‹ Le credo du jardinierChapitre 15 sur 37 · Per numen Drusillœ dejuravit. » (Id · texte numérisé non relu

Per numen Drusillœ dejuravit. » (Id

3. « Forma ejus et nimia voluptas eum consecraverunt oracula per eum dari asserentes. »

tocratie romaine qui avait eu si grand soin de s'en emparer et de la confisquer pendant si longtemps.

On était arrivé à ce point où vinrent les Gauniens suivant Hérodote.

Surchargés du nombre de leurs dieux, ils leur déclarèrent un jour une chasse à courre, frappant l'air de leurs javelots et les poursuivant, tout invisibles qu'ils étaient, jusqu'aux frontières de leur pays.

La religion chrétienne s'annonçait humble et obéissante à César, à qui elle voulait qu'on rendit ce qui lui appartenait.

Constantin, un des plus grands scélérats connus, fut le premier empereur chrétien; à sa mort, il fut déclaré dieu en qualité d'empereur, et saint en qualité de chrétien; une place dans le ciel de Jupiter, et une dans le ciel de Jéhovah ; il tripota

dans les hérésies^ favorisa, persécuta au hasard, tantôt saint Athanase, tantôt Arius.

La légende à part, qui du reste était beaucoup moins chargée qu'elle ne l'a été depuis, la religion du Christ était simple : elle se rapprochait beaucoup de la religion naturelle, du théisme, la reli-. gion d'un seul Dieu ; la morale en était pure, touchante, humble; elle devait se propager à ce point de la société où la religion des païens n'inspirait plus de dégoût.

Le Christ était venu à temps; les malheurs des juifs, à leur comble, leur faisaient croire que les temps du Messie étaient arrivés.

En effet, du vivant des apôtres, Dosithée se donna pour le vrai Messie; un autre dit être le Saint-Esprit, annoncé par Jésus.

G'est alors que les chrétiens, au Ier siècle, composèrent de faux évangiles, de fausses lettres

d'apôtres et de patriarches, et inventèrent huit livres des sibylles, annonçant le Christ.

Dosithée était le premier hérétique; mais, dès le 11e siècle, le nombre des hérésies était considérable. Il parut à Lyon un dieu qui fut livré aux bêtes, et ces bêtes l'épargnèrent.

Cerdon n'admit pas l'Ancien Testament, et du

Nouveau n'accepta que l'Evangile selon saint Luc, et encore pas tout entier.

Puis, par la vanité, l'ambition, l'avidité, les. sectes se multiplièrent à l'infini; il n'est pas de rêve ridicule, d'invention grotesque, ou ofacène, ou puérile, qui ne devint pour les uns ou pour les autres un article de foi.

Plus de trois cents sectes et hérésies se montrèrent, et l'avantage demeura à celle qui put tuer et brûler le plus des compétiteurs de ces sectes, hérésies, etc.

Voici, du moins pour la plus grande partie,

les diverses sectes ou religions greffées sur le christianisme, dont les inventeurs ont essayé de devenir sinon les dieux, du moins les pontifes :

Dosithéens, — Abeilard (accusé de sabellianisme et de trithéisme, traité par saint Bernard de dragon infernal, « il réunit trois monstres en sa personne : Arius, Pelage et Nestorius »), — Basilidiens, — Frérots, — Bérengériens, — Ébionites, — Bogomiles, — Cathares, — Manichéens, — Déchaussés, — «■ Docètes, — Donatistes, — Rogalistcs, — Maximianistes, — Rebaptisants, — Abédécariens, — Fratricelles, — Eunomideupsychiens, — Valésiens, — Eustalhiens, — Maison d'amour, — Flagellants, — Hnosimaques, — Phibéonites, — Lévites,' — Zachésiens, — Barbélonites, — Stratiosites, — Séchiens, — Coddiens, — Abélonites, — Cojjhtes, — Sampséens, — Borborites, — Gorftaristes, — Prédeslinatiens, — Grecs, — Anlidicomarianites, — Théodotiens, — Vaudois,

— Ubiquilaires, — Pétrobrusiens, — Wiclesistes,

— Abyssins, — Baculaires, — Encratites, — Valentiniens, — Hussites, — Zwinglistes, — Luthériens, — Théobutiens, — Tascadrugistes, — Montanistes, — Tatianistes, — Synergistes, — Stadhings, — Adalbertistes, — Begohards, — Frères de la Pauvre Vie, — Taciturnes, — Stercoranistes, — Paschasiens, — Albigeois, — Soci-. niens, — Tatinnistes, — Séthiens, — Ophites, — - Sémiariens, — Quintillianistes, — Camisards, — Anabaptistes, — Gerdoniens, — Nestoriens, — Chaldéens, — Circumcellions. — Frères Moraves,

— Adamites, — Stéblériens, — Baïanistes, — Eutychéens, — Sabbataires, — Cléobiens, — Androniciens, — Opotactiques , — Continents, — Tanchélinistes, — Silencieux, — Chiliastes, — ■- Aloges, — Protestants, — Sarabiens, — Ariens,

— Héracléoniens, — Jacobites, — Iconoclastes,

— Libertins, — Marcosiens, — Adelphes, —

Semi-Pélagiens, — Bardésanistes, — Dualistes,

— Gnostiques, — Sanguinaires, — Collyridiens,

— Brounistes, — Angéliques, — Artotyrites, — Athociens, — Remontrants, — Hydroparastes, -r- Larmoyants, — Ascopbites, — Hermiatites, — Audiens, — Aériens, — Dulcinistes, — Eumiqnaes,

— Hémalites, — Turlupins, — Encratistes, — Anthropomorphites, — Saccophores j — Simoniens,

— Consciencieux, — Bonosiens, — Anglicans,— Arméniens, — Jorinianistes, — Lucifériens, — Origénistes, — Gsiandristes, — Piétistes, — Msh cédoniens, — Novatiens, — Montanistes, — Agapètes, — Msoches, — Apostoliques , — Ecclésaïtes, — Épiscopaux, — Helvidiens, — Antinopuniens, — Siseidois, — Millénaires, — Clanculaires,

— Anthiasistes, — Indifférents,- — Chrislomaques,

— Réformés, — Anaméens, — Joachimites, — Cryptocalvinistes, — Stancaristes, — Matérialistes,

— Nazaréens, — Moscovites, — NicolaUes, —

Gnostèques, — Pacificateurs, — Quiétistes, — Agapeilens , — Entydiites , — Euphronomiens ,

— Stecaristes, — €olarbassiens, — Antitacies, — Hermogémens , — Impeccables , — Quakers , — Matjoristes , — Orbibaliens , — Prodianites , — Procliens, — Itaciens, — Puritains, — Quartodécimans, — - Runcaires,, — Réjouis , — hnpwnatiates., — Agionites, — Etiii<wnéens , — Frères Polonais, — Synarélistes , — Gophtes, — Hubénramstes , — Appellites , — Arminiens , — HamiHBtes , - — Manichéens , — Patripefîsiens , — Itapitaiffls, — Agnoëtes, — Sèvérians , — SateirraaiK, '•-— Cérintbieas , — (Leillapds, ■*— Ma-rcionites, — Paulianistes, — Àpollinaristes, — Synergistes, — Melchisédéciens , — Corinthiens,

— Monothélites , — Quadrisacramentaires , — Agonicélites, — Sagarélistes , — Colluthiens, — Antitrinitoires, — Multipliais, — Orébites, — Rustauds, — Agrippiniens, — Sacnanentaipes, —

Aquariens, — Ménandriens, — Osiandrites, — Priscillianistes, — Confessionistes, — Albanais, — Messaliens , — Passionistes , — Marchionites , — Jansénistes, — Angéliques, — Anthiasistes, — Hésicates, — Illuminés, — Paschaliens, — Archontiques, — etc., etc.

De ces sectes et religions, où Ton trouve la réunion de toutes les folies, de toutes les puérilités, nous examinerons brièvement quelques-unes; puis nous arriverons à la secte triomphante, à la secte catholique, et nous verrons les transformations et contradictions qu'elle a fait subir à la religion de Jésus-Christ, qui était la religion de Confucius, de Socrate, d'Épictète, etc., on ne saurait trop le répéter.

Simon le Magicien se présenta comme « la grande vertu de Dieu p .

Ménandre, son disciple, se donna comme « envoyé de Dieu » .

Cependant, à lire ce que lui reprochent les catholiques, il disait sur l'Etre suprême ce qui s'est dit de plus sensé au milieu des folies, divagations, absurdités, puérilités, charades et rébus qu'on désigne sous le nom de théologie.

« Un être éternel et nécessaire, source de l'existence. Sa majesté est cachée et inconnue à tous; on ne sait rien de lui, sinon qu'il est la source de l'existence et la force par laquelle tout est. »

Les ophites adoraient le serpent, lui donnant le nom de « la Sagesse éternelle » ; sans lui, disaientils, Adam et Eve n'auraient pas mangé du fruit défendu et seraient restés des êtres ineptes, ainsi que leurs descendants.

Paul de Samosate, évêque d'Antioche, en 262, niait la divinité de Jésus et l'honorait comme

tli LE CREDO DU JARDINIER

ua sage;, il niait la trinité comme F entendaient les catholiques, y voyant, lui, non pas trois personnes divines, mais trois attributs de la divinité.

Pelage et les pélagiens nient la nécessité de la grâce et le péché originel. Plusieurs papes, plu-* sieurs conciles saisis d'ikdàgnation ; condamnations, anathèmes, excommunications, persécutions, exils, supplices,, etc.

Les catholiques, en citant saint Paul, veulent qu'on croie que « tous les hommes meurent en Adam ; que tous les hommes sont coupables du péché d'Adam; que nous naissons enfants de colère, odieux aux yeux de Dieu », etc.

Photius, patriarche de Gonstantinople, excommunié par le pape Nicolas Pr, excommunia le pape Nicolas Ier.

Photius ne reconnaissait pas que « le Saint- Esprit procède du Fils comme du Père » .

Le huitième concile excommunia Photius.

Photius assembla un concile qui condamna le huitième, etc.

Les aloges niaient la divinité de Jésus.

Praxée, un de leurs chefs, la reconnaissait conditionneftement; il ne consentait pas à séparer le Père du Fils, et n'admettait pas que, de ce seul et même Dieu, une des personnes fut crucifiée, sans que l'autre en souffrît.

