DEUXIÈME PARTIE
qui réduisait, elle aussi, les récidives de 15 à & ^ q (voyez. BiFFi, Sui riformatorî dei giovam^ 1870) quand nous voyons peu d'années après, une Commission gouvernementale trouver nécessaire de la supprimer ; et les statisticiens français, tandis qu'ils évaluent à 17 7o ï®s récidives des maisons de réforme publiques, à 11 celle des maisons privées en 1866-67-68,, confesser que la moitié des libérés était mal notée (Bertkand,, Essai sur V intempérance^ 1875, pag. 195).
Mais, seraient-elles encore exactes ces statistiques, qu'elles ne prouveraient absolument rien, parce que les maisons privées de réforme tendent à se décharger de leurs mauvais sujets,, en expédiant les insubordonnés, les paresseux, aux établissements du gouvernement; et une fois ces derniers exclus, ceux qui restent apparaissent relativement bons.
On sait, d'ailleurs, que lors même que les maisons de réforme seraient utiles à la cure morale, les dépenses énormesqu' elles exigent, leur nombre restreint respectivement aux besoins, les rendraient toujours insuffisantes.
Ajoutons, que la possibilité de mettre les enfants dans un établissement quand ils deviennent indisciplinés, et cela sansaucune dépense, rend beaucoup de parents moins actifs dansleur surveillance, parfois même intéressés à leur malheur.
J'ai pu observer à la Oenerala cinq jeunes gens de familles illustres, deux desquels possédaient plus de 100,000francs de rente, que des tuteurs avides ou des parents coupables avaient fait enfermer sous des prétextes plus ou moins sérieux, et qu' ils y maintenaient avec un franc par jour, leur refusant jusqu'à l'argent nécessaire pour s'acheter un instrument de musique, ou un livre qui aurait pu adoucir leur honteuse séquestration.
Ces faits assument une bien plus grande gravité quand on sait que l'entrée des mineurs par voie de correction paternelle a sextuplé pendant ces dernières années ; et cela, grâce aux artifices coupables des parents eux-mêmes, qui poussent, au mal les enfants afin d'avoir un prétexte pour les faire* enfermer.
« Je ferai d'abord observer, écrit l'ancien chef de police, Locatelli, que les dispositions législatives visant les paresseux mineurs ont été interprétées à rebours par nos populations; tandis que le législateur les a décrétées dans l'intention de prévenir avec plus d'efficacité les crimes, le peuple, avec son étrange herméneutique, qui lui est conseillée par l' intérêt, s'obstine, de son côté, à les retenir de nature exclusivement philanthropique: de sorte que des pères de nombreuses familles se croient autorisés par la loi à faire interner et instruire aux frais de l'État, ceux de leurs enfants dont la surveillance et r éducation leur sont le plus à charge.
« Dès que les intéressés s'aperçurent de la circonspection que l'on apportait à accueillir leur demande, la chasse à l'internement alla toujours en se perfectionnant — ;
« Les demandes furent faites avec plus d'artifices, corroborées de nombreuses attestations, souvent de sources très autorisées, prouvant l'incorrigibilité du mineur; et ce qui est le plus douloureux, on alla très souvent jusqu'à pousser, par toutes sortes d'artifices, l'enfant à la paresse et au vagabondage ; de manière, cependant, que l'autorité ne puisse en recueillir les preuves : en diminuant, par exemple, sa nourriture, en interrompant son repos > .
Quant à ceux qui croient ces maisons de réforme une providence pour les abandonnés et les orphelins, je leur dirai qu'on y compte à peine 8 à 13 7o d'enfants de second lit et 8 à 12 % d'orphelins; ces institutions peuvent donc tout au plus être utiles dans les rares endroits, oii elles peuvent vraiment enseigner un métier aux jeunes détenus.
Ajoutons : que dans aucune ou presque aucune maison de réforme, on ne trouve appliqué sérieusement le système cellulaire nocturne, ni la rigueur du silence, qui seraient d'ailleurs inapplicables dans des institutions à demi didactiques, à demi industrielles, ou bien seraient sans cesse déjoués par les ruses des détenus.
