‹ Le credo du jardinierChapitre 33 sur 37 · Et ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous · texte numérisé non relu

Et ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous

(aSftysei)? »

Saint Matthieu (xn, 46) : « Sa mère et ses frères demandèrent à lui parler. »

Saint Marc (vu, 3) : « N'est-ce pas le charpentier /ils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? Ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous? »

Saint Marc (m, 32) : « Ses frères et sa mère arrivèrent. »

Saint Luc (vin, 19) : « Sa mère et ses frères vinrent le trouver. »

Actes des Apôtres (i,14) : « Marie mère de Jésus et ses frères. »

Saint Paul aux Corinthiens (ix, 5) : « Et les frères du Seigneur. »

Saint Paul aux Galatës (i, 19) : « Jacques frère du Seigneur. »

Donc, il n'est dit nulle part dans les Évangiles que Marie resta vierge après la naissance du Christ; il est même dit plusieurs fois le contraire.

Que de discussions cependant peu décentes

pour la plupart à ce sujet ! Cette virginité persistante et opiniâtre a donc été inventée par l'Église, a servi de prétexte à des hérésies, à des anathèmes, a des haines, à des guerres, à des meurtres innombrables.

N'a-t-on pas Fait avec le temps* de la vierge Marie, une figure très-poétique, très-gracieuse, très-charmante, il est vrai, mais parfaitement semblable aux divinités des païens? N'a-t-on pas divinisé et adoré ses statues de marbre ou de plâtre? car, si c'était la vierge elle-même qu'on adorail, elle aurait la même puissance dans tous- les temples, dans tous les sanctuaires qui lui sont consacrés ; tandis que c'est à la Vierge du Laghetto, à la Vierge de Lourdes, à la Vierge de la Salette, à la Vierge de Fourvières, à la Vierge de Villembrun, à la Vierge de Pontmain, à la Vierge de Lorette, etc., qu'on adresse des prières et des

vœux; c'est aux statues de. ces sanctuaires qu'on fait de riches présents, et il faut aller prier là où demeurent ces Vierges ; car, si c'était d'une seule et même Vierge qu'il fût question, on pourrait la prier de l'endroit où on demeure soi-même.

Depuis un certain temps, il semble qu'on veuille prendre au sérieux ce mot du prince de Gondé : « Dieu est bien vieux ».

Ou celui de mon pauvre ami, Gérard de Nerval : c Dieu est mort » .

Et qu'on veuille faire du Christ, un prince royal ou impérial, ou un héritier, un Éternel présomptif, successeur de Dieu, et de la Vierge Marie une sorte de régente, et on néglige Dieu, — l'ancien, — pour ce culte plus nouveau et plus à la mode. 1 Parlerons-nous des saints ? Ges espèces de demidieux imaginés à l'imitation des païens, sans qu'on ait jamais expliqué si les papes, qui les déclarent bienheureux et saints, reçoivent de Dieu la notifi-

cation de l'admission de ces vertueux morts aux joies éternelles du Paradis, ou si c'est le pape luimême qui leur délivre un « bon pour une place au ciel » .

Lorsque saint Augustin raille les Romains sur leurs dieux, il n'avoue pas qu'il emprunte ses plaisanteries les mieux réussies à Cieéron, à Varron et aux autres grands esprits de l'antiquité f, et Augustin ne savait pas d'ailleurs, alors, qu'il serait lui-même un de ces demi-dieux, de ces dieux inférieurs, dix minores, auxquels il prodigue les sarcasmes, et qui jouent dans les superstitions po-

1. Écoutez Cieéron : « Ne voyez-vous pas l'origine des dieux inventés et feints, fictos et commentitios; en rejetant ces fables avec mépris, reconnaissons un Dieu existant dans toute la nature, qu'on l'appelle Cérès sur la terre, Neptune sur les eaux; respectons-le sans superstition. » (Cieéron, De la nature des dieux, etc. , etc., etc.)

« Pourquoi à Dieu ajouter plusieurs autres dieux? Quelle foule I MaU, quand nous appelons le blé Cérès, le vin Bacchus, c'est une façon de parler usitée ; — mais croyez-vous quelqu'un assez absurde, assez fou, pour prendre pour un Dieu ce qu'il mange. »

Tarn amentem esse putas quo vescatur deum credat esse.

(Le même Cieéron.)

pulaires les rôles cocasses qu'il reproche à ceux des païens.

Je me résume donc.

Tout le monde aurait été, serait, ou est d'accord sur la morale du Christ, qui est la morale éternelle des gymnosophisles indiens, de Confucius, de Socrate, de Marc-Aurèle, d'Épictète, etc.

Les divisions, les haines, les guerres, les ravages, les incendies, les meurtres, les supplices, n'ont été causés que par les inventions plus ou moins saugrenues et surtout parfaitement païennes qu'on y a ajoutées pour satisfaire l'amour du merveilleux de la plupart des esprits humains.

J'aurais voulu, je le répète, que, de même qu'on cesse tout doucement de parler aux enfants qui grandissent de croquemitaines et de M. le Vent, l'Église abandonnât progressivement les subtilités, Jes arguties, les bizarreries du dogme, pour se borner à la morale et à la religion si simple de

Vraie lumière des intelligences, sa doctrine éclate aux yeux des plus aveugles. Il faut se rendre.