Simon dit le Magicien, dont j'ai parlé tout à l'heure, faisait beaucoup* de- miracles du temps» des apôtres; les écrivains ecclésiastiques les reconnaissent, mais tes attribuent au démon.

« Il passait impunément au milieu des flammes, il traversait les airs comme les oiseaux, il se métamorphosait; sa parole ouvrait les portes, changeait les pierres en pain et faisait pousser des arbres. »

Il disait : « Je suis la beauté de Dieu, la parole de Dieu, je suis tout ce qui est en Dieu. »

Il voyageait avec une femme nommée Hélène; ce que faisaient, du reste, les apôtres du Christ, selon saint Paul : « N'avons-nous pas le droit, ditil, de mener partout avec nous une femme d'entre nos sœurs, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ! ? »

Simon baptisait après avoir fait « descendre le feu du ciel sur les eaux ».

Vers 150 , dit saint Justin, tous les Samaritains et bien d'autres adoraient encore Simon comme le plus grand des dieux.

Les stadhinghs admettaient les deux principes et adoraient à la fois Dieu et le diable.

I ls déclarèrent les prêtres ennemis de Dieu et en tuèrent un certain nombre. Grégoire IX prêcha

1. Numquid non habemus potestatem mulierem sororem circumducendi, sicut et cœtcri apostoli, et fratres Domini, et Céphas? (Saint Paul, I ad Corenthios, ix, 5.)

une croisade : on tua huit ou dix mille stadhinghs..

Les stercoranistes niaient la présence réelle, ne pouvant admettre la digestion de Dieu avec toutes ses conséquences.

Les turlupins étaient des hérétiques gais et amis des plaisirs; on en brûla tant qu'on en trouva.

Les catholiques, apostoliques, romains : selon eux, tous les hommes nés depuis Adam sont punis pour le péché d'Adam.

La Trinité se compose de trois personnes, et cependant d'un seul Dieu ; cependant le Fils est soumis au Père, avec lequel il ne fait qu'un.

Le Fils de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même, naît sur la terre, d'une vierge qui reste vierge après avoir enfanté — comme qui dirait un cercle carré, un bâton qui n'aurait qu'un bout, une partie plus grande que le tout.

Par l'eucharistie, on mange et on digère Dieu.

Leur Dieu tout-puissant est sans cesse vaincu par le diable, qui, disent les catholiques, dans une lutte perpétuelle pour se disputer les âmes, en met mille fois plus dans l'enfer que Dieu n'en élève jra ciel.

Les vaudois prétendaient :

4° Que l'Église romaine n'était plus l'Église de Christ, depuis qu'elle avait des possessions et des biens temporels;

2° Que les papes qui avaient approuvé ou excité les princes pour faire la guerre étaient des homicides, et, à ce titre, sans autorité dans l'Église.

Philippe-Auguste fit caser trois ou quatre* cents maisons de gentilshommes où les vaudois s'assemblaient.

On en passa sept ou huit mille au fil de l'épée ; on en brûla une grande quantité.

Louis XII fit un carnage horrible de ces hérétiques.

François Ier en fit brûler un nombre prodigieux, etc., etc.

Tascadrugistes, branche des montanistes, qui, pour marque de tristesse, mettaient un doigt sur le nez pendant la prière, etc., etc.

Nous venons de voir en quelques pages et par un bref examen de quelques-unes des branches ou sectes du christianisme, qu'il serait difficile d'imaginer une sottise, une folie, une cruauté, et ajoutons une obscénité, surtout si nous songeons aux casuistes, qui n'aient été considérées comme article de foi, depuis la mort de Jésus-Christ.

Nous avons vu aussi que des opinions sensées, honnêtes, tolérantes, avaient été déclarées hérétiques, et que leurs auteurs avaient été brûlés.

Enfin, que la secte religieuse qui l'a définitive-

ment emporté est celle qui a tué et brûlé le plus de membres des autres sectes.

Il nous reste à voir l'Évangile admis, même sans réserves, la doctrine sage, humaine, simple, tolérante du Christ, acceptée comme elle doit l'être; ce que l'Église catholique y a changé, retranché, ajouté, et ce que, en définitive, elle a fait de cette religion.

P. S. — J'ai omis un certain nombre de sectes chrétiennes dans la liste assez longue que j'ai donnée. En voici encore quelques-unes; il est plus que probable que j'en oublie encore :

Adscadurpites, — Passalorinchites, — Valputs, — Péréens, — Sléraversistes, — Arnoldistes, — Aptardedoctes, — Apocarites, — Machéens, — Acéphales, — Calixtains, — Esquinisles, — Floriens, — Coddiens, — Phibéonites, — Agonicéites, — etc.

La figure de Jésus-Christ est éminemment et invinciblement sympathique ; sa douceur, sa résignation, ses souffrances, émeuvent les âmes.

De même que Socrate, qui eut" également la douceur, la résignation, et fut condamné à boire la ciguë ; de même qu'Épictète, qui fut esclave, battu, exilé, etc.

11 est incontestable — quoiqu'il soit convenu de dire le contraire — que Jésus n'a rien apporté ni en morale, ni en philosophie, ni en sagesse, ni en vertus, que n'eussent montré déjà au monde et Confucius, et Marc-Aurèle, et Socrate, et Épictète, qui fut le contemporain de Jésus, etc. Mais, dès notre enfance, nous avons entendu la légende de Jésus. Nous avons vécu avec le petit Jésus; il a

apporté, la nuit de Noël, des joujoux et des bonbons dans nos souliers, en descendant par la cheminée, tandis que de Marc-Aurèle, de Socrate, d'Épictète nous ne connaissons que l'histoire, que personne n'a eu intérêt à embellir ; ils n'ont pas eu une naissance contre nature, ils n'ont pas fait de miracles. Marc-Aurèle seul est monté au ciel, mais sans qu'e ça tire à conséquence, en sa qualité d'empereur romain, comme c'était alors l'usage. Socrate seul a parlé d'un certain génie qui lui donnait des conseils dans les circonstances embarrassantes, ce qui pour moi le rend inférieur aux deux autres.

Quant à Jésus, j'aime et je respecte sa personne; je n'ai absolument à lui reprocher que ses miracles et sa divinité; et encore n'est-ce pas tout à fait sa faute.

Les hommes sont tellement bêtes, que presque tous ceux qui ont voulu les instruire, les dominer

ou les exploiter, ont dû commencer par attirer leur attention et leur admiration par des tours de gobelet, des escamotages, etc\, par de prétendus prodiges beaucoup moins admirables que ce qu'ils voyaient tous les jours.

Disons, sur ce qu'on appelle les miracles,, qu'il n'y a que Dieu à qui je ne pardonnerais; pas de faire des miracles. En effet, ce serait diminuer lui et son œuvre ; je comprends qu'un homme ambitieux, ou voulant conduire les hommes à son but, se targue de déranger à son gré les lois du Créa- ' teur, c'est une puissance, c'est une lutte, c'est une victoire ; mais que Dieu s'amuse à de pareils enfantillages, à déroger aux grandes et immuables lois qu'il a données aux mondes et à l'univers, c'est irrespectueux, c'est impie de le supposer.

Du reste, Jésus, dans les Évangiles mêmes, semble n'en faire qu'à son corps défendant : à plusieurs reprises il refuse et se fâche contre ceux

qui lui en demandent. (Marc, vin, 12, et Matthieu, xvi, 4.) ,

Manou, le premier législateur des Indiens — deux mille quatre cents ans, dit-on, avant l'ère chrétienne, — se dit « fils de Pouroùcha, appelé Viradj, le divin mâle* qui est né de lui-même1, et, comme fils de Viradj, il a créé avec lui les mondes et l'univers. »

. Fo-Hi, le législateur des Chinois — deux mille neuf cents ans avant Jésus-Christ, — est né de Hoa-Su (la fleur attendue), par l'opération d'un arc-en-ciel; de sorte qu'elle reste vierge après avoir enfanté Fo-Hi V

Osiris, le premier législateur des Égyptiens, naquit également de lui-même.

Deux mille quatre cents ans avant Jésus-Christ,

1. Manava-Pharma sastra, traduction du sanscrit, par M. Loiseleur-Deslon g champs.

2 Recherches sur les temps antérieurs au Chou~King, ar le père de Prémare.

chez les mêmes Égyptiens, Manès ou Menés est le fils d'Osiris.

Minos, législateur des Cretois, est fils de Jupiter et d'Europe.

Moïse, législateur des Hébreux, est exposé comme Romulus et Rémus, sauvé d'une façon extraordinaire; il fait des miracles et s'entretient avec Dieu sur les montagnes.

Platon est fils d'Apollon ; — et son père légal Ariston, averti en songe, se sépara de sa femme jusqu'à la naissance de l'enfant divin, lequel fut nourri par des abeilles du mont Hymette et vécut vierge.

Licurgue prétend tenir d'Apollon les lois qu'il donne aux Spartiates.

Romulus est fils du dieu Mars et de la vestale Rhéa Silvia; il monte au ciel après sa mort.

Numa a des entretiens secrets avec la nymphe Égérie.

Mahomet a de fréquentes entrevues avec l'ange Gabriel.

Constantin reçoit le labarum du ciel.

L'oriflamme (un drapeau rouge), descendu par un ange, est porté par les rois de France à la tête de leurs arrtiées.

Il paraît qu'il faut éblouir le profanum vulgus, comme dit Horace ; « la vile multitude » , comme dit M. Thiers.

En 1849, tandis que le général Cavaignac ne- se montrait qu'en frac noir, le prince-président, qui n'était pas militaire, se faisait voir en costume de général, plumes au chapeau et large ruban rouge en sautoir; et aussi cette exhibition n'a pas été pour peu de chose dans la popularité qui faisait chanter aux voyoux, sur l'air politique des lampions :

Poléon, Nous l'aurons!

