 Les classes dites supérieures et les autorités locales s'occupent de la création et de l'administration des caisses d'épargne; l'État se charge de la garde et de remploi des dépôts, aux-? quels il bonifie un intérêt supérieur à celui, par exemple, qu'il paye à ses créanciers porteurs de bons du Trésor.

du 3o juin i85i). Les déposants dont le compte dépasse, en intérêts et principal, la sommé de i,ooo fr., ne reçoivent pas d'intérêt pour l'excédant. Au cas toutefois où te déposant, négligerait de ramener son compte à la limite du maximum, l'excédant ne demeurera pas pour cela éternellement improductif; le législateur a vouk que si le déposant tardait à réduire son compte, l'administration de la caisse plaçât d'office ses fonds en rentes sur l'État. Quelques exceptions ont été faites à la règle du maximum pour le versement autant que pour le dépôt 11 est de pauvres gens qui reçoivent en bloc des sommes plus fortes destinées à rémunérer, par avance, de longues années de services. Dans ce nombre sont les militaires qui s'enrôlent et qui servent de remplaçants aux personnes exonérées, La loi les admet à verser, au moment où ils entrent au service, le montant intégral de la prime d'engagement, et, pendant toute la durée du Service, elle suspend la réduction au maximum de i ,000 fr. Ge n'est qu'à l'expiration du service que le compte du militaire est ramené à la limite légale/ Semblable disposition a été frite pour les marins. Au moment de leur embarquement, ils peuvent déposer le total de leurs salaires, soldes et décomptes. Seulement (en cela ils diffèrent des remplaçants), si le dépôt dépasse le maorimum de 1,000 fi\, l'excédant est immédiatement

*- 4d — employé en rentes sur l'État. Une autre exception a été faite au profit des sociétés de secours mutuels. Celles qui sont simplement autorisées peuvent verser jusqu'à un maximum de 8,000 fr. ; les sociétés reconnues comme établissements d'utilité publique (cette distinction est consacrée par le décret du 26 mars i85?) peuvent déposer jusqu'à concurrence d'une somme égale à autant de fois 1 ,000 fr. quelles ont de membres.

L'intérêt est alloué' pour toute somme ronde de 1 fr. et commence à courir du septième jour qui suit le versement. Le taux est de 4 pour 100; mais la totalité de l'intérêt ne profite pas aux déposants, une partie étant retenue pour couvrir les frais d'administration. Ce prélèvement n'est pas uni* forme ; chaque conseil de direction le fixe sut* vant les besoins du service. Le dépôt est constaté par un livret sur lequel les directeurs inscris vent les sommes versées et remboursées. Ce livret est le titre des déposants, et en vertu de l'indivisibilité de l'aveu, il sert tout aussi bien à prouver les remboursements qu'à établir la preuve du ver* sèment Cette ingénieuse combinaison dispense de faire des écritures et de recourir aux notaires lorsque les. parties ne savent pas écrire, ce qui doit arriver fréquemment parmi cette classe de petits capitalistes. Les déposants peuvent à volonté demander leur remboursement intégral ou partiel;

cependant la demande doit précéder le payement de quinze jours 1 .

L'administration des caisses d'épargne ♦ esseufollement gratuite» est confiée à de? directeurs nommés par le conseil municipal, au nombre de quinxe, et renouvelables par tiers chaque années à Parie, le nombre des directeurs est, par exception, de vingts-cinq, et le renouvellement annuel ne jH>rte que sur le cinquième des membres. Il y a aussi cette différence, que l'élection confiée an conseil municipal dans les départements, est flûte fe Paris par les membres restants» et soumise à l'approbation ministérielle* Le maire est membre de droit du conseil de direction. Quoique gratuite, l'administration des caisses d'épargne donne cependant lira à quelques frais; car le conseil de direction a sous ses ordres des employés salariés, tels que le caissier et le soue-caiesier des suceur-* sales»

La création est soumise k plusieurs formalités. En premier lieu, l'initiative n'appartient pas aux simples particuliers; la jurisprudence administra* tive n'autorise que les caisses demandées par les