» Cette conférence vraiment magistrale se refusait à l'analyse, nous sommes heureux que le père Monsabré ait bien voulu nous autoriser à la reproduire intégralement. »

La chose tenant dans ledit journal huit colonnes en petit texte, cent soixante-cinq lignes à ' la colonne, je me bornerai à citer les passages les plus saillants pris çà et là, — passim, — dans ce discours qui a fait « éclater la lumière aux yeux des plus aveugles ».

C'est sans commentaires que nous allons reproduire les passages principaux de ce discours où l'orateur « s'est surpassé lui-même », en résolvant les doutes que j'avais osé exprimer. La chose se passait le dimanche 22 mars 1874, ouïe dimanche

précédent.

« L'essence divine, arbre fertile qui produit trois fleurs de grâce et de beauté; — elle ne les produit pas sur trois rameaux comme trois accidents qui se rapportent séparément à la même substance : — en Dieu, il n'y a pas d'accidents; son essence évolue sans sortir d'elle-même, par la voie sublime et inénarrable des processions...

y> Or, je ne conçois pas cette action sans un principe agissant, je ne conçois pas ce principe agissant sans un terme de son action...

» Il faut que Dieu soit Père, car nécessairement il s'exprime et se manifeste à lui-même, mais comment, si ce n'est par un verbe?. . . Ils sont deux : le Père ravi du Fils qu'il engendre, le Fils ravi du Père qui l'a engendré ; ils se contemplent, ils s'admirent, ils s'aiment, ils respirent l'amour, ils se donnent dans un amour... lien vivant, terme subsistant d'une seconde procession, et ils sont trois..,

» Ils sont trois, mais leurs personnalités ne répon-

t!2 LE CREDO DU JARDINIER

dent ni à trois quantités ni à trois substances déterminées; elles sont constituées par des relations réelles et subsistantes, infiniment distinctes par leurs propriétés incommunicables: . .

* Il y a cinq signes de reconnaissance : l'innascibilité, la génération active et la génération passive, la spiration active et la spiration passive..,

» Il me semble entendre sortir des profondeurs de vos âmes ce cri plaintiF de l'intelligence luttant encore contre les ombres : « Lumière! lumière I » Vous voulez la lumière? Eh bien, ouvrez les yeux ; je vais promener le flambeau de la science sacrée sur les terme? sublimes des processions dont nous venons de constater la mystérieuse réalité.

» L'objet de l'intelligence divine est unique : c'est un seul principe de connaissance, une seule idée, un être simple cause de tous les êtres; donc,

l'expression de cet objet doit être unique, c'est-

à-dire une parole qui abrège F infini et qui le dit tout entier, une parole qu'on ne prononce qu'une seule fois et toujours. Si vous supposez que Dieu veuille parler encore, il dira identiquement la même parole ; si yous supposez que cette parole se parle, c'est elle-même qu'elle dira sans produire autre chose qu'elle-même. Dieu ne peut avoir qu'un Fils, non par impuissance, mais par plénitude; car sa génération. est parfaite, son Fils est parfait, et le propre du parfait est d'être unique; il n'y a pas de place près de lui pour un

frère.

» Le Père ne naît pas, le Père n'est pas engendré,

le Père ne reçoit de personne, le Père ne s'engendre pas, il est sans source. Supprimez son action, le triple flambeau de la perfection infinie s'éteint dans l'ombre infinie du néant.

t74 LE CREDO DU JARDINIER

» En effet, qu'est-ce qui multiplierait la divinité ? Il n'y a pas de quantité en Dieu.

» Sa nature incréée ne ressemble pas aux natures créées qui s'ajoutent l'une à l'autre parce qu'elles sont reçues et par celui-ci et par celui-là; Dieu ne reçoit pas sa nature, il est sa nature. Une nature reçue ne peut produire que la similitude, un être qui est sa nature produit l'identité.

» Tout ce que Dieu voit nécessairement en lui s'exprime nécessairement par le Verbe : nature et substance, essence et perfection, simplicité et plénitude, participation à l'infini de l'Être divin, idée de toutes les créatures possibles. « Dieu, dit saint Augustin, ne se parlerait pas d'une » manière digne de lui, c'est-à-dire parfaitement » et intégralement, s'il y avait dans son Verbe j> quelque chose de moins que dans sa science. »

» Dans la procession de lumière comme dans

la procession d'amour, Dieu se donne tout entier. Voudriez-vous qu'il retranchât de ses dons la vie, la subslance, le moi, et qu'il rendît imparfait un acte dont la perfeclionlend nécessairement à l'infini?

» Le Verbe épuise en sa personne toute la force génératrice de son Père, deux Fils ne peuvent pas sortir du sein de Dieu. L'Esprit-Saint n'est donc pas engendré, il est donné, dit saint Augustin; c'est ce qui le distingue du Verbe divin.

