DEUXIÈME PARTIE
mois) réclusion absolue, instruction dans la cellule, travail gratuit, ils ne peuvent écrire que sur l'ardoise; dans le 2® stade {de 6 mois), ils reçoivent 2 schelKngs par jour pour leur travail, «ont instruits dans l'école, mais séparés des autres, ils peuvent avoir du papier les jours de fête et des Uvres tous les 15 jours, et sur la moitié de leur gain, outre l'augmentation de la nourriture, ils peuvent acquérir un almanach et un miroir, écrire des lettres et recevoir des visites tous les deux mois; dans le 3® stade (qui est de 12 mois au minimum) ils reçoivent 3 schellings par jour, ont des livres et du papier toutes les semaines, peuvent s'acheter plusieurs autres choses utiles et envoyer de l'argent à leui* famille, recevoir des visites tous les mois et demi et posséder les portraits de leur famille; dans le 4® stade ils ont 4 schellings par jour et outre les autres avantages qui leur sont concédés de plus en plus, ils peuvent sortir de leur cellule, travailler au grand air, posséder des fleurs et des oiseaux. Leur peine est réduisible suivant leur conduite, de 8 mois à 6, de 3 ans à 1 an et de 6 ans à 3 Yg- Us passent ainsi de la solitude absolue à la solitude nocturne seulement, du silence absolu, avec ou sans séparation visuelle, au travail dans les champs avec une liberté presque complète ; 10 % à peine restent dans les cellules plus de 2 ans (1).
Nous saluons comme un grand progrès ces institutions, mais nous ne devons pas nous faire trop d'illusion; nous devons nous rappeler: que beaucoup de cea prétendus avantages étaient, en Irlande, l'effet de l'émigration; car les libérés ne trouvant pas ■de travail s'en allaient en Amérique où il peuplaient les pénitenciers {R. di discipl. carc.^ 1877, p. 39); on comptait d'ailleurs, même avec ce système, beaucoup de récidivistes en Danemark et plus encore en Angleterre, où, à ce qu'il paraît, ces libérés changent facilement de résidence ; et se rendent malgré la loi dans des lieux où ils sont inconnus; n'y opérant pas directement mais se servant d'autres malfaiteurs : presque ^ous les garrotieurs étaient de cette- espèce; d'après Davis,
(1) Pears. Prisons, ecc., 1872. — Beltrami-Scalia, op, cit.
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chapelain de Newsgate (Gëbe, Les populations dangereusesy 1872, p. 103), un scherifF eut à juger des condamnés libérés avec le ticket, recondamnés une 2"*® fois, relibérés encore avec une licence, et frappés d'une troisième condamnation, le tout avant que le terme de la première peine fut expiré ! Un de ceux-ci âgé de 36 ans, avait été condamné pour plus de 40 ans, et était libre !
Voilà pourquoi en Angleterre le chiffre des libérés provisoires qui s'élevait à 2892 en 1854 est descendu à 922 en 1857, à 912 en 1858, à 252 en 1859 et ne s'est jamais élevé au-dessus de 1400 en 1861-62-63 (Cbre, op. cit., p. 100). — En Allemagne, aussi, le nombre de relibérés, sous condition, de 3141 qu'il était en 1871 est descendu à 733 en 1872, à 421 en 1874. Cet insuccès doit être attribué à l'imprudence avec laquelle on autorise le déplacement des détenus, en leur remettant leur pécule entier; et aussi à ce que beaucoup de patrons, plus intéressés que philanthropes, ne cherchent qu'à tirer un profit momentané des libérés sans s'inquiéter de leur conduite: enfin au manque de surveillance active et continuelle, quand il s'agit d'un grand nombre de libérés.
En même temps que les graduations des peines, il conviendrait d'initier ce que j'ai appelé Y individualisation de la peine, qui consiste à appliquer des méthodes spéciales de répression et d'occupation adaptées à chaque individu, comme fait le médecin en prescrivant des règles diététiques et thérapeutiques spéciales, selon le tempérament de chaque malade.
Là est le secret des succès obtenus en Saxe (Zwickau) où justement existent des prisons pour les vieillards et pour les jeunes gens, pour les peines graves et pour les peines légères; et où,, suivant les mérites de chaque détenu, on change la nourriture, les vêtements et on allège la peine. Mais ces mesures ne peuvent s'effectuer qu'à l'égard des criminaloïdes dans les petites, prisons et seulement par des directeurs très habiles; sans quoi le prix de la liberté échoit aux pires criminels qui sont les^ meilleurs détenus, étant les plus hypocrites : elles ne peuvent pour cela être laissées aux mains de la myope bureaucratie..