‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 139 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Outre ces institutions, il faut chercher surtout à développer chez les détenus de bons sentiments. — Bappellons-nous, que ia vertu ne se crée pas artificiellement; et qu'on obtient de bien meilleurs résultats en se basant sur l'intérêt et les passions des hommes qu'en s'adressant à leur cœur; car, l'honmie peut perdre l'existence, mais non se dépouiller de ses passions; et tous les hommes, même les plus pervers, ont besoin d'un intérêt et d'un but qui les guident dans la vie; ils peuvent être insensibles aux menaces, à la crainte et jusqu'aux douleurs physiques; mais ils ne le sont jamais à la vanité, au besoin de se distinguer des autres et surtout à l'espérance de la liberté; c'est pour cela que les sermons et les leçons de morale abstraite sont inutiles : il faut se servir de leur vanité comme d'un levier; les intéresser au bien en leur accordant des avantages matériels, tels que la diminution graduelle de leur peine. Que de bons résultats n'obtint-on pas en instituant une espèce de décoration et des points de mérite ou de blâme inscrits sur leur livret; il faut leur permettre, selon leur mérite, de passer dans des catégories privilégiées où ils peuvent, par exemple, porter la barbe et des vêtements communs; orner leur cellule de fleurs ou de peintures, recevoir des visites, travailler pour eux ou pour leur famille et enfin entrevoir la perspective tant désirée de la liberté temporaire.

Obtenir la liberté est le rêve et la préoccupation constante des détenus et lorsqu'ils verront devant eux une route ouverte plus sûre que celle de l'évasion, ils s'y jetteront aussitôt: ils feront le bien ne fût-ce que pour l'obtenir, mais, en attendant ils le feront; et comme les mouvements répétés deviennent une seconde nature, on peut espérer qu'ils s'y habitueront.

C'est pour cela qu'il faut abolir le droit de grâce qui fait espérer une libération par la seule faveur d'autrui.

Il est nécessaire, dit avec raison Despine, de relever le criminel à ses propres yeux, en lui faisant comprendre qu'il peut reconquérir l'estime du monde, il faut lui inspirer le besoin do devenir honnête en utilisant ces mêmes passions qui le rendraient encore plus pervers si on l'abandonnait à lui-même.

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Despine, Clam, De Metz, Montesinos, Brockway comptaient tetlement sur Tinfluence da point d'honneur des criminels, qu'ils les laissaient presque libres sur leur parole pendant le travail; et ces hommes féroces, que 20 gardiens n'auraient suffi à refréner, ne pensaient même pas à s'enfuir.

Ferrus raconte qu'un voleur devint honnête homme en se voyant confier par la sœur la garde-robe de la prison, justement avec l'intention de le convertir. Un condamné charpentier était insupportable par son extrême violence ; on lui confia la surveillance d'un groupe de condanmés et il devint le plus docile de tous.

Citons encore ce détenu de Citeaux qui, excédé par le travail, jeta sa pioche aux pieds du directeur, Albert Keey ; celui-ci, sans dire un mot, ramassa l'instrument et se mit à travailler à sa place; le malheureux, frappé de cette noble leçon de morale appliquée, reprit le travail et ne récidiva plus.

Ces exemples nous montrent clairement la voie que nous devons suivre pour l'amendement de ces hommes; nous devons agir sur eux par l'exemple, bien plus que par la parole, par la morale en action, bien plus qu'avec la doctrine théorique.

Une discipline énergique est incontestablement nécessaire avec eux, d'autant plus que les punitions légères ayant un moindre effet doivent être répliquées plus souvent et sont pour cela moins efficaces que les punitions rares et énergiques; mais une rigueur exagérée est assurément plus peniicieuse qu'utile ; la rigueur les combe, mais ne les corrige pas, et en fait des hypocrites.

Les adultes criminels, doivent être considérés comme des enfants (l), comme des malades moraux, qu'il faut soigner à la fois avec douceur et sévérité, mais plus avec la première qu'avec la seconde, parce que l'esprit de vengeance, la facile réagibilité qui est le fond de leur caractère, leur fait consi-

(1) Miss Carpentcr, qui leur dédia toute sa vie, disait : « Ce sont de grands enfants que la société doit gouverner comme on gouverne les enfants «.

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