» L'unité tient à la nature indivisible de l'Être divin, la distinction à l'opposition et à l'ordre des relations. Supprimez ces deux choses, l'opposition et l'ordre des relations, les personnes se confondent, la Trinité s'écroule. En effet, qu'est-ce qui distinguera le Fils de l'Esprit-Saint s'ils ont identiquement le même principe? Je vois bien que ce Fils a deux relations avec son père : une relation d'ori-

gine complétée par une relation d'amour; mais c'est tout. Deux secondes personnes, c'est inadmissible; une troisième ne sera la troisième que si elle procède de la seconde. Le Père ne peut pas donner la vie à son Esprit après qu'il l'a donnée à son Fils; le Père ne peut pas prendre dans sa nature immatérielle et indivisible la matière de son Fils et la matière de son Esprit; le Père ne peut partager sa perfection simple et infinie entre son Fils et son Esprit; il faut donc que je recoure à l'opposition et à l'ordre des relations et que je dise : l'Esprit-Saint est distinct du Fils parce qu'il subsiste en regard du Fils son principe comme il subsiste en regard du Père; » Ils sont trois! Quelle merveille, messieurs! ce nom sacré ne rompt pas l'unité, car il n'apporte pas la quantité en Dieu; mais, comme il convient aux choses immatérielles, il est trascendantal et exclut la solitude. Les trois sont aussi infiniment

mêmes par la nature et les perfections absolues qu'il sont infiniment autres par leurs relations incommunicables.

y> Ces trois parfaits, qui peuvent dire trois moi en vertu de leur substance propre, peuvent tous ensemble dire un seul moi en vertu de la substance absolue divine. Trois sont immenses, et il n'y a qu'un immense ; trois sont éternels, et il n'y a qu'un éternel; trois sont immuables, et il n'ya qu'un immuable ; trois sont infinis, et il n'y a qu'un infini. . .

» La fécondité d'une nature finie peut être trahie par les forces occultes qui attendent tous les êtres aux portes de la vie, et les plus beaux germes, tourmentés dans leur développement, peuvent «e convertir en monstruosités; mais qui donc pouvait porter atteinte à la fécondité du maître de toutes les forces, tromper son amour et faire éclore un monstre au sein même de la suprême perfection?

t78 LE CREDO DU JARDINIER

» En représentant ce que Dieu voit en lui-même, » le Verbe, » dit saint Thomas, « parle nécessairej> ment à toute créature. Il est dans l'essence in- » créée l'archétype subsistant de lous les mondes » réels et possibles, l'idée vivante qui préside à » l'architecture de l'univers. »

» Fils de celui qui est son essence même, le Verbe de Dieu est essentiel comme son principe; notre verbe enfanté par une puissance défectible n'a qu'une existence précaire, il est aujourd'hui, il pourrait ne pas être; le Verbe de Dieu existe substantiellement; notre verbe n'est que l'accident d'une substance...

> Quatre relations-: la paternité, la filiation, le souffle commun du Père et du Fils, la procession de l'Esprit-Saint; trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Très : Pater , Filius et Spiritus Sanctus.

» Il manque quelque chose au Verbe s'il n'a pas la force de respirer infiniment l'amour que cette image du Père, au lieu de le représenter en toute perfection, dégénère de son principe.

» L'amour subsistant ne peut pas être le fruit de l'amour solitaire.

» Victimes des défaillances de l'acte qui les produit, nos fils peuvent dégénérer. »

C'est ainsi que le père Mon sabré, le dimanche 22 mars 1874-, a fait « éclater la lumière » !

Un matin des premiers jours d'octobre 1874, aux premiers rayons du jour, on entendait dans

le quartier Saint-É tienne à ISice les sçns mat$ d'une mauvaise cloche fêlée.

Cette cloche partait d'une maison qui avait été louée par trois ou quatre moines, prêtres ou mis* sionnaires qui, en quelques jours, avaient fait bâtir une petite chapelle dans le jardin de cette maison ; puis, sur des piquets plantés dans le même jardin, avaient attaché des écriteaux reproduisant les pa~ rôles de la Vierge de la Salette.

Au milieu du jardin s'élevait une statue en plâ-> tre, représentant la Vierge de la Salette, et deux autres statues représentant les deux bergers, MéT lanie et Maximin, auxquels la Vierge avait apparu.

11 m'a toujours semblé d'une grande audace et d'une grande impiété, de peindre et de placer dans les églises des images de la divinité. L'homme, faisant Dieu à son image, aura beau le grandir, il n'en donnera jamais qu'une idée misérable.

On s'entre-brûla autrefois pour le culte ou la

proscription des images, les images l'ont emporté. On commît les modèles qui posent dans les ateliers pour Dieu le Père ; on les a vus, dans les mo-

ments de repos, la pipe à la bouche, vidant quelques verres de vin bleu. On ne connaît pas moins les beautés qui servent de modèles pour représenter la sainte Vierge ; après les avoir vues le jour dans l'atelier du peintre, on peut les voir le soir à la Gloserie des Lilas, ou au Prado, ou ailleurs, se livrer à des danses excentriques avec les marchands de contre-marques et de chaînes de sûreté. Un des moindres inconvénients de ces représentalions est la variété des figures que Ton attribue et à Dieu le Père, et à Dieu le Fils et à la Vierge Marie.