A peu près à la même époque, Mangin se mit à vendre des crayon», la tête couverte d'un casque doré et une chlamyde dfe pourpre sur les épaules; et lui-même* disait à la foule qui se jetait sur ses crayons :

« Êtes-vous assez bêtes! que peut faire mon casque à la qualité de mes crayons?... Eh bien, quand je n'avais pas de casque, vous me laissiez mourir de faim, et, aujourd'hui, vous faites ma fortune. »

Il y a eu, il est vrai, quelques philosophes, Gonfucius, Marc-Aurèle, Épictète, etc., qui n'ont été fils simplement que de leur père et de leur mère, qui n'ont pas mis de casque ni de plumes sur leur tête, mais qui n'ont pas entraîné les foules, qui n'ont réuni autour d'eux que leur famille. intellectuelle, et n'ont jamais passé pour des dieux-

De même Jésus, fils dû charpentier Joseph et de sa femme Marie, n'en eût pas été moins doux,

moins sage , moins résigné , moins admirable, mais n'eût pas réuni vingt personnes autour de lui. Ne parlons pas, pour le moment, de sa naissance miraculeuse ; mais il crut devoir se donner pour le Messie attendu par les juifs; peut-être même ne fit-il qu'accepter cette dénomination qui lui fut donnée par quelques disciples,

Et greffa-t-il forcément sa religion de justice, de paix, d'amour, sur le vieux tronc de la religion 'd'injustice, de cruauté, de haine, de Jéhovah, le Dieu des juifs.

Il est évident que les juifs attendaient alors un Messie, un nouveau Moïse, qui les tirât « de la maison de servitude » .

Jéhovah, qui les protégeait si bien contre les petits peuples leurs voisins, qu'il leur faisait massacrer, qui les faisait s'évader d'Egypte en volant les vases d'or et d'argent, ne pouvait pas, paraît-il, les débarrasser des Romains ; il ne s'agissait plus de

s'efti aller de chez leurs maîtres, mais de renvoyer ces autres maîtres, ce qui était plus difficile; seulement, il promettait, par la voix des prêtres, de leur envoyer un nouveau prophète qui à la fois les délivrerait comme Moïse, et rendrait à Israël les splendeurs du règne de Salomon; c'était une prospérité matérielle qu'ils attendaient, et voilà pourquoi, sauf un très-petit nombre, les juifs refusèrent de reconnaître le Messie promis dans le fils pauvre du charpentier, a n'ayant pas une pierre pour reposer sa tête » . .

Quant aux prédictions tirées des Écritures, c'est comme les nuages ou le marc de café ; on y trouve ce qu'on veut, de même que dans tout gros livre.

Les chrétiens n'ont-ils pas voulu voir le Christ annoncé dans une églogue de Virgile,

Où, du reste, la prédiction est aussi claire que dans les prophètes pour le moins?

Exemples :

« Une nouvelle série de siècles va commencer, voici venir une vierge, une nouvelle création descend du ciel.

» L'âge de fer est fini, et nous allons revoir l'âge d'or.

t> Les traces de nos crimes seront effacées, et la terre sera délivrée de sa longue épouvante.

» Le serpent va mourir. » (Eglogue àPollicm.)

On peut trouver dans les Écritures, plus que partout ailleurs, à cause des divagations des prophètes, n'importe quoi on y voudra chercher en 4815, on y a trouvé la Terreur et Bonaparte annoncés, prédits ~par saint Jean; on y trouvera, quand on voudra, annoncés et Bon Quichotte et le Petit Chaperon rouge.

Rappelons ioi comment on y trouva et la révolution de 89-93, le règne et la chute de Napoléon, et la Restauration.

Au commencement de la Restauration, il y -eut

naturellement un déohaînement complet contre Napoléon renversé.

M. de Madrolle, écrivain légitimiste et religieux, se demanda si « les Écritures » n'avaient pas prédit Napoléon.

Il fouilla les « Écritures »^ et naturellement trouva qu'elles l'avaient prédit, et aussi la Terreur de 1793 et beaucoup d'autres choses.

M. de Madrolle publia sa découverte, et d'autres le suivirent dans oette voie.

La république rouge :

Saint Jean, Apocalypse :

t xvu, 3. — - Je vis une femme assise sur une bète de couleur d'écarlate,, (pleine de noms de blasphème.

» A. — Cette femme était vêtue Ae pnurpre .et d'écarlate... Elle avait à Ja main une coupe pleine des abominations et de la souillure de ses impi> dicités.

» 5. — Et sur son front était écrit : « La grande » Babylone... la mère des impudicités et des » abominations de la terre. »

» 6. — Je vis celte femme enivrée du sang des saints, etc. a

Passons à Napoléon :

« vi, 4. — Et il sortit un... cheval qui était roux (on se rappelle les chevaux de Napoléon café au lait), et celui qui le montait reçut le pouvoir de bannir la paix de la terre, et de faire que les hommes se tuassent les uns les autres, et on lui donna une grande épée.

» ix, 7. — Ces sauterelles avaient des cuirasses semblables à des cuirasses de fer, et le bruit de leurs ailes était comme un bruit de chariots qui courent au combat (les cuirassiers).

» ix, 11. — Et elles avaient pour roi l'ange de l'abîme appelé en hébreu Abbadon et en grec Apolyon. »

Que veut dire en grec Apolyon? destructeur.

Et Napoléon? la même.chose, nouveau destructeur, ou, si vous le préférez, v«ttoç ou va™ napos forêt, — et >fwv leôn, lion, — le lion des forêts.

a ix, 7. — Et je vis un animal qui ressemblait à un aigle.

» xin, 5. — Et on lui donna une bouche qui prononçait des discours pleins d'orgueil et des blasphèmes, et on lui donna le pouvoir de faire la guerre pendant quarante-deux mois. »

Quarante-deux mois, ça n'est guère; mais ça peut s'arranger; les prophéties ont souvent besoin d'être arrangées; on compte, de son couronnement et de son sacre, aux premiers revers de la France en Espagne, à la capitulation de Dupont, 1804-1808,

Les souffrances du commerce pendant ces guerres et le blocus continental.

Le blocus :

« xvih, 16, 17. — i Cette grande ville... tous ceux qui sont sur les vaisseaux... et qui trafiquent sur la mer (les Anglais), se tiendront loin d'elle. »

Le commerce .:

& xvui, 11. — Les marchands pleureront et se lamenteront à son sujet, parce que personne n'achètera plus leurs marchandises. »

La coalition, la Sainte-Alliance, l'invasion, l'emprisonnement à File d'Elbe d'abord, et ensuite i Sainte-Hélène .:

« xix, 19. — ... Les rois de la terre avec leurs armées pour faire la guerre à celui gui était monté sur le cheval (café au lait).

» xvu, 9. — Ces rois ont un même dessein.

» xx. — Après cela... un ange qui avait Ja clef de l'abîme et une grande chaîne à la Hœain.

» ni. — Et il le jeta dans l'abîme (île d'Elbe), et il l'y enferma, et il le scella sur lui, afin qu'il **e séduisît plus les nations... après quoi, il faut qu'il

soit délié pour un peu de* temps (les Cent- Jours).

» xx, 8. — Il sortira pour séduire les nations.,

» 10. — Et il est jeté dans l'étang: de feu et de soufre (Sainte-Hélène). »

La Restauration :

« xiv. — Et voilà une nuée blanche (le drapeau), et sur la nuée quelqu'un assis (Louis XVIII).

» xx. — ... Je vis un grand trôire blanc et quelqu'un assis dessus (le même Louis XVIII).

* xvii, 9. — C'est ici qu'il faut un esprit intelligent et qui ait de la sagesse (le même Louis XVIII) .

» xx, 4. — Et des gens à qui le pouvoir de juger fut donné (cours prévôtales, exécution de Ney, de Labédoyère, etc.).

» xiv, 9. — Si quelqu'un adore la bête et son image (proscription de la figure de Napoléon sur la eroix), et s'il en prend la marque à la main (les bouquets de violette),

» 10. — Celui-là boira du vin de la colère de

Dieu qui sera versé pur dans la coupe de sa colère (la terreur blanche).

» ii, 27, 28. — Et a celui qui aura gardé mes œuvres jusqu'à la fin (les royalistes), je lui donnerai l'étoile du matin (la décoration du lis).

» h, 17. — Je lui donnerai de la manne cachée et un caillou blanc (un bloc d'argent, le milliard des émigrés). »

Et, pendant que nous y sommes, voulons-nous y trouver une prédiction réalisée, irréfragable, racontant les choses et l'abrutissement d'aujourd'hui, ouvrons encore l'Apocalypse :

« vin, 10. — ... Et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau.

» ii. — Et le nom de cette étoile était absynthe; et la troisième partie des eaux fut changée en absynthe. et elles firent mourir un grand nombre d'hommes.

» Et >

Je n'ose raconter les détails, mais Pierre Leroux

trouva son fameux circulus dans Ezéchiel.

Quant aux légendes et aux miracles et à la preuve qu'on prétend donner de leur authenticité par les nombreux témoins, croyants et martyrs, j'ai donné une petite liste très-abrégée, très-écourtée de miracles semblables ou analogues, crus et témoignés dans tous les pays et dans toutes les religions, faits par les dieux des Indiens, des Égyptiens, des Grecs, des Romains, par le Dieu des mahométans aussi bien que par le Dieu des chrétiens.

Quant à la crédulité des hommes, c'est une bôle vorace, affamée, qui avale tout ce qu'on lui présente.

Mais voyez, de notre temps, combien de mensonges, de légendes ont eu cours sur nos contemporains. Je ne parlerai pas des miracles et des faiseurs de miracles, repris de justice, comme Ta

été mademoiselle de la Merlière, la vierge de la Salôtte.

Mais je vous demanderai de combien de faits inventés, embellis, arrangés, l'Histoire de Napoléon a été augmentée et ornée.

Et, encore aujourd'hui, le pape, les évoques, les curés, ne disent-ils pas que le pape est tenu captif? ne fait-on pas des prières publiques, ne brûle-t-on pas des cierges pour « la délivrance » d'un homme parfaitement libre ?

Et si le pape futur ou un autre — car il faut un certain temps — s'avise de canoniser Pie IX, ne mettra-t-on pas dans sa légende l'histoire de sa captivité ?

Voyez donc le nombre prodigieux de fables, d'inventions, de mensonges cueillis tous les matins et mis en circulation par la presse « anatifère » > l'arbre aux canards.

L'autre jour, « un aspic », serpent d'Egypte,

pareil à celui de Cléopâtre, a été trouvé dans un bouquet à Paris; et on l'a répété, et on l'a cru.

On a imprimé que Garibaldi était à Paris, et qu'on l'avait invité à s'en aller ; et on l'a cru, quoiqu'il n'ait pas quitté Caprera.

