‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 149 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sont la suprême garantie des parties et que: Forma dat esse rei^ quatre paroles qui sont la plus grande preuve de l'aveuglement humain dans les choses juridiques.

Causes de cet état de chose, — La cause de cette fatale rétrogression vers la théorie dans la pratique de la justice, doit être cherchée, avant tout, dans cette loi d'inertie, de misonéisme, grâce, à laquelle l'homme, lorsqu'il n'est pas entraîné par des circonstances extraordinaires ou par d'audacieux et fortunés rebelles, se détourne avec terreur de tout changement quelque simple et logique qu'il soit (1); et si, dans quelques cas il s'y soumet malgré sa répugnance, c'est parce que la nouveauté est tellement mûrie et son évidence si saillante, qu'elle s'impose et l'entraîne malgré lui comme une avalanche, en le forçant à l'accepter.

Mais, ici, comme souvent dans la religion et dans la philosophie, l'évidence a toujours été cachée par des formules, qui sous de mystiques et grandioses apparences en voilaient complètement l'inanité.

Quiconque, élevé dans des sentiments religieux, entend pour la première fois des rabbins ou des brahmines prononcer mystérieusement leurs oraisons hébr^ûiques et sanscrites leur attache im sens profond, tandis que traduites en langue vulgaire, elles ne seraient plus pour lui que de pauvres jaculatoires; mais ce vocabulaire, le public ne le connaît pas ; et trouve d'autant plus profond le juriste, qu'il le comprend moins; et souvent les juristes en font autant entre eux et se respectent d'autant plus qu'ils s'embrouillent toujours davantage dans leurs hiéroglyphes ; on comprend, d'après cela, que lorsque les juristes affirment, par exemple: que le fait de charger une autre personne de commettre un crime n'est pas en commencer l'exécution et que la récidive impropre n'est pas en réalité de la récidive, le public puisse les prendre au sérieux.

(1) Fkrbero, Les lois psycologiques du symbolisme, — 1890, Alcan. LoiiBKOSO, Le crime politique, vol. I. — 1889, Alcan.

M. Ferrero dans son beau livre « Les lois psychologiques du symbolisme. -» trouve une autre raison de ces erreurs; dans .'arrêt idéo-émotionnel, dans la tendance de l'esprit humain \ réduire au minimum le nombre des associations mentales iécessaires à un travail quelconque; l'interprétation littérale de la loi l'emporte alors dans la pratique sur toutes considérations îe justice.

« C'est le cas de la bureaucratie dans les grandes administrations de l'État. On sait qu'un des vices les plus communs \ cette classe de fonctionnaires est l'habitude d'appliquer littéralement les règlements et les lois qu'on leur donne comme juides; tandis qu'ils ne devraient être que le signe imparfait ie la volonté du législateur, qui ne peut tracer que des régies générales dans l'impossibilité où ils se trouve de tout prévoir. Le bnctionnaire devrait donc interpréter ces dispositions suivant es cas spéciaux; la lettre, au contraire, du règlement devient a régie, la vérité, la raison même.

€ E n'en est pas de même de l'employé d'une administration mvée qui stimulé par l'intérêt ne contracte pas aussi facilenent l'habitude du raisonnement raccourci par l'arrêt; mais nterprète les instructions qu'il a reçues et cherche à provoquer ie son mieux les associations d'idées qui devront éclairer sa ?^oie » (Ferrero).

Or, qu'arrive-t-il des lois codifiées qui ne devraient servir ju'à guider le magistrat dans les cas particuliers?: elles devienlent pour lui la justice même appliquée à la lettre. — Pour uger consciencieusement, le juge doit se faire un critérium )ersonnel du cas spécial qu'il a sous les yeux et le juger suivant 'esprit général qui émane de la loi écrite.

Les jurisconsultes romains reconnaissaient, eux aussi, que e droit civil devait être complété par ce qu'ils appelaient e droit naturel et qui n'est autre chose que l'expression de îe sentiment de justice qui se révolte contre l'application de •ôgles générales à des cas particuliers auxquels elles ne l'adaptent pas.

Mais, tout cela exige un effort intellectuel intense, un

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travail fatigant, tourmentant pourla responsabilité qui en dérive. Il est beaucoup plus facile et commode d'appliquer les dispositions générales des lois en en déduisant les conséquences lo- Siques. Mais, pour peu que l'esprit s'habitue à ce raisonnement, il se produit un arrêt idéo-émotionnel professionnel qui entraîne le juge à considérer conmie son devoir l'application littérale de la loi. — Il en arrive bientôt à exclure toute idée collatérale pouvant conduire à une solution équitable de la question. Les notions du dommage souffert par la victime et les causes qui ont déterminé le crime ne sont en aucune manière calculées (Ferrero).

Ces considérations nous aident à comprendre pourquoi les sciences ont toutes débuté par la méthode déductive. Comme l'a remarqué Lange, les écoles matérialistes, qui, par la qualité de leurs études se tenaient plus près de la nature, ont débuté par la déduction: la physique et la chimie primitives, par exemple, consistèrent dans une série de déductions tirées à force de logique d'un principe établi sur l'observation des faits au hasard ; ce n'est que plus tard que l'on comprit que pour connaître les lois de la nature, il fallait moins raisonner et plus observer. La logique pure fut, à l'origine, préférée à l'observation et à l'expérience parce que c'était un processus psychologique moins fatigant exigeant la présence dans l'esprit, d'un moindre nombre d'éléments intellectuels.

« L'emploi de la logique pure est donc l'effet d'un arrêt idéoémotionnel propre à la période d'enfance qui apparaît dans la période de vieillesse de la science par la loi bien connue de la dégénérescence et de l'atavisme. Qu'est-ce en effet, la science du moyen âge, sinon une invasion de la subtilité grecque dans le champ, que la pensée antique avait su soumettre à la méthode d'observation? Ainsi l'absolutisme de la méthode déductive dans la science juridique est un signe de décrépitude, et la loi de l'arrêt idéo-émotionnel nous explique pourquoi, si souvent, le droit des peuples barbares ou très grossiers se distingue par un certain réalisme plein de bon sens, comparativement aux subtilités logiques merveilleuses, mais absurdes, du droit dos peuples

5és > (1). C^est justement pour cela que les découthropologie criminelle se trouvent plus souvent les institutions et les intuitions des peuples priir exemple, Timportance donnée à la physionomie pour décider de leur perversité) qu'avec celles es plus civilisés.

Les lois psychologiques du symbolisme, — Paris, Alcan,

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