C'est cette variété des visages donnés à la Vierge qui a fini par faire, de la Mère de Jésus, un. grand nombre de Vierges différentes, honorées en des lieux différents, avec des rites différents, et divers

degrés de vénération ; ce n'est plus une seule et même Vierge représentée en divers endroits que Ton adore et que l'on prie : ce sont ces diverses images elles-mêmes, qui sont l'objet du culte païen des « fidèles », des idoles de bois, de toile ou de plâtre .

Ainsi, la Vierge de Lorette n'est pas la même que la Vierge du Laghetlo, et celle-ci est différente de la Vierge de la Salette, ainsi que d'une Vierge noire que j'ai vue autrefois à Chartres, et qui n'est pas la seule, — Nigra sum sed pulchra! — et de cent autres.

Les prêtres de telle ou telle Vierge la mettent fort, au-dessus de telle ou telle autre, et font partager leur préférence à leurs paroissiens, et on arrive à pousser l'amour de sa Vierge jusqu'à parler légèrement de telle ou telle autre Vierge d'un autre sanctuaire.

La Vierge de la Saletle est la plus jeune de toutes, son culte ne date que de l'année 1846.

I^a Vierge de la Salette fait des miracles comme la Vierge de Lorette, comme la Vierge du Laghetto, comme la Vierge noire de Chartres, comme toutes ' les autres Vierges célèbres à divers degrés.

Saint Chrysostome, cependant, disait déjà, et il n'y avait que trois siècles que le Christ était mort : c II ne se fait plus de miracles, parce que l'Église n'en a plus besoin ; ainsi personne ne ressuscite plus les morts. »

Et saint Augustin, quelque temps après, dans sa Cité de Dieu, explique de la même façon qu'il ne se fait plus de miracles de son temps.

Des miracles! Mais, s'il ne s'agissait que de croire en un Dieu créateur souverain, ne sommesnous pas entourés de merveilles qui attestent sa puissance? La goutte d'eau que nous ne pouvons ni former ni détruire, n'est-elle pas un autre pro-

dige que toutes ces inventions et billevesées que savent faire tous les escamoteurs?

Aussi, il y a longtemps que je me suis, pour la première fois, écrie : « Oh! les ânes qui demandent des miracles ! oh ! les ânes qui en racontent ou qui en promettent! »

Mais regardez autour de vous, regardez sur votre tête, regardez sous vos pieds; il n'est pas un insecte qui ne vous raconte Dieu mille fois mieux que les plus insignes prédicateurs.

Je dois avouer que j'ai, une fois, demandé un miracle.

C'était à l'époque du dernier concile, assemblé pour décréter l'infaillibilité du pape.

J'écrivis au saint-père et à tous les évêques du monde entier réunis à Rome :

« Vous diles tous les jours que jamais la religion catholique n'a été dans un aussi grand péril; que

LE CREDO DU ÎÀ.iDINÏER 285

jamais les peuples n'ont été aussi impies et aussi corrompus.

» Vous avouez que vos. efforts soat impuissants.

» Eh bien, vous voici ensemble à Rome, et le pape et les évêques, c'est-à-dire les ministres de Dieu, c'est-à-dire ceux qui sont placés entre Dieu et les peuples, c'est-à-dire ceux qui ont reçu de Dieu le droit de lier et de délier.

» Prosternez-vous, tous ensemble, le front dans la poussière, déchirez vos vêtements, couvrez vos tètes de cendre, jeûnez et invoquez le secours de Dieu.

» Demandez-lui avec pleurs et gémissements, et en vous frappant la poitrine, demandez-lui un miracle, un seul, mais un vrai, mais un prodige qui se manifeste à tous et qui ne craigne l'examen d'aucune académie, d'aucun savant, d'aucun escamoteur; et alors, en un seul jour, la face du monde sera changée; il n'y aura plus ni impiété, ni

schisme, ni hérésie. Tous les habitants de la terre adoreront un seul et même Dieu, avec les rites, les cérémonies, les croyances, les dogmes que vous prêchez si inutilement. »

Ni le pape ni les évêques n'en ont rien fait; et, bien malgré moi, je me suis dit : Ou ils ne croient pas eux-mêmes aux miracles qu'ils nous racontent, ou ils sont convaincus de leur peu de crédit auprès du Créateur, ou encore ils savent ou soupçonnent que Dieu regarde avec indifférence l'état actuel des cœurs et des esprits, et surtout la décadence de l'Église catholique.

Car il est une secte qui fait plus de tort à l'Église romaine qu'aucune de celles qui, par centaines, se sont déchirées si longtemps et ont été la cause ou le prétexte de tant de haines et de tant de crimes.

Ce n'étaient rien que les ariens, les nestoriens, les anabaptistes, les sabellianistes, les acaciens, les

jovinianistes, les photiniens, les monothélites, les manichéens, les priscillianistes, les itacéens, les paulianistes, les anoméens, lesdulcinistes, etc., etc .

Cette secte moderne, cette secte qui vous perd, c'est celle des quoiqueçamefaitistes , et des ça~ m'estégaliens.

