‹ Le credo du jardinierChapitre 16 sur 37 · A Timothée · texte numérisé non relu

A Timothée

de distinctions puériles que ne réussirent à imaginer des hommes occupés sans cesse à feuilleter, à fouiller, à méditer les Écritures pour y trouver quelque chose que les autres n'y eussent pas trouvé ; quelque chose qui leur appartint et leur servit les uns à s'emparer du pouvoir, des églises, des évêchés, etc. , les autres à se montrer des es- . prils cultivés, raffinés, pénétrants.

De là ces questions saugrenues, ces dogmes absurdes, qui me faisaient dire plus haut : t 11 n'y apasundes cheveux du Christ qu'ils n'aient fendu en quatre. » Ces rébus, ces charades, ces énigmes, ces logogriphes, etc., étaient décidés par ceux qui se trouvaient les plus forts au moment où on les proposait, sauf à être un peu plus tard décidés en sens contraire lorsque le parti des vaincus, dûment anathématisés, excommuniés et souvent brûlés, devenait le plus fort à son tour; car ces mêmes chrétiens qui avaient tant prêché la to-

lérance, lorsqu'ils avaient besoin d'être tolérés, se montrèrent, aussitôt qu'ils furent puissants et eurent gagné les empereurs, tellement tyranniques, tellement exclusifs et absolus, qu'ils se persécutèrent entre eux mille fois plus que les païens ne les avaient persécutés, et qu'ils inventèrent, sinon l'intolérance, du moins un degré d'intolérance inconnu avant eux, et les guerres de religion dont on ne trouve aucune trace dans l'antiquité païenne.

Leur zèle s'exerça d'abord contre ces païens auxquels ils avaient si bien prêché la tolérance, et, aussitôt qu'ils le purent, ils obtinrent de Théodose et de ses enfants de démolir tous les temples et dé défendre tous les sacrifices sous peine de mort.

Les païens vaincus, les chrétiens se disputèrent, se persécutèrent et se brûlèrent entre eux, avec cette fureur qui est le propre des guerres de famille, et cette haine plus grande contre les héré-

tiques, c'est-à-dire contre les sectateurs de telle ou telle nuance, guerre cent fois plus acharnée qu'elle ne l'avait jamais été contre- les païens, parce que c'était la haine contre la a boutique » à côté. Un épicier s'inquiète peu de voir un pâtissier s'installer dans sa rue; mais il s'alarme et s'irrite de voir s'ouvrir la boutique d'un autre épicier, offrant au public les mêmes denrées. Ces trames, ces guerres, ces persécutions montraient clairement le peu de cas qu'ils faisaient des préceptes de leur maître, et combien, en peu de temps, ils s'en étaient éloignés. — Ces préceptes, ces dogmes si clairs, si simples, si peu nombreux, furent non-seulement contredits par des dogmes nouveaux, laborieusement imaginés en torturant le sens des Écritures, mais encore remplacés par ces dogmes nouveaux, par ces puérilités oiseuses, par ces charades sanguinaires, par ces rébus homicides qui ont épouvanté le monde pendant tant de siècles.

Donc, nous avons vu en quoi consistait la religion prèchée par Jésus.

Toule la loi, disait-il.

Nous allons voir ce que l'Eglise y a changé, ajoute; comment graduellement « Fagneau de l'Évangile » est devenu « le tigre de l'inquisition».

Et nous nous demanderons h nous-mêmes s'il est dû le même respect aux rêveries absurdes, aux inyentrons despotiques, souvent cruelles, d'esprits malades ou ambitieux, qu'aux préceptes sages, doux, humains, généreux, de Jésus.

Nulle part dans l'Évangile n'est annonoé le dogme de la Trinité, c'est-à-dire de trois personnes ne faisant qu'un seul Dieu, — avec chacune une puissance égale; — ce dogme est au contraire démenti tout le long de l'Évangile, comme nous le verrons un peu plus loin. Toujours est-il que \e dogme de la Trinité fut l'occasion de disputes, de hames, de persécutions, de guerres qui durèrent

pendant plus de seize siècles à diverses reprises. C'est le premier des dogmes imaginés par l'Église que nous examinerons.

Dans le premier siècle de PEglise chrétienne, on ne professait guère que la morale de Jésus, fils ds Dieu ; ce n'est qu'insensiblement qu'on en vint à ise proposer des rébus et des charades qui sont devenus, à plusieurs époques et pendant plusieurs siècles, les plus grands fléaux dont l'humanité ait été frappée; rébus et charades d'autant plus cruels qu'ils étaient sans mot, chacun les résolvant à sa fantaisie, aucune preuve ne pouvant être donnée d'aucune interprétation, chacun croyant ou faisant semblant de croire telle ou telle interprétation et voulant obliger les autres à cvoive «e qu'il croyait ou faisait semblant de croire. Pour

qui comprend bien le mot croire, obliger à croire est un non-sens des plus absurdes, même grammaticalement; pour beaucoup, c'était une manière habile d'écarter des concurrents : on épluchait leurs paroles et leurs écrits, et on y trouvait facilement une des trois cents et quelques hérésies que j'ai incomplètement énumérées dans un chapitre précédent.

On trouva d'abord qu'il y avait assez de miracle à admettre un fils de Dieu envoyé sur la terre pour prêcher aux hommes la morale et la vertu, et remonté au ciel quand son apostolat avait été, par son père, jugé terminé.