1 Les caisses d'épargne sont régies par les fois suivantes t I jutai )8S5| Il mars 1837, s* juin 1841, art. 5; J£ juillet im, art. 6; 80 juin 1952; 7 mai 1853 j par l'ordonnance dv H juillet 1846, et par les décrets des 26 mars 1852, art. 14 et du 15 avril

— «1 — conseils municipaux. L'initiative individuelle ne produirait donc aucun effet, si elle ne parvenait pas à se fortifier de l'intervention du conseil municipal. La demande, une fois formée, est instruite administrativement par le préfet et le ministre, envoyée au Conseil d'État, et approuvée par un décret rendu dans la forme des règlements d'administration publique. La jurisprudence du Conseil n'autorise plus la formation de ces caisses en sociétés. On a considéré que la société anonyme en particulier supposait une action commune, dans le but de réaliser des bénéfices, et avec un capital divisé en actions. Or, toutes ces conditions manquent, dans leur état actuel, aux caisses d'épargne, d'après un avis du Conseil d'État en date du 25 août i835. C'est cependant sous la forme de société anonyme que l'institution des caisses d'épargne s'est introduite chez nous en 1818, sur l'initiative des directeurs de la compagnie d'assurances maritimes. Il en existe encore quelques-unes dont la constitution en société anonyme, antérieure à la jurisprudence du Conseil d'État sur ce point, a été respectée ; mais, depuis 1 835, pas une seule dérogation n'a été faite à cette jurisprudence.

Tels sont, chez nous, les éléments fondamentaux de cette institution, d'origine toute moderne ; car le plus loin qu'on puisse la faire remonter, c'est en l'année 1787. On la trouve, à cette époque, dans

la ville de Berne, <où elle fonctionnait dans l'obscurité. Mais, avant la fin du xvnr siècle, elle était pratiquée déjà en Angleterre; vers 1810, elle 7 prit, grâce surtout à la propagande énergique que faisait pour elle le révérend Duncan, une extension tellement considérable, qu'elle ne pouvait man-r quer d'attirer l'attention de la France, où elle ne fut cependant introduite que huit ans après. Le tableau suivant fera connaître le point où elle en était arrivée après un quart de siècle de fonctionnement, et les progrès qu'elle a faits depuis ce temps, c'est-à-dire dans ces vingt dernières années.

1KWBI1

LIYREtS

août wm

LIY18TI

TB&SEMINTS

ANNÉES

des caisses

an

aux déposants

ouverfs pendant

effectués pendant

en activité.

1** jaurier.

le 1° janvier.

Tannée.

Tannée.

fr.

fr.

Quiconque est un peu versé dans les matières financières peut lire dans ce tableau l'histoire des dernières années. Les caisses d'épargne suivent une marche ascendante jusqu'à 1848, soit pour le nombre des caisses, soit pour celui des livrets, soit pour la quantité des versements. En 1848, un décret consolide les fonds des caisses d'épargne, et aux livrets remboursables substitue des rentes invendables à cause de la dépréciation qu'elles

-*- 64 avaient subie sous le coup des événements polir tiques. Malgré cette faillite, les déposants ne se dé* eouragent pas. Chose remarquable I le nombre des livrets nouveaux qui, en 1847, était descendu à 148,571, s'élevait, en i85o, à 1 55,865 : tant est vif déjà, et profondément senti chez les populations, le besoin de l'épargne, le désir d'accumuler! Aussi, après un affaissement en i85i, voyons-nous, en i85», le nombre des nouveaux déposants atteindre d'un bond le double presque de ce qu'il avait été en 1841 , et dépasser d'un tiers environ le chiffre le plus élevé (170,341 livrets ouverts en 1846) qui ait été obtenu ayant la crise de 1848. En 1 85 5 encore, le nombre des nouveaux déposants est bien fort. PuS, vient la « démocratisation » de la rente par les emprunts nationaux, dont les petites coupures s'infiltrent dans les bourses les plus modestes ; une foule de papiers de spéculation pénètre par la même fissure; l'ouvrier, le petit employé, le cocher, le concierge, la cuisinière, se font rentiers, actionnaires, porteurs d'obligations. l»e chiffre des nouveau* déposants baisse considérablement; il reste relativement bas pendant plusieurs muées, pour ne se relever et dépasser son ancien maximum qu'à mesure que les déceptions et les «exécutions» qu'on sait désillusionnent les «petites gens, » et les font revenir au placement modeste, mais sûr, de la caisse d'épargne. Malheureusement,