L'Eglise, je ne dirai pas seulement catholique, mais toutes les Eglises n'ont pas compris une chose : c'est qu'il fallait abandonner tout doucement le dogme, les mystères, les subtilités, les puérilités, les superstitions, tous les contes de la mère l'Oie, et s'emparer de la morale; non pas cette morale de papier, qui prescrit des vertus si rigides, que l'on voit bien que ceux qui les prescrivent ne comptent pas les pratiquer, mais celle de Socrate, celle d'Epictète, celle de Confucius, celle de Jésus-Christ, etc. ; ce qui ferait bien vite voir que, dépouillée des fioritures, des broderies

imaginées par les intérêts, par l'ambition et l'avidité > la morale est et a toujours été la même.

Reconnaître et adorer un seul Dieu, auquel on ne se permettrait d'assigner ni des bornes, ni une forme, ni des dimensions, souverainement bon parce qu'il est tout-puissant, et qu'on est en général bon en proportion de sa force.

Un Dieu auquel on ne prêterait ni nos haines, ni nos passions, ni nos sottises; un Dieu dont on ne ferait pas une sorte de commissaire de police ou de sergent de ville, chargé de faire observer nos petites inventions, nos petites lois, de sauvegarder nos petits intérêts, nos petites avidités, nos petites vanités.

Revenons aux images.

11 y a longtemps que j'ai exprimé pour la première fois cette pensée, qu'en fait de tableaux dans les églises, je préférerais de beaux paysages, des fleurs, des arbres, etc.

Il n'est personne qui n'ait remarqué l'horrible mauvais goût avec lequel certains curés déshonorent les plus belles églises, les découpures de papier bleu, les vases de porcelaine dorée, etc.

A Gênes, les jours de gala, on enveloppe les colonnes du plus beau marbre, les plus admirablement sculptées, avec des espèces de paletots rouges; . ailleurs, ce sont des cœurs d'or et d'argent appendus aux murailles, etc.

Les musulmans n'admettent pas de tableaux dans leurs mosquées; les nombreuses sectes protestantes, luthériennes, calvinistes, etc., non plus.

J'ai reçu, dans une charmante lettre de mon vieil ami Léon Gatayes, une description d'une église de village en Angleterre (Herefordshire). Pas un tableau, pas une image ; mais une riche et religieuse décoration de feuillage, de mousse, de fleurs, de fruits, de légumes. Les prémices des biens de la terre, offerts à Dieu qui les donne, et auquel

l'homme les rend fécondés et perfectionnés par le travail que Dieu lui a ordonné.

Voici l'histoire de Ncftre-Dame de la Salette, comme la racontent les « Pères des missions africaines », qui ont ouvert leur petit établissement à Nice, il y a un an :

A soixante-trois kilomètres de Grenoble, sur le versant d'une montagne, deux enfants, deux jeunes bergers, Mélanie et Maximin, ont raconté qu'ils avaient vu « une belle dame » dans l'attitude d'une tristesse profonde ; la Belle dame, « environnée de gloire »> verse d'abondantes larmes, et leur tient un assez long discours en français, lequel commente par ces mots : « Je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils ; il est si lourd et si pesant, que je ne puis plus le retenir. »

Le discours fini, la belle dame s'aperçoit que ses auditeurs n'en comprennent pas un mot ; alors, elle le recommence en psltors du pays ; le sens du

LE CftEDO OU JARDINIER 291

discours est que les pommes de terre sont malades, que l'humanité est accablée de maux, et que de plus grands la menacent encore, parce qu'on travaille le dimanche, parce qu'on mange de la viande le •vendredi et parce que les charretiers jurent; quant aux autres vices, rJa paresse, le vol, l'ivrognerie, la mauvaise foi, le mensonge, etc. , elle n'en parle pas.

Les petits bergers, le lendemain, se rappellent et répètent mot pour mot tous les discours de la belle dame, même «eux tenus en français qu'ils ne comprennent pas, et qui se terminent par : « Vous le ferez passer à tout mon peuple » (six pages en petit texte) .

Ils donnent des détails sur la toilette.

Il paraît que les modes du ciel, à cette époque, ne différaient guère de celles de la terre, quant à la forme du vêtement; mais beaucoup, quanta certains arrangements. Autrefois, comme nous le "lisent les tableau*, la Vierge portait une Uuaique

blanche, serrée au col, et un manteau bleu; il paraît que ça ne se porte plus ; c'est remplacé par un costume qui, s'il s'agissait d'une habitante de la terre, serait jugé un peu étrange; mais qui sait si ce ne sera pas demain la mode parmi nous?

Son front est ceint d'une couronne de roses étincelantes, ditlepèreBerthier. (Blanches, rouges et bleues, dit l'abbé Boissin, aulre évangéliste. Ah! voilà donc enfin la rose bleue tant cherchée sur la terre! elle ne fleurit qu'au ciel. Pourquoi un pied

n'en pousserait-il pas à la Salette?) Et d'un brillant diadème, dit le père Berlhier; d'étoiles, ajoute l'abbé Boissin; sa robe est d'une blancheur éblouissante, dit le père Berthier; elle est éloilée et parsemée deperles, dit l'abbé Boissin ; une des relations dit de drap d'argent; elle porte un modeste fichu brodé d'une guirlande de roses ; sur sa poitrine pendent deux chaînes, elle a un tablier. Une des

relations dit que ce tablier est de lumière, l'autre qu'il est de drap d'or. Le père Berthier laisse supposer qu'elle a les pieds nus, mais l'abbé Boissin parle de souliers blancs ornés de roses.