Que cette croyance acceptée, malgré les divergences des évangélistes, et beaucoup de passages contraires des Évangiles même écrits cependant par les apôtres et des disciples de Jésus-Christ, suffirait pour donner à une morale douce, élevée, humaine, sans être nouvelle, — la sanction et l'au-

lorité qui avaient peut-être seules manqué â celte morale identiquement la même lorsqu'elle avait été professée par Socrate, par Marc-Auréle, par lîpiclète et d'autres philosophes, hommes simplement fils de leurs pères.

Mais on ne s'en tint pas la.

Tertullien et d'autres Pères des premiers siècles de l'Église blâmèrent comme e une folie et une impiété insignes de disculer sur l'essence de Dieu et sur sa demeure » ; néanmoins on inventa le dogme de la Trinité, et de même que, dans un jeu d'esprit appelé charade ou logogriphe, on cherche combien de mots on peut former avec les syllabes qui composent le premier et avec les lettres qui composent le second, — on chercha combien orr pouvait faire de combinaisons, de dogmes, de croyances diverses avec le dogme de la Trinité, c'est-à-dire avec une divinité formée de trois personnes, de trois attributs, de trois noms.

Le premier rébus fut proposé à propos de la divinité de Jésus : A-t-il deux natures ou une seule nature, une volonté ou deux volontés, une ou deux opérations, une ou deux hypostases?

De cette seule question sortirent un grand nombre d'hérésies : le nestorianisme, l'eutychianisme, le monothéisme, etc.

L'Église décida qu'il y avait deux natures et une seule personne en Jésus-Christ et deux volontés, mais que, dans les trois personnes réunies, il n'y a qu'une volonté; elle déclara que les actions de Jésus étaient théandriques, c'est-à-dire à la fois humaines et divines : ainsi l'homme touchait le paralytique et le Dieu le guérissait.

Certes, il n'est pas facile de discerner en quoi des questions aussi obscures, aussi puériles, quelle qu'en fût la solution, peuvent contribuer à l'amendement et au bonheur de l'humanité.

Ce devint cependant, par l'ambition et la vanité

Maintenant, le Fils est-il de même substance ou d'une substance semblable à celle duPère? ajuvo»;

OU OfMttOUTLOÇ.

Au concile d'Ancyre, l'an 358, le pape Libère se prononça pour substance semblable, o;u«ou<rio;. -

Mais combien, comme le dit Boileau, furent martyrs de cette diphthongue oi!

D'une syllabe impie un saint mat augmenté.

L'an 359, à Nice, petite ville, on rejeta le mot de substance, et on se contenta de déclarer le fils semblable au père ; de même le concile de Constantinople, en 360, et le concile d'Alexandrie, en 362, déclarent qu'il y a (rois hypostases dans la Trinité.

Mais le concile d'IUyrie (375) ordonna qu'on

crût à une seule et même substance du Père, du Fils et du Saint-Esprit en trois hypostases parfaites.

Jésus est un Dieu, portant la chair, et non un homme portant la divinité.

On anathématisa ceux qui osaient dire que le Fils était en substance dans le Père avant d'être engendré.

Le concile de Rome, en 378, déclare que Jésus est un vrai homme et un vrai Dieu tout ensemble.

De plus, que

Il n'y a en Dieu qu'une substance et trois hypostases.

Le Fils a sa propre substance, il est vrai Dieu de vrai Dieu.

Le Saint-Esprit est incréé dans la même majesté et vertu que le Père et le Fils.

Au concile de Constantinople (M8), on décide

LE CREDO DU JARDINIER î»

qu'on exclue de tout rang, sacerdotal ceux qui n'admettent que la nature divine.

Après V incarnation, Jésus avait deux natures' et nous est consubstantiel quant à la chair.

Et, au concile d'Éphèse, en 149, on décida que Jésus-Christ n'a qu'une nature.

Au concile de Chalcédoine, en 451, on décide que Jésus-Christ est « de deux natures ». Mais de grandes difficultés se présentent, parce que le pape Léon avait écrit « en deux natures ».

Est-ce en?

Est-ce de?

Question ardue, important beaucoup à la vertu, à la morale, au bonheur des sociétés !

Est-ce que la solution de ces problèmes peut chagriner, offenser Dieu? est-ce qu'il passe son éternité à écouter a nos portes ce qu'on dit de lui et les charades qu'on ose faire sur lui?

Parmi les évoques chrétiens, il s'en trouvait d'ambitieux, qui s'efforçaient de persuader aux empereurs qu'il était glorieux pour eux de détruire une hérésie, de faire les affaires de Dieu sur la terre.

N'a -t- on pas fait croire la même chose à Louis XIV, lorsqu'on l'amena à cette soltise criminelle de la révocation de l'édit de Nantes?' Ne crutil pas avoir rendu un véritable service et fait un grand plaisir à l'Être. suprême? et, lorsque arrivèrent les désastres de la fin de son règne, nes'écriat-il pas :

— Dieu m'abandonne, après ce que j'ai fait pour lui!

Nous voyons au concile de Nicée assister Constantin « revêtu de la pourpre et tout couvert

d'or et de diamants » ! ; concile où on condamna Arius> qui avait osé dire que « il y a eu un temps où Jésus, fils de Dieu, n'existait pas, et que, par son libre arbitre, il pouvait se porter au vice ou à la vertu » . Le concile décida que le Fils était opramo?, c'est-à-dire consubstantiel au père, mot inventé par Eusèbe de Nicomédie, — si semblable au Père qu'il est une même chose, — engendré et non pas fait.

On excommunia Arius et on condamna 2 diverses chansons dont il était l'auteur, et l'empereur le bannit et l'exila en Illyrie avec tous les prêtres qui suivaient sa doctrine.

Il est curieux de voir avec quelle solennité on proposait, on devinait ces charades et on en donnait le mot.

A ce concile de Nicée, il vint des évêques et des

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