la loi du maximum né permet pas aux économisants de suivre en toute liberté ce penchant très-rationnel et très-salutaire ; grâce au maximum limitatif du versement , l'ouvrier qui retirerait 5oo fr. du naufrage menaçant ou accompli d'un autre placement, n'est pas libre de les placer en une fois à la caisse d'épargne ; grâce au maximum limitatif du dépôt, le petit capitaliste est forcé de chercher un autre placement pour tout ce qui excède les 1,000 fr. Quoi d'étonnant si plus d'un déposant, gêné par les lois du maximum., se tourne dès l'abord ailleurs que vers la caisse d'épargne, et l'abandonne dès que son petit pécule s'arrondissant commence à s'approcher du maximum à la limite duquel l'administration elle-même le . fera d'office rentier, si le possesseur du livret tardait à retirer l'excédant ?

On s'explique donc aisément la stagnation, relative du moins, à laquelle cette institution paraît condamnée. Avec un chiffre de dépôts (livrets) presque double de ce qu'il était seize ans auparavant (657,623 livrets au 1" janvier i845 et 1,21 5,i 73 livrets au i € * janvier 1861), le solde dû aux déposants est aujourd'hui encore inférieur à ce qu'il était alors. La valeur moyenne du livret, ou le montant moyen du dépôt, baisse forcément* Elle avait été de 616 fr. en i845 ; tombée à aSgfr. en 1862, elle étàH remontée, malgré

la loi du maximum, à 33o fr. en i853; mais, en i854, elle redescendit à 3i3, et depuis lors, graduellement jusqu'à s85 fr., chiffre de Tannée 1857» L'année après, les causes déjà signalées à propos du chiffre des nouveaux versements font remonter aussi la valeur moyenne du livret s'il s'élève, en i858, à 294 fr.. La progression, toutefois, est fort lente, puisque, à la fin de 1861 encore, la valeur moyenne du livret n'est que de 3o8 fr. 57 c. (contre 309 fr. 71 c. à la fin de 1860) : c'est la moitié de ce qu'elle était il y a bientôt vingt ans {en 1 845) , et fort au-dessous de ce que la loi relative au maximum du dépôt lui permettait d'être. Ainsi, parmi les i ,3oo,5a 1 livrets en circulation au 3i décembre 1861, les livrets d'au-dessus de Soofr. ne font que le cinquième («0. 3 3 p. 100) du total ; et cela malgré le chiffre et l'importance croissante des dépôts privilégiés (sociétés de secours mutuels et militaires) qui ne sont pas soumis à la loi du maximum.

Le tableau suivant fait connaître la situation des caisses d'épargne dans les principaux États de l'Europe.

StATS.

des

caisse*.

des

déposants.

KOMTART

des dépots.

CIVFU

moyen des

dépôts.

BAffO*T

arec

population

Royaume-Uni.

Prasse~ . . .

Tienne. . . .

Mcinicb

Stottgard. . .

Broiefles. . .

Stisse.

Canton de Génère.

— deWeufchâlel.

— de Zurich. . •

— de Berne. ..

— de Bile. . .

— deTnrgOYie.

— d'Àrgovie. . •

fr.

fr.

hab.

1 sur 20 1 — 40 I — 2,75 1 — 6 1 — 17 1 — 6

En France, la moyenne, proportionnellement à la population, a été, en ï858, de î sur 55 habitants. En 1849, elle s'exprimait par le chiffre de 1 sûr 61 habitants, et depuis lors, ce rapporta suivi une marche constamment descendante ; de 1 sur 3o habitants en 1860, elle tombe, ou plutôt s'élève, un an après, à 1 : 28.