« Sa voix, disent les petits bergers, était d'une douceur telle, que les. mélodies de la terre n'en pouvent donner une idée. »

Deux points me causent quelque embarras : comment les petits bergers pouvaient-ils comparer cette voix aux mélodies de la terre, dont ils n'a-

vaient probablement entendu qu'une partie?

Ensuite, et c'est un des grands inconvénients des représentations de la Divinité, d'où la Vierge a-t-elle tiré les vêtements qui la couvrent? viennent-ils de la terre, ou existe-t-il au ciel des fabriques analogues aux nôtres ?

Les deux bergers n'ont pas d'abord reconnu la Vierge, parce qu'elle n'était pas habillée comme sur les images qu'ils avaient eu occasion de voir,

29i LE CREDO DU JARDINIER

et qu'elle a d'ailleurs toujours l'Enfant Jésus, entre les bras ; mais on le leur a expliqué depuis.

B& ce moment, les miracles et les prodiges ne cessent de se montrer.

« Les larmes (simples larmes, selon la père; Berthier, tandis que selon l'abbé. Boissia. la belle dame pleurait des étincelles de feu), les larme* qroe Marie versait, lorsque les bergers l'ont aperçue, ont produit une sourcegui a toujours coulé depuis ^malgré les plus grandes sécheresses qui tarissaient toutes les autres » Les boiteux ont marché, les maladies les plus rebelles n'ont pu résister à « trois euillerées de cette eau merveilleuse ».

« 11 n'est pas une goutte de cette eau fui, répandue par la piété à travers le monde, n'ait opéré des prodiges.

» Cent mille pèlerins vont visiter la montagne pendant la première année, deux cent mille la seconde ; .aujourd'hui, on en compte un million.

Monseigneur Philibert,, évêque de Grenoble, signale, dans un mandement, « la multitude des prodiges ».

On élève une église, une chapelle, des, statues de bronze.

L'abbé Peirin, frère du curé de la Salette, constate que deux cent cinquante guérisons ont été obtenues par l'usage de l'eau de la Salette (toujours trois cuillerées). Monseigneur Melon, archevêque de Sens, déclare qu'une de ces guérisons est « un miracle de troisième ordre ».

Ce ne serait rien que la santé d'un corps périssable; mais...

« On a vu des pécheurs briser tout à coup la chaîne de leurs criminelles habitudes aussitôt après avoir pris quelques gouttes de la fontaine miraculeuse mêlées, à leur insu, à leurs aliments ou à leur boisson. »

Quant au village de la Salette, il est devenu l'asile de toutes les vertus.

On ne dit pas dans la relation que j'ai sous les yeux, mais il \a sans dire que les pommes de terre ont été guéries comme tout le monde; d'ailleurs, « la belle dame l'a promis : si on se convertit, les pierres et les rochers se changeront en monceaux de blé ». En effet, l'afiluence des pèlerins enrichit le pays; on expédie des bouteilles et des fioles de l'eau miraculeuse par toute la terre, et l'on sait de combien de bénédictions et de prospérités la France a été comblée depuis cette époque.

« Dix mille lettres arrivent chaque année au pèlerinage demandant de l'eau miraculeuse. »

Quant aux petits bergers, ils ont, dit une brochure approuvée par monseigneur l'évèque de Grenoble, écrit chacun au pape Pie IX une lettre contenant un secret différent que la Vierge leur avait dit séparément à l'oreille.

Celui de Maximin est, paraît-il, sans importance. « C'est la naïveté d'un enfant, » dit le pape.

« Mais le secret de Mélanie est terrible ; le saintpère devint fort triste après l'avoir lu, » dit toujours le père Berthier, avec l'approbation de monseigneur de Grenoble.

Que devinrent ces deux enfants , choisis dans l'univers entier pour répandre la parole de la Mère de Dieu? A la vérité, mon ami l'avocat Frédéric Thomas dit, dans une brochure, que Mélanie s'est fait enlever par un Anglais, et que Maximin est devenu un assez mauvais sujet!

Mais je me tenais en doute contre cette asser-

tion, me défiant assez dudit Thomas, au point de vue de la croyance aux miracles; tous les Thomas sont comme ca!

Vide pedes, vide latus.

Cependant, un passage de la brochure du père Berthier semblerait confirmer l'assertion : « Mélanie est toujours boudeuse, dit-il à la page 30, et Maximin léger et inconstant. »

Et, à la page 45 : « Quand même ces enfants tourneraient mal par la suite, cela n'infirmerait en rien le miracle. »

L'affaire allait très-bien : les pèlerins affluaient en masse, on venait boire l'eau de la Salette, on en emportait, on en envoyait, on en vendait, lorsque Satan crut qu'il était temps d'intervenir; il s'empara de l'esprit de deux prêtres,, l'abbé Deléon et le curé Gartillier, et leur inspira de publier chacun une brochure, où ils affirmèrent que le miracle de la Salette était une jonglerie ridicule, et tout à fait offensante et pour la vierge Marie, et pour Dieu, et pour ceux à qui on espérait faire croire ces billevesées.