La reine d'Espagne a failli se noyer en voulant sauver son fils; et on l'a cru, quoique la mère et le fils fussent bien portants à plusieurs centaines de lieues l'un de l'autre.

Le comte de Chambord a dit ceci, on a répondu cela, il a répliqué en ces termes; on le' croit, et il se trouve que l'interlocuteur n'a jamais vu le comte de Chambord.

Et pourtant, aujourd'hui, le contrôle est facile, est permis, et il n'y a pas un jour où on ne publie ou on ne croie cinquante mensonges, dont dix grossiers pour le moins.

Cependant, puisque les hommes sont comme

cela, puisqu'il leur faut du merveilleux, si inférieur au vrai, puisqu'ils croient aux tireuses de cartes, aux somnambules, aux spirites, aux tables qui parlent, aux crayons qui prophétisent, puisque la Gazette de France, journal religieux, donne à ses lecteurs l'adresse d'une somnambule lucide, — acceptons les Évangiles.

Quoique, malgré l'exclusion d'un grand nombre d'évangiles déclarés apocryphes, mais acceptés par les premiers Pères de l'Église, il se trouve

dans les quatre Evangiles reconnus par l'Eglise, et dans les Acles des apôtres, de nombreuses contradictions, et entre les quatre évangélistes, et entre diverses parties de chaque Évangile; malgré les doutes fondés et sur les auteurs de ces Évangiles et sur l'époque où ils ont été publiés, acceptons les Évangiles.

Après avoir dit cependant encore un mot sur les miracles dont ils sont émaillés.

Supposons un moment que Jéhovah n'est pas simplement le Dieu des juifs; il est le vrai Dieu, le créateur de l'univers et des mondes; loin d'avoir consacré un assez gros morceau de son éternité à l'éducation exclusive d'un peuple dont il n'a pas réussi à faire un peuple modèle, il a partagé ses" sentiments paternels, non-seulement entre les divers mondes, mais encore entre tous les êlres qu'il a créés dans celui-ci, depuis le chêne jusqu'à la mousse, depuis l'homme jusqu'aux insectes microscopiques.

Après avoir essayé en vain du déluge pour corriger les hommes, il lui paraît opportun d'envoyer son Fils sur cette terre, un des mondes innombrables qui flottent- dans l'étendue, et d'interrompre les lois qu'il a données à l'univers.

Il veut qu'on croie à cette apparition, il veut qu'elle frappe les esprits et les cœurs.

Alors, comment agit-il ?

Loin de faire se passer presque clandestinement les miracles dans un petit coin d'un petit pays entre un petit nombre de personnes;.

Loin de faire naître son Fils d'une femme qui seule peut savoir qu'elle met au monde le Fils de Dieu, et ne peut obliger personne à ne pas conserver les doutes naturels qu'a conçus un moment son mari, qui s'est ensuite contenté d'un songe pour secouer les soupçons : il le fait planer dans l'étendue, descendre visiblement du soleil, et d'une grande voix, qui est entendue du monde entier, ce Fils promulgue, dans une langue que tous comprennent, la volonté du créateur souverain. — Voilà pour la naissance.

Mais il aime mieux le faire naître de la femme, très-bien ; il ne veut sauver que les juifs, très-bien. Alors, il va en faire un roi, que tout le peuple écoutera, au lieu d'en faire un pauvre horame^ vertueux, vagabond, objet de l'incrédulité, du

US

mépris, des outrages du plus grand nombre, suivi par une petite poignée de pauvres diables ignorants, qui n'ont aucan crédit sur l'esprit de leurs compatriotes.

Les juifs veulent le mettre à mort.

Si la couronne d'épines se changeait en touchant son front en une couronne de diamants, miroirs du soleil ;

Si les verges dont on le fouette devenaient au , premier coup des branches de fleurs parfumées ;

Si ceux qui ' mettent la main sur lui étaient frappés de la foudre ;

Si celui qui lui crache au visage voyait son crachat revenir sur lui, monter, bouillonner, l'étouffer et le noyer;

Si la croix devenait un trône d'or; le roseau,

un vrai sceptre couvert de rubis et d'émeraudes ;

Si les clous et la lance et le marteau se retour-

Ui LE CREDO DU JARDINIER

naient^d' eux-mêmes contre les bourreaux et contre les juges, et les frappaient sans merci;

Si les Romains, fous de terreur et d'admiration, s'étaient enfuis et avaient abandonné la Judée;

Si le Christ était remonté au ciel, non pas devant quelques apôtres "et disciples, mais aux yeux de toute la population juive et romaine;

Ne croyez-vous pas qu'il n'y aurait pas eu plus de gens persuadés et convertis que par les récits des apôtres?

Quelqu'un ose-t-il dire que cela était plus difficile à Dieu — je parle du vrai Dieu — que de faire les choses se passer comme les racontent les évangélistes?

Les premiers Pères de l'Église ont écrit des choses auprès desquelles l'Apocalypse a presque l'air d'un ouvrage raisonnable : presque tous avaient appartenu à quelqu'une des sectes philosophiques qui se disputaient les esprits avant le christianisme. Saint Justin dit expressément que, s'il a quitté les écoles où on enseigne la philosophie de Platon, ce n'est pas qu'elle fût contraire à celle des chrétiens, mais parce qu'elle ne lui est pas tout à fait semblable *.

Saint Augustin souvent, Origène plus souvent, citent Platon ; tous tiraient un peu d'un côté un peu de l'autre pour faire concorder les deux doctrines.

Lactance. parlant de ce passage du Deutéronome, x, 16 (il faut ici se mettre à parler latin) : Circumcidite prœputium cordis vestri, explique que la circoncision des Juifs n'est que la figure de

1. « Non equidem quod alienœ sintaChristo Platonis rîoctrinœ, sed quod non sunt ex omni parte similes. » (Apoïog. i.\

\W LE CREDO bV JARDINIER

la circoncision spirituelle parce que. . . à moi le latin : Quoniam pars Ma quœ circumciditur Kabet quamdam similitudinem cordis.

De sorte que la congrégation du Sacré-Cœur d'aujourd'hui ne serait, d'après Laclance, qu'une imitation des fêtes de Bacchus et de quelques autres cérémonies païennes où les matrones portaient sans scrupule de petits phallus à leur col.

Quant à la « morale cachée » que saint Barnabe tire des animaux déclarés immondes par la loi juive, ça ne peut même pas se dire en latin.

Quels rapports toutes ces puérilités, ces niaiseries, ces saugrenuités, avaient-elles avec la doctrine et la religion du Christ?

Qu'est-ce que cela pouvait faire à Dieu, qu'on adoptât les unes ou les autres de ces sottises? d'aiiieurs, comment ceux qui les soutenaient savaient-ils ce qui en était? Et cependant' des armées d'èvêques passaient à chaque instant d'Orient en

Occident pour disputer sur le mot de ces charades ; pour ces polissonneries, les uns tuaient et brûlaient, les autres étaient tués ou brûlés, sans que ni les uns ni les autres pussent donner ni une preuve ni un raisonnement sérieux à l'appui de ce qu'ils soutenaient; ce qui, du reste, n'intéressait nullement l'Etre suprême, et n'aurait pas intéressé les hommes, si le parti triomphant n'eût exilé, emprisonné, pendu, décapité et brûlé ses adversaires.

Ces jongleries de mots, ces coq-à-1'âne, ces calembours, peu à peu devinrent tout le christianisme.

D'abord, ce fut autre chose que la doctrine du Christ, puis cela devint le contraire de la doctrine de Jésus-Christ. Les chrétiens, qui avaient tant prêché et réclamé la tolérance quand ils étaient faibles, devinrent les plus intolérants des hommes lorsqu'ils eurent la puissance entre les mains. Les persécutions qu'ils avaient subies des païens, dans

leur commencement, n'étaient que « roses, verdures et pastorales » en comparaison de celles qu'ils se firent ensuite subir les uns aux autres sous prétexte d'une diphthongue, comme dit Boileau, — ouovfTLoç et opotovo-w?, de la même substance, et d'une substance semblable.

Sous prétexte de rêveries, des distinctions auxquelles ils ne comprenaient rien ni les uns ni les autres, mais en réalité parce que les uns voulaient venir au partage des évêchés et de la faveur des empereurs, et que les autres voulaient tout garder; pour en arriver là, les évêques accablaient d'adulations Constantin, chargé des crimes les plus odieux et qui vit d'abord dans l'adoptiçn du christianisme le devoir que la nouvelle religion lui imposait non-seulement de détruire, mais surtout de dépouiller les temples des anciens dieux qui regorgeaient de richesses. On lui persuada qu'il avait reçu du ciel les lumières nécessaires pour

séparer les hérésies de l'orthodoxie ; il en vint à faire des discours et des homélies qu'il récita ou lut dans les conciles et les assemblées d'évêques; au concile de Nicée, il assista « revêtu de la pourpre et tout couvert d'or et de pierreries » , le tout entremêlé du meurtre de son beau-père, de celui des Césars Valens, Martinianus et Licinius, puis de son fils et de sa femme; il découvre que Virgile était chrétien, persécute Arius, puis devient arien, etc.

Les évêques et les papes, partant de ce principe •que « l'Église a horreur du sang », amènent les empereurs et les rois à leur tuer leurs ennemis vaincus, à être des bourreaux à leurs ordres; c'est ce qu'ils appellent « livrer au bras séculier » .

Entre toutes « les hérésies », la plus condamnable a toujours été celle qui niait à l'Eglise le droit de posséder des richesses et des droits tem-

porels ; c'était surtout le crime de Jean lluss et de Jérôme de Prague, lesquels furent brûlés vifs en plein concile, sous les yeux du lâche empereur Sigismond, qui leur avait donné un sauf-conduit signé de sa main.

Bientôt les papes prétendent être les supérieurs et les arbitres des rois et des empereurs; ils donnent les couronnes et les ôtent; ils dégagent les peuples du serment de fidélité.

Je ne citerai que pour mémoire la querelle du pape Alexandre III avec l'empereur Frédéric Barberousse; il fallut que celui-ci vînt à Venise se prosterner aux pieds du pape et les baiser ; et le pape, lui appuyant le pied sur le col de faron à lui faire toucher la terre du front, dit : « Je marcherai sur l'aspic et le basilic, et je foulerai aux pieds le lion et le dragon (super aspidem et basilicum ambulabo)l » sans m'arrêter à Grégoire VII, à Boniface VIII, qui excommunia Phi-

LE CflfcDO DU JAHD1MER 151

lippe le Bel et mit son royaume en interdit, ni môme à Jules II, l'allié traître de Louis XII, ce pape lansquenet qui commandait un régiment de Turcs. Quant aux croisades, nous en parlerons un de ces jours.