Signalons ici les trois caisses d'épargne de Nancy, Metz et Avignon, qui sont autorisées à verser leurs fonds aux monts-de-piété. Constituées avant la législation de 1 83 5, elles ont conservé leurs statuts;

— *ft — mais lorsque expirera la permission, elles seront ramenées au régime commun. L'annexion aux montade-piété a été jugée mauvaise» parce qu'en temps de prospérité» elle fait affluer aux banques de prêts sur gages des capitaux aussi abondants qu'inutiles, tandis qu'en temps de disette pécuniaire» les capitaux se retirent &u moment juste où le mont-depiété en aurait besoin.

En Angleterre! d'après l'acte organique de l'institution des Savingt-Bank$ en date du *8 juillet #618, les caisses sont autorisées à verser à la Banque d'Angleterre ou à celle d'Irlande les sommes déposées qui dépassent 50 livres sterling

(i,*5ofr.)«

On comptait, en 1 86 1 » dans toute là Grande-Bretagne» 638 caisses d'épargne en activité» dont : 498 dans l'Angleterre proprement dite; 33 dans le pays de Galles 1 5i en Ecosse; 54 en Irlande; i dans l'Ile de Guernesey ; 1 à Jersey. Cela faisait en moyenne 1 établissement par 43»ooo habitants* Les sommes reçues par les caisses d'épargne et versées aux institutions de crédit qui viennent d'être nommées, sont inscrites au compte des commissaires pour la réduction de la dette nationale; lés commissaires les emploient en achats, sous leur nom, d'annuités oii de bfflets de l'Échiquier (bilU of Eâchequer). L'intérêt des Versements est calculé tous les six mois» au so novembre et au

~5$- 3o mai, et capitalisé an Compte de la banque d'épargne; il est calculé sur le pied de 3.&o p. 100, tandis que les caisses ne Servent aux déposants qu'un iûtérêt de 3.4a p. 100 \ en Ecosse, les déposants ne reçoivent même que a p. 100. D'Un autre côté, tandis que la Banque d'Angleterre capitalise tous léâ six mois les intérêts dus au* savings banks, ces dernières fte capitalisent au profit des déposants que chaque année ; cette bonification, jointe à la différence d'intérêt, Sert à Couvrir les frais d'administration. Là reprise des fonds se fait par ufi mandat signé par quatre administrateurs de la banque d'épargnes, et tiré sur les commissaires de la trésorerie. Au lieu des quinze jours qui, chez nous, doivent séparer le payement de la demande, la Banque d'Angleterre rembourse dans les cinq jours toute somme n'excédant pas 6,000 Ëv. st. (12 5, 000 fr.). Celles qui excèdent ce chHfre ne sont remboursables qu'après quatorze jours, et encore ne peut-on demander pour un jour donné un remb<httSWmentsupérieuràio,oOoliv.st. (a5o,ooofr.). Les déposants ne peuvent verser au delà de 3o liv. st. (y5o fr.) par an, ni en tout plus de i5o lit. st. ($,75o fr.) en capital, ou de 200 îiv, st. (5,ooo fr.) intérêts compris. Au-dessuâ dé 5,ooô fr. les intérêts cessent dé courir. Ceux qui ont retiré leurs fonds delà banque d'épargne sont autorisés à les y replacer intégralement en une seule fois, et mêïné

à y ajouter 5o liv. 8t. pour l'année où est fait le nouveau versement.

On le voit, dans les deux pays» l'institution repose sur les mêmes principes ; seulement, en Angleterre, la loi n'arrête pas* aussi vite l'accumulation qu'en France, et ouvre aux déposants des perspectives plus étendues. Aussi, les caisses d'épargne ont-elles, eu Angleterre, une action plus vaste qu'en France. A la clôture (20 novembre) de l'exercice 1861, on comptait i,58o 4 359 déposants individuels, avec un solde de 08,697,205 1. st. à quoi s'ajoutent :

livres

Établissements charitables. 17,419

Sociétés de secours mutuels ayant déposé

aux caisses d'épargne. ......... 12,074

Sociétés de secours mutuels en rapports

direct? avec les commissaires, de la

dette. ...............

Ensemble.

Dépôts indiv. . ......

Total. » ♦ .

solde 883,500 1,965,310

Soit, en monnaie française, un total de 1,089,131,625 fr. , le triple presque du chiffre atteint çn France à la fin de 1861.