Il vaut mieux supposer un mensonge des prêtres qu'une sottise de Dieu.

Ils affirmèrent que la Vierge qui avait apparu aux deux petits bergers était tout simplement une demoiselle, appelée mademoiselle de la Merliére; ils donnèrent les noms et les adresses des marchands chez lesquels elle avait acheté les étoffes et les oripeaux qui lui avaient servi à se déguiser en vierge Marie.

C'était, disaient-ils, une personne d'une ferveur surexcitée, qui avait longtemps demandé un miracle à Dieu et à ses saints, et qui n'avait rien obtenu ; c'est pourquoi elle avait pensé que le plus sûr était de faire elle-même le miracle demandé.

La Vierge se fâcha contre l'abbé Deléon et le curé Cartillier, et les traduisit devant le tribunal de Grenoble, prétendant que ces deux prêtres l'avaient diffamée.

Je n'ai pas de renseignements sur les détails du procès; est-ce la Vierge qui se fâchait qu'on l'appelât mademoiselle de la Mcrlière? est-ce mademoiselle de la Merlière qui s'irritait de ce qu'on prétendit qu'elle avait joué le rôle de la Vierge? Peu importe ; toujours est-il que le tribunal reconnut dans son arrêt que ces deux prêtres « n'avaient fait qu'examiner un fait jusqu'alors demeuré obscur ;

» Que le but unique des deux auteurs avait été de prouver, dans l'intérêt de la vérité, qui est aussi celui de la religion, que ce fait n'avait rien de surnaturel, etc. ;

» Attendu que, s'ils ont parlé de la demoiselle de la Merlière, c'est pour rappeler que certains actes et propos de cette demoiselle pouvaient autoriser à penser que c'était elle qui s'était montrée le 19 septembre 1846 sur la montagne de la Saictte, etc.

» Attendu que la bonne foi des auteurs ne saurait être mise en doute, en présence des faits reconnus et suffisamment établis, dès à présent, par les documents produits, etc. ;

» Attendu que les auteurs n'ont écrit dans leurs livres que des faits rendus vraisemblables par les actes et les propos de la demoiselle de la Merlière, suffisamment constatés dès à présent, etc. ;

» Tout ce qu'on pouvait exiger des auteurs était qu'ils n'accueillissent pas avec légèreté des' rumeurs vagues, sans en vérifier l'origine et la valeur ;

» Que, dans l'espèce, on ne saurait faire un semblable reproche aux auteurs, car l'ensemble des faits qu'ils énoncent relativement à la demoiselle de la Merlière prouve, jusqu'à l'évidence, qu'ils ne les ont admis qu'avec une entière bonne foi, après un examen réfléchi, sans imprudence

ni légèreté, et qu'ils ont puisé dans des documents sérieux et des témoignages respectables;

» Le tribunal met les défendeurs hors d'instance, condamne la demoiselle de la Merlière aux dépens. »

Mademoiselle de la Merlière interjeta appel de ce jugement et le déféra à la cour royale ou impériale de Grenoble.

Ce fut maître Jules Favre qui plaida pour elle.

Me Jules Favre soutint-il la vérité de l'apparition? nia-t-il, admit-il la divinité de mademoiselle de la Merlière? plaida-t-il en faveur du miracle? y crutil, ou fit-il semblant d'y croire? On assure qu'en? ce moment, vivant dans la retraite, non à cause de ses erreurs, comme membre du gouvernement de la défense, ce qui serait d'un bon exemple, mais à cause de l'affaire Laluyé, sous laquelle il semble courber la têle plus qu'il n'est légitime, il s'occuperait d'un ouvrage sur le pouvoir temporel des

papes, auquel il se rallierait complètement. Le diable est-il donc si vteux que ça? ou veut-il perdre encore-ce procès-là? En> lout cas, Le procès de mademoiselle de la Merlière est un des procès qu'il perdit : la cour confirma la sentence des premiers jpges.

Donc, deux, jugements, un d'une cour d'appel, ont décidé que la Vierge qui s'est montrée aux. petits bergers n'est pas la même que celle qui fat la mère du Christ, que c'est une autre Vierge, qui certes peut avoir son mérite, mais cependant est une autre.

Je ne parlerai pas aux prêtres de l'intérêt du peuple, de l'intérêt de k raison humaine;. je ne leur parlerai qua de l'intérêt de l'Église. * Eh bien, je le répète, dans l'intérêt de l'Église qui se va ruinant plus encore qu'elle n'en a l'air, il faudrait abaudonner les légendes, les tables, les contes, toute la mythologie chrétienne, pour s'attacher à la morale.

Mais non, les prêtres, les catholiques romains surtout, n'abandonnent une exploitation que lorsqu'elle tombe en poussière entre leurs mains.