Je passe à notre Henri IV.

Le pape Sixte-Quint l'avait appelé race « bâtarde de Bourbon ». Henri avait fait afficher sur les portes du Vatican : « Sixte V, soi-disant pape, en a menti ».

Sous le pontificat de Clément VIII, on négocia pour faire lever l'excommunication. Voici ce que raconte à ce sujet M. de Chiverny, chancelier de France et contemporain de Henri IV, de Clément VIII et de tous les personnages qui fignrèrcn' dans cette affaire :

« Deux prélats français, le sieur d'Ossat et le sieur Duperron, représentant le roi de France, consentirent à recevoir publiquement de la main

du pape des coups de houssine, ce que, alors, on appela « la gaulade sacrée », absolument comme si le roi les eût reçus lui-même.

i> Ledit pape, ajoute le sieur de Chiverny, se montra ainsi grandement bon et clément de consentir que les sieurs d'Ossat et Duperron représentassent le roi en cette circonstance et action ' mémorable, et acceptassent pour Sa Majesté les saintes remontrances, objurgations et « gaulades » qu'il plût à Sa Sainteté de lui infliger. »

Tous les autres articles de ce compromis ne sont guère moins curieux, je n'en citerai ici que quelques-uns.

« Art. xi. — Le roi dira tous les jours le chapelet de Notre-Dame, et, chaque mercredi, les litanies, et, le samedi, le rosaire de Notre-Dame; il gardera les jeûnes et autres commandements de l'Église; il ouïra la messe tous les jours.

» Art. xii. — Il bâtira en chaque province un monastère d'hommes ou de femmes.

» Art. xiii. — Il se confessera et communiera en public quatre fois pour le moins chaque année.

» Art. xv. — Il fera part de l'événement à tous les princes catholiques, en se conjouissant de ce qu'il aura été reçu de la grâce de l'Église romaine. »

Passons légèrement sur les articles des conciles qui témoignent de l'avidité et de la cruaulé de l'Église romaine; il serait facile de remplir ce volume, je n'en citerai que deux ou trois :

On déclare nuls les testaments qui n'ont pas été faits en présence du curé.

On défend aux médecins de donner aucun soin au malade avant qu'il se soit confessé.

On déterrera les hérétiques et on jettera leurs ossements à la voierie.

Où en est la doctrine du Christ? Quel rapport

a-t-elle conservé avec la religion s'intitulant la religion chrétienne?

Mais continuons.

Les conciles ne s'occupaient pas toujours exclusivement des subtilités, des niaiseries, des jeux de mots par lesquels ils avaient remplacé la morale et la doctrine de Jésus-Ghrist et de ses apôtres.

De temps en temps, ils songeaient à réprimer certains désordres qui causaient du scandale et ont fini par enlever au catholicisme une partie du monde; d'ailleurs, les chefs voulaient bien se permettre à peu près tout, mais les subalternes devaient mettre ou montrer de la modération dans leurs passions et dans leurs appétits.

Le duc d'Orléans régent avait un fils naturel qu'il destinait à être d'Église et qu'on appelait déjà M. l'abbé *** ; il avajt confié son éducation à je ne sais quel évèque; un jour, le précepteur amena son élève au Palais-Royal, demanda à voir le duc

ni évêques ni clercs ne peuvent plus avoir de femmes.

Premier concile de Tolède (400) :

« Septième canon : S'il arrive que la femme d'un clerc pèche, il pourra la lier dans la maison, la faire jeûner et la châtier, sans néanmoins attenter à sa vie. »

Le dix-septième canon permet une épouse ou une concubine, mais point les deux.

Cinquième concile de Carthage (400) : Défense aux évêques, prêtres, diacres, etc., d'user du ma-

riage.

Concile de Rome (403) : Les évêques, les prêtres et les diacres doivent garder le célibat.

Tous les conciles renouvellent aux prêtres, clercs, avec des menaces tantôt graduées, tantôt se radoucissant ou s'exaspérant, deux défenses toujours sans résultat, puisqu'elles sont toujours

renouvelées, à savoir de s'habiller de rouge et de vert, et d'afficher un luxe indécent.

D'entretenir des concubines chez eux. Ça remontait loin. — On se rappelle que saint Paul, dans une épitre aux Corinthiens, réclame le droit pour lui comme pour les autres apôtres et disciples, et pour les frères de Jésus, de conduire partout avec eux une femme d'entre leurs sœurs (ix, 5).

Les conciles poursuivent sans cesse cette, cohabitation où les femmes prenaient divers titres : agapèdes, sœurs adoptives, sous-introduites ; à chaque instant, il faut défendre aux prêtres de coucher dans les couvents des filles, aux religieuses de coucher dans les couvents d'hommes (Concile de Constantinople, 692).

On défend de construire, à l'avenir, les couvents consacrés aux deux sexes appelés « monastères doubles » , en maintenant cependant ceux qui exisent. (Deuxième concile de Nicée, 787).

Parenthèse : Quand je disais plus haut que le Dieu des Juifs, Jéhovah, était passé à l'état du vieux Saturne, il ne m'est pas venu alors à la mémoirece qui me revient en ce moment : « Maintenant, nous sommes délivrés de la Loi, étant morts à celle qui nous a retenus, afin que nous servions Dieu dans un esprit nouveau. » (Saint Paul aux Romains, vu, 6.)

Contre les concubines interdites aux prêtres, je feuillette rapidement le deuxième concile d'Arles (443), celui d'Agde (506), de Tolède (531), troisième d'Orléans (538), cinquième d'Orléans (549), de Chalon-sur-Saône (650), de Nantes (658), de Constantinople (693), de Lyon (683), etc., et toujours comme cela.

Il en est de même, et toujours sans résultat, pour le luxe des habits tant aux religieux qu'aux religieuses. Je tombe sur le deuxième concile de Nicée (787) : On défend à tous les clercs les ha-

bits magnifiques et les étoffes de soie bigarrée et l'usage des huiles parfumées; Coïve (1050) : Défense aux prêtres de porter des habits de diverses couleurs.

Le concile de Carthage (398) s'exprime ainsi sur les devoirs des évêques :

« L'évêque doit avoir son petit logis près de l'église, ses meubles doivent être de vil prix, sa table doit être pauvre; il ne plaidera point pour les intérêts temporels, même provoqué, etc. » — Plus tard, il faudra défendre à ces mêmes évêques d'emmener avec eux plus de quarante chevaux dans leurs voyages.

Concile de Mayence (888) : On renouvelle les canons contre les prêtres impudiques.

Concile de Pavie (1012) : Les clercs n'auront ni femmes ni concubines, de même pour les évêques.

Concile de Bude (1279) : Ordre aux clercs de chasser leurs concubines.

Concile de Reims (1583) : Défense aux clercs d'entretenir des concubines. — C'est un des derniers que j'aie sous les yeux.

Dans tout cela, où sont les traces de la morale et de la doctrine de Jésus-Christ? Que de verbiage, que de discussions puériles, que de subtilités coT casses ou indécentes, que d'inventions ridicules devenues féroces par la méchanceté avec laquelle on les soutient !

Où est Jésus pauvre, doux, résigné, compatissant, disant : « Aimez-vous les uns les autres; ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit; ne vous souciez pas de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni pour votre corps de quoi il sera vêtu; voyez les oiseaux de l'air, ils n'amassent rien dans les greniers, et le lys des champs naît plus magnifiquement vêtu que ne l'a été Salomon dans toute sa gloire.

j> Ne résistez pas à celui qui vous fait du mal ;

si quelqu'un te frappe à la joue droite, présente la joue gauche, et si quelqu'un veut plaider contre toi et le prend ton manteau, donne aussi la robe; aimez vos ennemis ; ne prenez ni or ni argent dans vos ceintures, ni sac pour le voyage, ni deux habits, ni souliers, ni bâton, etc. »

Que reste-t-il de cela dans ce qui s'appelle l'Église chrétienne? par quoi l'a-t-on remplacé? Par la vanité, par l'avarice, par l'amour des plaisirs et de la domination, par la haine, par la violence, par la tyrannie, par la persécution, par les glaives, par les bûchers. Jamais, depuis que les hommes emploient leur industrieuse bêtise à se faire de petits et ridicules dieux, il n'a été imaginé une religion plus opposée, plus contraire à celle du Christ que celle qui se dit exclusivement aujourd'hui chrétienne, catholique, apostolique et romaine; c'est ce que je me propose d'établir d'une manière irréfragable avant de tcrmi-

ner ce travail auquel m'a forcé la tentation récente de restaurer la puissance de l'absolutisme et de l'Église et l'insolence de faire des miracles.

Je disais : Voici le ciel nettoyé, expurgé de ces . myriades de dieux dont on l'avait encombré.

Saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, se moque, avec assez de raison, assez d'esprit, mais pas assez de bonne foi, de cette multitude de dieux. Je dis pas assez de bonne foi, parce qu'il néglige de dire que ces croyances n'étaient pratiquées que par la partie la plus ignorante du peuple, et que les lettrés romains en riaient avant lui et avec plus d'esprit encore que lui. Ce sont contes de bonnes femmes, dit Cicéron, dans les Tusculanes : Quœ est anus tam délita quœ timeat ea.

« Quelle est la vieille femme assez ramollie pour avoir de pareilles craintes? »

« Grâce à la foule des dieux, le ciel est aujourd'hui plus peuplé que la terre, avait dit Pline le Jeune, sans attendre pour cela saint Augustin, — Major cœlitum populus quant hominum. »

« Après tous les dieux qui conduisent l'homme de sa naissance à sa mort, dit plus tard saint Augustin, il y en a qui président à tous les détails de la nourriture et du vêtement » ; — et, dit Montaigne, qui reproduit ici saint Augustin (Cité de Dieu, liv. IV, ch. vin), « il est de ces dieux si chétifs et populaires, qu'il en faut entasser bien cinq ou six à produire un épi de blé, et en prennent leurs noms divers, trois à-une porte, celui de Tais, celui du gond, celui du seuil, etc. »

Tous ces dieux chassés, oubliés, le culte d'un seul Dieu, c'est-à-dire la religion naturelle et primitive revenue, que fit l'Église? Elle imagina

ite LE CREDO DU JARDIN

de repeupler toutes ces cases restées vides dans le ciel païen; et saint Augustin, quand il se moquait tant de ces innombrables dieux, demi-dieux, etc., ne pensait guère qu'il était pour sa part destiné à habiter une de ces niches abandonnées.