Dans cette même année de 1861 , une vigourense impulsion a été, au delà du détroit, imprimée à l'institution qui nous occupe, par la loi {acl il\* Vic-

toria, rep. i4) qui a créé les Post-Ofike Savings Banks. Grâce à cette loi, tous les bureaux de poste du Royaume-Uni se transforment, sur la simple autorisation du directeur général des postes, en véritables caisses d'épargne, qui reçoivent et remboursent les dépôts des économisants. Dès le lendemain, pour ainsi dire; de la promulgation de cette loi, plus de 2,000 bureaux avaient été pourvus de l'autorisation voulue du post-master-general ; le nombre des établissements où l'ouvrier, le petit industriel, etc., peut déposer et faire fructifier ses épargnes se trouvait ainsi d'un seul coup presque quadruplé. Par le bureau de poste, qui ne manque nulle part, la caisse d'épargne pénètre jusque dans les villages les plus reculés et les plus modestes, où jamais l'on n'aurait pu penser à créer un établissement spécial pour recueillir et gérer les épargnes du pauvre, liais la nouvelle loi offre d'autres facilités et d'autres stimulants à l'épargne, ce qui la rend précieuse là encore où ne manquaient pas les anciennes caisses d'épargne. Deux points surtout sont importants : d'abord, les bureaux de poste sont constamment ouverts aux déposants, tandis que les caisses d'épargne ne s'ouvrent habituellement que pour quelques heures durant certains jours de la semaine; ensuite, tous les bureaux de poste comptent entre eux, et l'épargne confiée au bureau de poste de telle ou telle localité peut être retirée im-

médiatement n'importe à quel autre bureau de poste du Royaume-Uni, parmi tous ceux qui sont autorisés à. faire office de caisse d'épargne. Au 3i décembre »86* , le nombre de ces bureaux était de 1,955 en Angleterre, de 3oo en Irlande, et de 99g en Ecosse $ depuis rentrée en fonctions du nouveau régime (16 septembre 1S61) jusqu'au 3i décembre 1862, ils avaient reçu des versements montant à *,i 14,91? liv* st., et le crédit des déposants suerait, le 1 er janvier i863, à la somme de 1 ,6g8,56â lit; st. 96 caisses d'épargne anciennes ont été afcienées en 186a à liquider, délaissées qu'elles se Voyaient par suite de là faveur croissante dès Poèt-Offlte Swings Banks; un bill passé en i863 autorise formellement tes directeurs des anciennes caisses d'épargné à fermer, S'ils le jugent opportun, leurs établissements, et à transférer leurs comptes et leurs fonds au bureau de poste.

Quoique le régime des caisses d'épargné Soit commun aux trois grandes divisions du Royaume- Oni, il convient cependant de èignaler, quant à l'emploi des fonds, cette différence essentielle * qu'en Éfcossê, où frégne la concurrence entré lès banques, lés fonds déposés aux Protident tanks passent, quand elles otft atteint tin chiffre déter^ ifiiné, aux caisses des banques ordinaires, qui leur servent un fiable intérêt, sans douté (2 ii 1/2 p. îoo); toàis n'arrêtent pas le pouvoir décala*

Ksation, comme en France et dans la Grande-Bretagne. « Quoique l'intérêt soit moindre, dit M. Cequelin, ee bienfait y a cependant plus de portée, par cela seul qu'on n'y arrête pas avant le terme l'accumulation des dépôts. Ajoutez à cela qu'après avoir été d'abord pour les ouvriers de simples caisses d'épargne, les banques d'Ecosse deviennent ensuite pour eux des protecteurs. Lorsque l'ouvrier, après avoir fait preuve pendant plusieurs années d'un esprit de prévoyance et d'ordre, arrive enfin à se constituer un capital suffisant pour former un établissement à son propre compte, il peut, avec assez de confiance, s'adresser à la banque qui avait tenu jusque-là ses fonds en dépôt ; il est déjà connu d'elle, et il y trouvera presque sûrement une assistance et un appui. Tandis qu'en France, le déposant, lorsqu'il arrive au terme fatal que la loi a fixé pour l'accumulation de ses dépôts, ne sait plus même que devenir avec son faible fonds 1 , » La critique de Coquelin manque peut-être de mesure, mais die n'est, au fond, que trop juste. A la vérité, les fonds qui excèdent le maximum étant placés en rentes sur l'État, ne sont pas improductife, et l'on ne peut, par conséquent, pas dire que la puissance d'accumulation soit absolument arrêtée. Mais d'abord, l'excédant est con-