Et alors il faut bien prendre son parti. Ainsi, il est déjà des questions à peu près disparues. Autrefois, les prédicateurs parlaient sans cesse du diable et de l'enfer, avec les plus grands détails, comme s'ils en revenaient, ainsi que sainte Thérèse, la Sapho chrétienne, qui prétendait avoir fait une descente en enferet en rapportait ceci que « Forç n'y aime pas et que ça sent très-mauvais »; ils disaient le nom des démons et leurs différente* attributions. Un jésuite même racontait une amélioration ajoutée à la combustion éternelle : « Les damnés, dit-il, finiraient par s'y habituer, et, pour

les en empêcher, tous les cent ans, on éteint le feu pendant vingt-quatre heures. »

Quel est le prédicateur qui aujourd'hui oserait parler du diable et de l'enfer avec quelques

détails? c'est un thème à peu près abandonné, mais ce n'est que malgré eux que les prêtres ont renoncé à faire « de l'agneau de l'Évangile le tigre de l'inquisition ».

Une succursale de Notre-Dame de la Salette est donc venue s'installer à Nice; là, on raconte le ' miracle, on le représente par des images et des statues, on chante des cantiques, et un prédicateur, poussant l'enthousiasme pour la Vierge jusqu'à la familiarité, se tourne vers la statue, et, jetant à mademoiselle de la Merlière un regard passionné, la tutoie et l'appelle : « 0 ma Salette ! » ce que j'ai vu et entendu.

Je pense qu'on y vend de l'eau de la fameuse source, ou du moins qu'on sert d'intermédiaire à ceux qui en demandent.

% Toujours est-il qu'une nombreuse assistance se • montre assidue aux séances de cette nouvelle Vierge.

306» LE GRËJM) DU JA.RIHNIER

Il existait avant l'arrivée des Pères, et il existe encore dans le jardin* qu'ils ont loué et qu'ils ne tarderont pas à acheter, un petit bassin alimenté par les eaux de la ville ; beaucoup de fidèles,, pensant que cette eau doit provenir de la source subitement née à l'endroit où mademoiselle de la Merlière s'est assise, profitent de la foule pour boire de cette eau dans le creux de. la main; quelques-uns apportent des fioles qu'ils remplissent clandestinement, cropnt filouter la. Madone et escroquer un miracle.

Il est dans les actes du clergé catholique romain de ce temps-ci une tendance facile à apercevoir : c'est de donner à la Vierge, dans le dogme, une place qu'elle n'y occupait pas autrefois. Le» dogme, du reste, qui a subi tant de modifications (voir les actes des conciles et mon livre sur ce suj^t appelé les Gaietés romames), le dogme va.tous les jours se transformant encore; en effet, les trois per-

so&aes de la Trinité égales entre elles, coasubatantielles,, ne feisant cp'une: seule et même personne^ se sont hiérarchisées. L'Évangile nons montre, du reste, déjà le Fils soumis au père ; mais la plus forte critique du clergé est dans L'Évangile -r le Saint- Esprit est relégué aujourd'hui à un rang tout à fâlÉ eflacé de Dfeu comparse.

Pendant, ki Fronde, le prince de Comlé déclara un jour que Dieu était, devenu vieux et ne se, mêr lait plus guère des événements terrestres, qu'il abandonnait au diable.

Gérard de Nerval, à un dîner cfoea Hugo, était resté pensif et soucieux pendant une conversation sur wsr maux et ks folies des hommes; tout à coup, il prit la parole, et dit :

— Ça n'est pas étonnant, et je sais, j:e sais seul la cause de ce désordre, : Dieu est mort.

Il semblerait, en effet, à voir le pape proclamant rimnaçnlée conception, à voir ces cérémonies

païennes aux diverses madones, que l'Église, voulant obvier à toutes les éventualités, prépare pour la Vierge une sorte de régence dans le ciel.

Sérieusement, que l'Église, si elle veut prolongea son existence, abandonne- le dogme; et je ne parle pas seulement d'une église, mais de toutes. Qu'on borne le culte de Dieu unique, au Dieu grand, au Dieu tout-puissant, au Dieu souverainement bon, sans se permettre de lui donner notre figure et nos passions; et qu'on s'occupe de morale... Mais voilà ! on disait autrefois : « Le purgatoire est le pain des moines. »

Autrefois, le concile de Cambrai, 1565, a cru devoir défendre à certains couvents de religieuses de vendre des confitures, des massepains, etc.

Sans tenir compte de cette décision, les chartreux, ces moines si austères, ont imaginé ,de fabriquer et de vendre fort cher une liqueur de table, la fameuse chartreuse jaune ou verte, et de changer

la formule : « Frères, il faut mourir ! » en celle-ci : » Frères, il faut boire ! » *

Les trappistes, non moins célèbres, ont établi une boutique à côté et ont rompu leur silence si rigoureux pour annoncer la trappisline.

Et les bénédictins, si illustres autrefois par leurs travaux devenus proverbe (on disait d'un travail long, opiniâtre, assidu, « un travail de bénédictin »), travaillent encore, il est vrai, mais à fabriquer une liqueur en concurrence à la chartreuse et à la trappistine : la bénédictine.

Plus forts qu'eux sont les Pères de Notre-Dame de la Salette, qui vendent en bouteilles l'eau de la source miraculeusement née à la place où s'est accroupie mademoiselle de la Merlièrc.

Page 1