L'Église inventa les saints.

Ne vous effarouchez pas, madame, ma belle lectrice! je n'ai qu'un but en écrivant ces lignes, c'est de retrouver la vérité enfouie sous des montagnes de fables et de mensonges, et de restituer la religion simple, naturelle, que Dieu lui-même avait mise au cœur de l'homme.

Qu'est-ce en réalité que les saints?

Mais, avant de résoudre cette question, constatons que la crédulité populaire et les contes de vieilles femmes n'ont pas tardé à faire jouer aux

saints précisément les rôles divers que saint Augustin, devenu plus tard un de ces saints, trouvait si ridicule qu'on fît jouer aux petits dieux, aux divi, chez les Romains. Combien de saints et de saintes ont passé et passent encore pour avoir des fonctions particulières et spéciales dans le gouvernement des affaires de la terre !

Saint Aignan préservait et préserve peut-être encore de la teigne. Sainte Apollonie délivre du mal.de dents; saint Avertin, des étourdissements et vertiges. Sainte Glaire guérit les maladies des yeux; saint Eutrope, l'hydropisie; saint Genou, la goutte; saint Job, la ... ; saint Main, la gale; saint Martin, l'ivresse; saint Quentin, la toux; saint René, les maux de reins; saint Roch, la peste. Sainte Geneviève et saint Médard sont préposés à la pluie sainte ; Anne et saint Antoine de Padoue font retrouver les objets perdus ; j'ai, pour des raisons à moi connues, plus de confiance en saint Antoine,

Saint Léonard rompt les chaînes et ouvre les serrures des prisons. On mettait les oies sous la protection de saint Ferréol. Saint Fiacre est encore aujourd'hui le patron des jardiniers; saint Genest, le patron des comédiens; saint Crépin, le patron des cordonniers. Les maçons, les charpentiers, les blanchisseuses, ont leurs saints qui s'occupent spécialement de leurs affaires, et qu'ils fêtent tous les ans. Sainte Barbe est la patronne et la protectrice des artilleurs.

Revenons à ma question : Qu'est-ce en réalité que les saints? Ce sont des hommes ou des femmes qui, par l'éclat et la persistance de leurs vertus, ont mérité que leur mémoire fût conservée dans l'esprit des hommes, et leur nom, pour la plupart, inscrit dans les almanachs.

Mais ce n'est pas tout. On nous dit aussi qu'ils sont admis au ciel, en compagnie des anges, archanges, chérubins, trônes, dominations, etc., où

ils voient Dieu face à fttce et peuvent intercéder pour ceux qui les prient et, notamment, pour ceux qui, ayant reçu leur nom au baptême, se trouvent ainsi naturellement placés sous leur patronage.

Comment sait-on que tel ou tel personnage, une fois acquitté de sa vie terrestre, est devenu saint et est monté au ciel.

Existe-t-il une sorte de Journal officiel de l'Olympe, où on inscrive les nominations, et ce journal est-il envoyé au pape chargé de promulguer les nouveaux saints? Le pape, sous une forme et d'une façon quelconque, reçoit-il d'en haut communication que tel ou telle vient d'être admis ou admise parmi les bienheureux.

Ou le pape envoie-t-il au ciel un laisser-passer : « Tel ou telle a été par moi déclaré ou reconnue saint ou sainte, et, en cette qualité, il lui sera donné place parmi les phalanges célestes. Bon pour une place en Paradis. >

C'est cette dernière et étrange version qui semble le plus se rapprocher de la vérité.

Le premier saint dont il est fait mention est saint Polycarpe, évêque de Smyrne,je crois; le second serait saint Martin, de Tours, au commencement du vc siècle.

Le pape Benoît XIV, dans son ouvrage sur « les canonisations et les béatifications », avoue qu'au commencement quelques saints furent envoyés au ciel assez légèrement; au concile de Latran, en 993, le pape Jean XV mit au nombre des saints Uldaric, évêque d'Augsbourg, à la prière, dit Benoît XIV, de Luitolphe, un de ses successeurs, et pour lui faire plaisir. Les évêques durent alors s'emparer des décisions à intervenir à cet effet.

Benoît XIV raconte que, du temps de saint Marlin, un tombeau, dans les environs de Tours, était devenu l'objet d'une dévotion populaire, et

quelqu'un même des anciens évoques l'avait accrédité par la consécration d'un autel.

Ce saint sembla suspect à saint Martin, qui devait être saint, plus tard; il fit une enquête sur le nom, sur la vie, sur la mort du personnage, et il finit par découvrir que ce sépulcre révéré renfermait le corps d'un brigand fameux, mis à mort pour ses crimes.

Alexandre III passe pour le premier pape qui se soit réservé de prononcer sur les canonisations et béatifications.

Depuis ce temps, et aujourd'hui encore, on procède à l'enquête et au « procès » — terme consacré — des candidats à la canonisation, d'après des règles que l'on assure être très-scrupuleusement suivies et que j'ai expliquées dans un livre publié il y a quelques années, sous le titre de

Gaietés romaines, et où j'ai en même temps donné

la biographie véridique et indiscutable d'un certain nombre de saints.

Quoi qu'en dise Benoît XIV, qui appuie beaucoup sur ce point, comme s'il le sentait faible, la canonisation des saints n'est autre chose que Yapo- . théose des anciens, dont l'étymologie est si claire : « envoyer dieu ».

Ce n'est pas, il s'en faut, la seule imitation des païens que l'Eglise moderne se soit permise : le concile d'Auxerre, au VIe siècle, défend de donner l'eucharistie aux morts; l'usage avait duré longtemps, en effet, de placer sous la langue des morts une petite hostie que le prêtre faisait payer un denier, et rappelant, ce me semble, assez bien, l'obole destinée à payer à Garon le passage du Cocyte, — avec cette nuance que le prêtre gardait l'obole pour lui.

La morale de la religion du Christ — simple, humaine, — la morale, je le répète, de Confucius, de Socrate, de Marc-Aurèle, d'Ëpictéte, ne tarda pas à être abandonnée par les sectes chrétiennes, enjolivée, obstruée de niaiseries, de puérilités, de coq-à-1'âne, de charades ridicules, auxquelles l'opposition et la résistance rendirent leurs auteurs féroces et sanguinaires.

«La religion .chrétienne, dit un écrivain ecclésiastique, n'avait pas élevé tous les chrétiens audessus des vices de l'humanité et de ceux de leur siècle (le iv" siècle) ; il se trouva des esprits ardents, des hommes factieux, et les disputes des chrétiens produisirent dans l'empire des guerres civiles; l'Afrique et l'Orient furent troublés par le ■ schisme des donatistes et l'hérésie d'Arius.

» Les femmes de la cour, les eunuques, les ministres, les favoris qui vendaient leur protection à telle ou telle secte, ou en se déclarant pour une

d'elles, jouaient un rôle dans l'empire, — jetèrent Constantin et ses successeurs dans les querelles religieuses; on bannit, on exila, on tua, on dépouilla de leurs charges et de leurs biens ceux que la cour et la mode ne jugèrent pas orthodoxes. »

Les hérésies, les querelles religieuses et l'intérêt qu'y prirent les empereurs furent une des causes qui hâtèrent la destruction de l'empire romain.

Cette mode changeait souvent : les orthodoxes d'aujourd'hui, brûlant, exilant, emprisonnant leurs adversaires, étaient, le lendemain, déclarés hérétiques et, comme tels, brûlés, exilés, emprisonnés; puis, un peu plus tard, redevenaient orthodoxes et rcbrûlatent, réexilaient, réemprisonnaient.

Nous en prendrons pour exemple le culte des images et les iconoclastes.

Depuis Constantin, tous les empereurs, les uns par politique, les autres gagnés par leur entourage, se mêlèrent des querelles religieuses ; on leur

persuada qu'il était beau d'interposer leur puissance entre le ciel et la terre; que c'était éterniser leur gloire, et qu'il était heureux pour un empereur d'avoir, pendant son règne, quelque hérésie ou quelque dispute théologique qui fit du bruit.

Léon TIsaurienr simple soldat, fait empereur par le patriarche Germain, jura de protéger la religion catholique, du moins comme l'entendait Germain; malgré son ignorance, il voulut, comme ses prédécesseurs, se mêler des disputes théologiques.

Il abolit le culte des images; le peuple se révolta, Germain excommunia l'empereur, l'empereur le déposa, le pape Grégoire II se prononça pour les images.

Léon envoya des assassins pour le tuer; 1 Italie se souleva contre Léon.

Son fils, Constantin Gopronyme, assemble un

concile auquel assistent trois cents évêques; ils

m LE CREDO DU JARDINIER

prohibent le culte des images, sous les peines les plus sévères.

Le fils de Constantin, Léon IV, refusa de partager le lit de sa femme, l'impératrice Irène, parce qu'il avait trouvé des images chez elle, et fit périr ceux qui les lui avaient procurées.

Léon meurt, l'impératrice Irène est régente; de concert avec le pape Adrien, elle assemble un concile à Nicée, qui rétablit le culte des images.

Constantin, devenu majeur, défend d'obéir au concile de Nicée : sa mère lui crève les yeux et rétablit les images; elle figure parmi les saints au calendrier grec et on célèbre sa fête le 45 août.

Léon V proscrit les images.

L'empereur Théophile persécute les partisans d'images.

L'impératrice Théodora, sa veuve, rétablit les images, bannit les iconoclastes, etc., etc.

Je ne vous reparlerai pas de toutes les sectes

chrétiennes qui dépassent le nombre de trois cents, et dont j'ai donné une longue liste encore trèsincomplète; je dirai seulement quelques mots de celles qui, par l'étrangeté, l'absurdité, la puérilité, la cruauté, l'inconvenance, se font remarquer au milieu des autres, qui toutes ont plus ou moins de ces qualités.