On s'inquiète de la corruption que pourraient recevoir les jeunes criminels au milieu de leurs familles, et on ne pense
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pas à celle qu'effectivement reçoivent des jeunes gens honnêtes mais fidbles, que Ton met en contact avec les vicieux.
Pour ceux d'entre eux qui arrivent de la campagne, où ils ne pouvaient, faute d'occasion, s' instruire ou s'associer dans le mal, ils trouveront ici l'association malfaisante toute formée.
Je n'admettrais, donc, les maisons de réforme que dans des -cas exceptionnels et seulement pour un petit nombre d'individus, divisés par classes, selon les âges, les aptitudes, la moralité; et séparés la nuit dans des cellules, tout en jouissant ■d'une liberté relative, et sans note d'infamie; je voudrais qu'il n'y entra que ceux, qui, par leur pauvreté ne peuvent être accueillis dans les collèges militaires ou de marine; quant aux parents riches, qui voudraient y faire interner leurs enfant, ils devraient payer une forte taxe, proportionnée à leur revenus.
Méthodes éducatives. — Si quelque succès se vérifie quelquefois dans nos maisons de réforme, malgré leur organisation défectueuse, c'est grâce à ce qu'on y habitue le jeune homme à un travail continué, rhytmique, régulier, auquel se refuse ordinairement le criminel-né, ce qui permet plus aisément de le distinguer des autres et de le sélectionner, tout en facilitant le passage à l'honnêteté physiologique de ce que nous appelons la sub-criminalité physiologique-enfantine.
Don Bosco (1), nous a tracé une excellente pratique pour l'éducation des jeunes réformables. « La plupart — dit-il — ont un caractère et un tempérament ordinaire, mais inconstant ot incliné à l'indifférence ; ils ont besoin de brèves mais fréquentes recommandations, d' avis et de conseils, il faut les encourager au travail, en leur accordant de petites récompenses et leur démontrer une grande confiance, sans cesser de les surveiller. Les efforts et les sollicitudes doivent être spécialement appUqués à la catégorie des écoliers indisciplinés. On peut les
(1) BoNKTTi, Ginque lustri di storta ddV Oratorio salesiano, Torino,
évaluer à 1 sur 15 ; mais le vice le plus à redouter est assurément la lubricité : si un d' entre eux s' y obstine^ il. faut l'expulser.
« Les jeunes détenus ne doivent garder sur eux aucun objet de valeur ou d'argent ; on préviendra ainsi les vols et les contrats auxquels ils sont très inclinés, étant des négociateurs-nés.
« Le système répressif pourra évidemment empêcher
dos désordres, mais il n'améliorera pas les âmes ; car, si les enfants oublient aisément les punitions des parents, il se sou- \1ennent toujours de celles des éducateurs ; la répression peut être utile dans la milice et en général aux personnes adultes et avisées; mais ce qui convient aux enfants c'est le système préventif.
c Ce système, entièrement basé sur la raison, la religion et l'amour, exclut tout châtiment violent.
c Pour comprendre les avantages d'un pareil système, il faut se rappeler la grande mobiUté de 1' enfant, qui lui fait oublier les règles disciplinaires et les châtiments qu'il encourty transgressant souvent une règle et se rendant passible d'unepunition à laquelle, à l'instant de l'action, il ne pensait pas du tout: il aurait certainement agi autrement si une voix amie l'en avait averti » .
« 11 faut faire en sorte que les élèves ne soient jamais seulset leur donner ample faculté de courir, sauter, crier autant qu'ils veulent. La gymnastique, la musique vocale et instrumentale, la déclamation, le petit théâtre improvisé, les promenades, sont autant de moyens efficaces pour obtenir une bonne discipline, tout en étant utiles à la morale et à la santé, à condition, toutefois, de choisir avec soin le sujet à représenter et de n'y laisser intervenir que des personnes honnêtes > .
Nourrissonage moral. — Mais, c'est surtout l'exemple des. maîtres qui a, ici, le plus d' influence ; car l'homme est plus entraîné par les exemples que par les raisonnements (Bagehot). 11 faut mettre tout en œuvre pour trouver ces maîtres excep *