DEUXIÈME PARTIE
s'il n'existe déjà, aucune influence religieuse ou éducative, aucun précopte ne saurait le créer.
« La religion est un enseignement par préceptes, ayant comme tout autre précepte moral une sanction extérieure éloignée de la réalité et de la vie journalière; et non seulement elle ne peut fortifier le caractère, mais elle ne peut au contraire, que Tafifaiblir en diminuant la personalité jusqu'à l'anéantir dans l'ascétisme.
« C'est de la religion que naît la monstruosité de ces hommes extérieurement religieux et respectueux de l'autorité divine et ecclésiastique, et en même temps immoraux dans leurs relations sociales».
Mais comment se fait-il, nous demandera-t-on que la religion s'est parfois montrée utile et moralisatrice contre le crime ? La religion dirons-nous n'a réellement une influence bienfaisante que lorsque, étant à l'état naissant, elle peut se transformer en une violente passion. — Délia nous en fournit un magnifique exemple (1).
Délia perdit précocement sa mère et fut élevée avec soin dans un couvent; séduite d'abord par un jeune avocat et violée ensuite par un prêtre sous l'influence d'un narcotique, elle s'adonna à la prostitution et à l'ivrognerie ; trois fois elle fut renfermée dans une maison de correction jusqu'à ce que, à force de refuser la nourriture elle en fut renvoyée ; rejetée dans la rue elle se joignit à une bande de voleurs dont elle devint bientôt le chef, grâce à son énergie morale et à son agilité musculaire. Elle se battait contre les policeman^ contre les gendarmes, contre ses compagnons, si bien qu' elle fut arrêtée sept fois par la police; elle aidait les voleurs dans leurs coups; mais elle ne supportait pas qu'on frappa les gens faibles en sa présence et savait les défendre au risque de sa vie, se dévouant pour les malades, les soignant et les défendant contre ceux qui voulaient les dépouiller. Les gendarmes l'appelaient mystère^ ses compagnons Voiseau bleu^ sans doute à
(1) Delta par M™« Whiitemor, Genève, 1895.
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cause de la préférence qu'elle montrait pour cette couleur : le peuple la désignait sous le titre de la pourvoyeuse des voleun de Moulberry. — Une missionnaire, Madame Whittemor, alla le 25 mai 1891 dans les caves de Moulberry, oii se rassemblaient ces voleurs et essaya dV célébrer un service religieux; mais ik ne voulurent même pas la laisser chanter, excités qu'ils étaient par l'arrestation de deux hommes do leur bande ; et ils se seraient certainement vengés sur les missionnaires sans la protection de Délia qui les accompagna ensuite dans les débits d'opium de Mott Street où se réunissent les pires bandits de New- York. En la quittant, M"^® Whittemor lui donna une rose sur laquelle elle avait fondé un présage semi-mistique; et la supplia de se convertir et de venir à elle avec la fleur; mais Y oiseau blev lui répondit, que quant à l'argent, elle trouvait tout naturel de le prendre à ceux qui en possédaient; du reste, ajouta-t-elle, j'ai € &it maintenant tous les péchés qu'il m'était possible de commettre et je ne pourrais plus vivre autrement» (elle avait 23 ans).
Elle promit cependant de se rendre à une de ses salles d' évangélisation et tint parole. Le soir elle alla rendre la rose enchantée et avoua qu' elle avait passé une journée ti'ès agitée, cherchant de noyer ses doutes dans la boisson; mais plus elle buvait, plus elle devenait maîtresse d'elle-même , le soir s' apercevant que la fleur se flétrissait, elle en fut frappée et se reportant aux jours où elle aussi était pure comme cette rose, elle vit ses années se perdre l'une après l'autre comme les feuilles de cette fleur; aussitôt sa résolution fut prise et elle déclara à ses camarades qu'elle les quittait. Le soir même elle se rendit les larmes aux yeux à la mission où jjme Whittemor 1' embrassa avec tendresse et l'invita à prier avec elle.
Depuis ce jour, elle renonça aux liqueurs, à l'opium et au tabac, elle demanda d'aller voir en prison un de ses anciens compagnons de débauche pour le convertir.
Elle fut mise à l'hôpital étant gravement malade de phthisie et de syphilis: invitée à sa sortie à boire du vin, elle résista à son envie. Dès qu'elle fut guérie elle se mit à l'œuvre pour