Appelle, vers l'an 145, disait que Jésus-Christ s'était formé un corps des parties de tous les cieux, par lesquels il était passé en descendant sur la terre, et qu'en remontant il avait rendu à chaque ciel ce qu'il lui avait pris.

Il avait avec lui une femme appelée Philnmène, à laquelle apparaissaient Jésus-Christ et saint Paul: elle faisait des miracles.

Il eut des disciples qui formèrent la secte des appellites.

Les apotasliques. — On en brûla beaucoup ; ils souffrirent les supplices avec une telle constance,

qu'un écrivain ecclésiastique s'étonne que les enfants du démon aient autant de force que les enfants de l'Eglise. Les apostatiques furent donc brûlés; leur hérésie consistait en ceci, que l'Église pardonne difficilement « le renoncement aux biens de ce inonde >.

Les aquatiques prêchaient que l'eau était un principe coéternel à Dieu, et l'origine de tout.

Arnauld de Bresse prêcha que les prêtres ne pouvaient posséder ni fiefs ni biens-fonds; ses partisans formèrent la secte des arnauldistes. Le pape Innocent II le chassa d'Italie; le pape Adrien VI l'excommunia. Il fut arrêté, attaché à un poteau et brûlé vif.

Selon Bardesane (en 166) et les bardésanistes, Adam et Eve avaient un corps subtil impalpable; c'est du corps humain, matériel, charnel qu'il faut entendre, et qui est dit dans la Genèse, des « tu-

niques de peau » dont le Seigneur couvrit nos premiers pères en les chassant du paradis1.

Les begohards distinguaient dans l'amour la sensualité et le besoin; tout plaisir préalable ou accessoire était un crime; posséder une femme était permis, lui donner un baiser était un péché mortel.

Les berengeriens niaient la transsubstantiation.

Les nestoriens permettaient aux prêtres de se marier jusqu'à sept fois; mais, à la septième, ils ne pouvaient épouser qu'une veuve. Ils persécutèrent les catholiques qui le leur rendirent.

Un anabaptiste, Jean Becold, courut nu par les rues de Munster en criant : « Voici le roi de Sion qui arrive! » puis il rentra dans sa maison. Le peuple vint en foule pour savoir la cause de cette bizarrerie.

Il ne répondit pas et écrivit que Dieu, comme à

1. « Fecit tunicas pelliceas, et induit cos. » {Genèse, ht,. 21.)

Zacharie, lui avait lié la langue pour trois jours. Le troisième jour, il déclara que Dieu l'avait nommé son prophète et roi de Sion.

Un autre prophète, son compère, lui présenta une épée, en disant : « Dieu t'établit roi sur toute la terre. »

On lui mit sur la tète une couronne d'or.

Mais on fit mourir beaucoup de ses sujets; l'é- >êque de Munster prit la ville et fit tenailler et Jean Becold et Jean de Leyde.

Les parfaits ne se permettaient jamais un sourire, pour ne pas s'attirer cette malédiction : « Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez. »

Un joli passage dans l'histoire du schisme de Henri VIII.

« Le roi, persuadé que les religieux fomentaient des troubles contre lui, fit faire une visite dans les monastères; il fit exposer en public de fausses reliques qu'on y avait trouvées, des statues de Jésus-

Christ, de la Vierge et des saints creuses avec des ressorts qui leur permettaient de pleurer et de faire des mouvements, etc. »

Et l'auteur ajoute :

•« Le pape ne pouvait tolérer les égarements de Henry, et il offrit son royaume au roi d'Ecosse, etc. » Il est curieux d'appeler les fraudes pieuses des moines les « égarements du roi Henry ».

Au xne siècle, un gentilhomme breton, appelé Eon de l'Etoile, se figura que c'était de lui qu'il ' était question dans le symbole :

Per cum (on prononçait alors eon) qui venturus est.

Il se persuade d'abord à lui-môme, puis il persuade à une foule de peuple que c'est lui qui doit « juger lse vivants et les morts » ; il appelle ses disciples, l'un « le Jugement », l'autre « la Sagesse » ou « la Domination » .

Ses disciples, de troupe deviennent bande, puis une petite armée qui pille les monastères.

Le pape Eugène III assemble un concile en partie contre lui ; on le condamne à une prison perpétuelle et on brûle plusieurs de ses disciples.

Nous voici aux cutychiens.

Eutychès, en grande réputation de sainteté, et !

ayant beaucoup de crédit à la cour, enseigne à ses :

moines qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule i

nature.

Eutychès parut devant un concile qui le condamna • à l'excommunication; mais il appela à un autre concile; il y avait la cinq ou six saints et une centaine d'évôques.

Eusèbe proclama les deux natures de Jésus- Christ; mais les saints et les évoques s'écrièrent qu'il fallait brûler Eusèbe tout vif et le mettre en pièces, puisqu'il déchirait Jésus-Christ.

Eutvchcs est déclaré orthodoxe; les saints et les

évêques s'injurient, se battent, et saint Flavien meurt quelques jours après, des coups de pied que d'autres saints lui avaient donnés dans le ventre.

Le concile de Constantinople avait condamné Eutycliès; le concile d'Éphèse l'avait glorifié. Le concile de Chalcédoine l'excommunia sous l'influence de l'impératrice Pulchérie.

Mais, plus tard, une autre impératrice, Eudoxie, favorisa Théodore, disciple d'Eutychès, attaqua le concile de Chalcédoine, et, à son tour, se mit à persécuter; on brûla dans une église de Saint- Jean-Baptiste des soldats qui avaient voulu s'opposer à une sédition ayant pour cause le concile de Chalcédoine.

Une secte d'eutychiens se partagea sur celte

question : « Avant la résurrection du Christ, sa

chair était-elle corruptible? > Il y eut des meurtres,

et on ne décida rien.

Jean Huss et Jérôme de Prague, son disciple,

s'élèvent contre les indulgences, la vente et l'abus qu'on en faisait ; tous deux furent brûlés vifs.

Les hussites de Bohême plus tard demandaient : 1° que l'eucharistie fût administrée sous les deux espèces du pain et du vin, aux laïques comme aux prêtres; 2° que la parole de Dieu pût être prêchée librement, etc. ; 3° que les ecclésiastiques n'eussent plus de biens temporels; 4° que les crimes fussent tous punis par les magistrats.

Le concile de Bâlë repousse ces énor mités. Trois croisades contre eux firent répandre des torrents de sang.

Pendant deux siècles, on infligea aux manichéens toute sorte de supplices.

L'impératrice Théodora ordonna de faire mourir tous les manichéens.

Bien longtemps après, en France, le roi Robert assembla un concile contre eux. « Ils furent con-

damnés au feu, et ils se précipitèrent dans les flammes avec de grands transports de joie. »

Il est vrai que ces scélérats admettaient a deux principes ».

Les marcosiens étaient faiseurs de miracles ; leur chef Marc avait inventé un gobelet à double fond dans lequel, aux yeux des spectateurs, il changeait en sang le vin du sacrifice de la messe.

Les marri onites professaient une haine profonde centre le Dieu de l'Ancien Testament, et, à chaque repas, au lieu du Benedicite et des Grâces, qui sont une invention honnête, légitime et poétique, ils se plaignaient amèrement d'être obligés, pour se nourrir, d'user de choses créées par ce Dieu détesté.

Les montanistcs avaient pour chef un nommé Montan, qui, s'appuyant sur ce que l'Évangile fait dire à Jésus-Christ qu'il enverra le Saint-Esprit sur

i84 LE CREDO DU JARDINIER.

la terre, déclara qu'il était le prophète promis et l'incarnation du Saint-Esprit.

Deux femmes, Priscilla et Maximilla, quittèrent leurs maris, se fondant sur les paroles de Jésus- Christ à ses apôtres, où il est dit qu'on doit haïr sa femme et son mari pour aimer le prophète1, et suivirent Montan. Bientôt elles prophétisèrent comme lui.

Le montanisme régna pendant plus d'un siècle. Terlullien fut quelque temps montaniste. Montan se prétendait en progrès sur Jésus-Christ, comme doctrine.

Chez les Russes, appelés alors Moscovites, suivant le rite grec, il s'établit, dans le xvc et le xvr siècle, une secte appelée Sterawersi, dont

1. « Qui amat patrem aut matrcm plus quam me, non est me dignus. » (S. .Matthieu, x, 37.)

« Si quis venit ad me et non odit patrem et matrem, et filios et fratres, et sorores et uxorem,non potest meus esse discipulus. » (S. Luc, xiv, 26.)

LE CREDO iWj JARDINIER 185

les adeptes s'éloignèrent des autres par ces

1" C'est une grande faute de dire troisfois Alléluia; ils ne le disent que deux fois;

2° Il faut apporter sept pains à la messe an lieu de cinq;

3° La croix qu'on imprime sur le pain de la messe doit être octogone et non carrée ;

4° En faisant le signe de la croix, il ne faut pas joindre les trois premiers doigts comme font les autres Russes; mais il faut joindre le doigt annulaire et le doigt auriculaire au pouce par les extrémités, sans courber l'index ni le médium : les trois premiers représentant la Trinité et les deux derniers Jésus-Christ, selon ses deux natures ; cela faisant, ils pensaient être très-agréables à Dieu et appelaient les autres Russes roscalchitl, c'està-dire hérétiques.

Ils ajoutaient un sixième point : c'est qu'un

prêtre qui a l'habitude de boire de l' eau-de-vie ne peut baptiser efficacement.

Philastrius et ses disciples honoraient Judas.

Les caïnites rendaient un culte à Gain.

Selon Àbeilard, « il y a des degrés dans la Trinité : le Père est une pleine puissance, le Fils est quelque puissance, et le Saint-Esprit n'est aucune puissance ».

Adalbert était visité par un ange; il distribuait ses ongles et ses cheveux comme reliques; il se consacra june église à lui-même.

Jésus-Christ lui adressa une lettre que lui apporta saint Michel.

Les adamites, dans leurs cérémonies, se mettaient nus comme Adam et Eve dans l'état d'innocence.

Les agonicélites voulaient qu'on priât debout et regardaient comme une superstition de prier à genoux.

Pierre Mauran, un des fondateurs de la secte des albigeois, ayant nié que dans l'eucharistie on mangeât Dieu lui-même, fut emprisonné, dépouillé de ses biens; on démolit sa maison, etc.