* CoquéHn, Du Crédit et des Banques, p. 364.)

damné à dormir Jusqu'à ce que les dépôts aient réalisé une somme suffisante pour acheter un titre de rente sur l'État ; il arrivera, — et la statistique nous a fait voir plus haut que cela arrive assez souvent, — que l'économisant, prévoyant cette stérilité temporaire, renonce, dès l'abord, à porter ses fonds à la caisse d'épargnes, ou cesse de les y porter, ou même relire les fonds qu'il y avait mis, bien avant d'avoir atteint le maximum. De plus, dés rentes sur l'État ne sont pas disponibles comme des dépôts ; on peut les vendre, sans doute, mais il se peut que le besoin de réaliser coïncide avec une crise — ce sera même un cas très-fréquent, puisque c'est dans les mauvais jours du chômage, etc., que l'ouvrier, que le petit industriel est obligé de s'attaquer aux épargnes des jours plus fortunés, — et que le titulaire soit obligé de perdre une partie de son capital pour avoir l'autre.

Ces risques, les incertitudes et les craintes qu'elles provoquent, sont peu compatibles avec le but que la caisse d'épargné doit se proposer d'atteindre, avec les besoins de ses clients naturels. Ce qu'il faut à l'ouvrier, au domestique, au petit employé, c'est de pouvoir en toute sécurité et sans avoir autrement à s'en préoccuper mettre de côté, sou par sou, et laisser ainsi s'accumuler ses épargnes, accrues par les intérêts, jusqu'au jour où il en aura besoin pour parer aux embarras d'une mau-

vaise chance imprévue» pour s'établir, pour exonérer un fils ou doter une fille, pour n'importe qu'elle autre destination. Le forcer de se faire rentier, actionnaire, etc., aussitôt que ses épargnes excèdent la somme relativement modeste de 1,000 fi\, c'est l'exposer à bien des tentations et à bien des accidents que la caisse d'épargne semble précisément appelée à lui éviter. Ajoutons que si la caisse d'épargne aide à l'ouvrier à se créer un petit pécule, elle ne se soucie pas autrement de la manière dont il l'utilisera ; elle ne lui vient en aide d'aucune façon et ne lui rend point le crédit qu'il lui a donné. De plus, en le faisant rentier quand il a atteint une certaine somme, et en Hvrant même dès l'abord ses épargnes les plus modestes à l'État, elle expose -l'économisant aux pertes les plus cruelles : témoin la catastrophe de 1&48.

Il est vrai que dans la situation donnée, telle qu'elle existe en France surtout, il eût été difficile au législateur de disposer autrement. On ne pouvait pas dire que les fonds des caisses seraient déposés à la Banque de France, puisque la Banque de France ne sert aucun intérêt aux déposants. D'un autre côté, pouvait-on autoriser les caisses à placer chez des banquiers privés, en courant des chances de faillite, ou chez de simples particuliers, en Rengageant dans une administration trop compliquée pour des directeurs gratuits ? Il fallait donc recourir

à l'État pour la garde et la bonification des dépôts, et, ce système adopté, il devenait inévitable, afin de ne pas accroître démesurément les charges de l'État et les risques qu'entraîne ce placement pour les déposants, de créer les obstacles déjà signalés à l'accumulation trop forte des versements et des dépôts. Si la liberté des banques existait chez nous» on aurait pu adopter un système analogue à celui qui est suivi en Ecosse; mais tel qu'est aujourd'hui encore l'ensemble de notre système de crédit, il était difficile de donner aux caisses d'épargne une organisation moins défectueuse. H n'en est pas moins vrai que la caisse d'épargne n'a résolu qu'une partie assez restreinte du problème relatif aux classes laborieuses; elle est au crédit populaire ce que la banque de dépôt est au créait ordinaire, c'est-à-dire un simple embryon.

Page 1