Plus tard, il pFOinit de se convertir; il dut se présenter nu eh caleçon devant le peuple et se jeter aux pieds du légat du pape; le lendemain, l'évêque de Toulouse et l'abbé de Saint-Servin le conduisirent nu et sans chaussure, le fustigeant, etc.

Mais ce n'était rien !

Raymond, comte de Toulouse, un des chefs des albigeois, fut condamné par un concile convoqué par Innocent III ; le légat lui passa une étole au cou et le conduisit à l'église en laisse, le fouettant avec des verges.

Il se fît, contre les albigeois, une croisade où on vit arriver des Flamaads, des Normands, des Bourguignons, etc., conduits par les archevêques de Reims, de Sens, de Rouen; par les évêques

tTAutun, de Clermont, de Nevers, de Bayeux, de Lisieux et de Chartres. L'abbé de Citeaux était généralissime.

Les archevêques de Bordeaux et de Limoges amenèrent des renforts.

L'armée catholique arriva devant la ville de Béziers et demanda qu'on lui livrât les hérétiques; sur le refus des habitants, ils les passèrent tous au fil de l'épée sans distinction d'âge ni de sexe.

Ils massacrèrent plusieurs milliers d'hommes réfugiés dans l'église de la Magdeleine.

A Carcassonne, on brûla quatre cents habitants.

Des inquisiteurs parcoururent le pays, brûlant les vivants et déterrant les morts.

Je lis dans un écrivain ecclésiastique : « On brûla tant d'hérétiques, que leur nombre diminua beaucoup, le dernier acte de foi (auto-da-fé) eut lieu en 1389. »

f Les inquisiteurs firent encore des recherches et ne demandaient qu'à brûler, a

Au v' siècle, Théodose le Jeune nomma Nestorius au patria reliai de Constantinople.

Nestorius dit à l'empereur dans son premier sermon :

« Donnez-moi la terre purgée d'hérétiques et non-seulement je vous donnerai le ciel, mais, si vous m'aidez à exterminer les hérétiques, je vous aiderai à exterminer les Perses. »

Alors, il démolit les églises de ses concurrents, exila, tua, etc.

Il professa que Jésus-Christ, existant de toute éternité, n'avait pu naître d'une femme.

Saint Cyrille répondit, Nestorius répliqua; il se forma deux partis dans Constantinople.

Saint Cyrille assembla un concile en Egypte et prononça douze anathèmes contre Nestorius; Nés-

torius répondit par douze anathèmes contre saint Cyrille.

Théodose convoqua un concile à Éphèse. Dans une première séance, on déposa Nestorius comme hérétique; dans une seconde séance, on déposa saint Cyrille comme apollinariste.

Dans une troisième séance, on rétablit saint Cyrille et on redéposa Nestorius.

Théodose approuva les deux dépositions; de là, guerre acharnée, sang répandu à flots, etc.

Dans un chapitre précédent, nous avons vu comment se pouvait expliquer en un petit nombre de lignes la religion prêchée par Jésus, ce doux essénien, en un petit nombre de lignes claires, simples, qu'un enfant apprendrait par cœur en moins d'une heure de temps.

Nous avons vu que les premiers Pères de l'Église avaient imité et adopté, en grande partie, celte simplicité et, sauf la naissance du Christ et sa divinité, il n'y avait encore là ni mystères ni énigmes.

Le culte religieux des premiers chrétiens était aussi simple que leurs dogmes, comme nous l'avons encore vu dans un chapitre précédent : point d'églises, point de sacrifiées, point de cérémonies, point d'encens, point oe prêtres, chacun pouvant être son propre prêtre ou, du moins, celui de sa famille.

Du reste, Jésus lui-même l'avait dit à la Samaritaine :

« Le temps vient que vous n'adorerez plus le Père ni sur cette montagne nia. Jérusalem (Job. iv, 21), on l'adorera en esprit(23). » Et saint Paul, dont nous aurons à causer un peu plus tard, répète ce que nous lisons déjà dans les Actes des apôtres : f Dieu n'habite pas dans les temples bâtis par la

main des hommes. » Saint Irénée, Justin martyr, Tertullien, expriment la même opinion.-

Mais, dès le premier siècle du christianisme, la religion prêchée par Jésus subit de grandes altérations.

Il arriva ce qui arrive à chaque révolution, dans la religion, dans la politique, dans les sciences, dans l'industrie : chacun veut prendre position et avoir au moins sa part dans le nouvel ordre de choses. Ceux qui y trouvent toutes les places déjà prises et ne peuvent au moins s'y fauiiler, font la guerre à ceux qui ont pris ces places.

Ainsi, pour ne chercher mon sujet de comparaison que dans ce qui se passe de nos jours et sous nos yeux, on a commencé par nier la possibilité de l'établissement des voies ferrées, M. Thiers, en tête; mais, les voies ferrées étant établies, les actionnaires et les directeurs des messageries et des diligences ont porté leurs capitaux et leur

industrie aux chemins de fer et y ont sollicité des places et des emplois.

De même que, lorsque l'élection du « prince Louis » comme président de la République annonçait clairement la mort de la République, certains républicains devinrent les ministres du « prince », comme MM. Dufaure, Bixio, etc. ; d'autres qui, à la chute de Louis-Philippe, perdaient de grandes positions comme Victor Hugo, d'Alton-Shée, etc., essayèrent de les retrouver dans le nouvel ordre de choses, dont le libéralisme d'ailleurs de leurs opinions ne les éloignait que peu ou point.

C'est ce qui eut lieu pour le christianisme. Des philosophes ou soi-disant philosophes à cette époque couraient le monde surtout en - Orient et tenaient écoles; les uns adoptèrent le christianisme en y apportant et en y mêlant leurs doctrines antérieures, et y ajoutèrent une foule d'idées et de principes étrangers à son origine; chacun

voulut mettre sa pierre, sa poignée de plâtre, otr son coup de badigeon, à l'édifice et avoir part au payement du travail. De là les superstitions, les mystères, les logogriphes, les charades, qui ne tardèrent pas à inaugurer cette voie qui, partant de la religion, des principes et de la prédication de Jésus, conduisit assez promptement à une autre religion», ne gardant que le nom de christianisme, entièrement différente de la religion de Jésus et trèssouvent même opposée et contraire.

Le premier exemple de ce mouvement est donne par saint Paul. Saint Paul, qui s'appelait d'abord Saul, commença par persécuter les chrétiens avec passion; mais, voyant lçs progrès de cette religion nouvelle, n'ayant pas peut-être réussi à trouver sa place dans l'ancienne et trouvant certaines douceurs dans la profession de prédicant, il changea la première lettre de son nom, se déclara apôtre de Jésus, quoiqu'il ne l'eût ni connu ni

même vu, et fut, parmi les autres, le premier prêtre vivant de l'autel et réclamant des privilèges. « N'avons-nous pas le droit, dit-il aux Corinthiens (i, 9), de vous demander a manger et à boire? N'avons-nous pas le droit de mener partout avec nous, en faisant nos tournées (circumduœndi) , une femme d'entre nos sœurs, comme tous les autres apôtres, et Céphas, et les frères de Jésus, s Dès le i°r siècle de l'Église chrétienne parurent donc des réformateurs , des perfectionneurs , Simon, Ménandre, Cléobule, Théodote, etc., les Nazaréens, Alexandre, Philète, Hermogène, etc. ; les uns rejetant certaines parties de la doctrine, les autres y ajoutant des détails, des fables, des superstitions, etc. On vit paraître de nouveaux Evangiles et de faux Évangiles, des lettres faussement attribuées aux apôtres, des interpolations glissées dans les livres des écrivains et des poètes anciens.

Les prêtres, les dévots idolâtres, tout ce qui vivait du paganisme., architectes, musiciens, sculpteurs, parfumeurs, etc., — les uns s'élevèrent avec fureur contre les chrétiens, leur imputant tous les malheurs, tous les désordres; — les autres s'arrangèrent ou s'agitèrent pour avoir leur part du nouveau gâteau et se déclarèrent chrétiens sans renoncer, du moins en partie, à leurs principes, à leurs idées, à leurs superstitions, et en firent un mélange assez adultère.

Cette religion sans églises, sans autels, sans cérémonies, sans images, qui n'accordait rien aux sens; aux passions, aux préjugés, à la sottise du vulgaire et à son amour du merveilleux ; cette religion où chaque homme pouvait être le prêtre de sa famille et adresser à Dieu, sans intermédiaire, ses vœux, ses prières, sa reconnaissance ; une telle religion ne pouvait faire les affaires des prêtres de profession ; leur métier ne les eût

pas fait vivre dans le luxe et la profusion ; ils n'auraient eu ni pouvoir ni influence; ils regrettèrent les moyens par lesquels les prêtres païens étaient riches et puissants, et pensèrent qu'il fallait absolument user de- ces moyens triomphants.

En conséquence, et successivement, ils ramenèrent et rétablirent tout ce qu'ils avaient si inexorablement blâmé chez les païens : les temples, les autels, les cérémonies, les images, l'encens, les lumières en plein jour, — et des mystères à l'imitation de ceux d'Isis et de ceux de Cybèle la bonne déesse; les quêtes et, plus tard, le pouvoir temporel, l'infaillibilité, la dîme, la confession, etc. Ils en arrivèrent à faire comme Paul, qui n'avait eu, pour se faire chrétien, qu'à changer la première lettre de son nom — S en P; — si bien, qu'en fait de religion comme en fait de politique, on peut dire : « Plus ça change, plus c'est la même chose! a

198 LE CREDO DU lARJHNIKR

Comme, dans une religion, il n'y a qu'un certain nombre de places de prêtres et de pontifes à prendre, ceux qui ne trouvaient pas à se caser changeaient, retranchaient, ajoutaient quelque chose au christianisme, ou plutôt se faisaient un petit christianisme particulier dont ils pouvaient se. déclarer les pontifes.

C'est alors que l'on vit commencer pour les chrétiens ce que Tertullien reprochait si amèrement aux païens, qui n'en étaient que bien rarement et bien peu coupables : « disputer sur la nature de Dieu et ses attributs, sur le lieu de sa demeure, etc.y Mie impie ! »

Et saint Paul reproche d'élever des questions et de s'attacher à des fables et à des généalogies sans fin, plus propres à exciter des disputes qu?à fonder par la» foi l'édifice de Dieu *.

Il n'est pas de folie bizarre, de fable ridicule,

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