‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 180 sur 205 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

il faut, avant de décréter ce traitement, un nombre de récidives plus ou moins grand, suivant les sortes do crimes et les circonstances dans lesquels ils fui-ent commis.

L'occupation idéale pour ces criminels serait les grands ateliers industriels s'ils sont citadins, les colonies agricoles dans les zones à défricher pour les campagnards, en allant des plus malsaines aux plus salubres, suivant les catégories de criminels ; la colonie de Castïadas qui a créé un oasis au milieu des terres les plus malsaines de la Sardaigne et les miracles des Trois Fontaines sont là pour prouver combien il est facile de mettre en pratique ces organisations, qui diminueraient les énormes dépenses que les honnêtes gens doivent soutenir pour la punition des criminels et seraient d'un réel avantage à la société à laquelle ils ont nui.

Complicité, — Les criminels les moins redoutables, ceux par occasion et par passion, ayant pour* caractère psychologique constant d' agir isolément, sans complice, il s' ensuit que la complicité, au moins dans les crimes de vols sur les grands chemins et d'assassinats (1) chez les adultes, doit constituer à elle seule une circonstance aggravante; et de toute façon doit être considérée non seulement comme elle l'a été jusqu'à présent sous le rapport de la part plus ou moins active prise par les divers associés dans l'entreprise criminelle, mais, surtout comme caractère distinctif des criminels appartenant aux catégories les plus dangereuses (2).

Criminels aliénés, — Quant aux aliénés criminels et aux nombreux criminels-nés, chez lesquels Tépilepsie et la folie morale se manifestent clairement par des accès psychiques, Punique traitement qui leur convient c'est l'asile criminel.

Avec l'asile criminel, nous enlevons au criminel qui voudrait feindre l'aliénation mentale toute envie de simulation,

(1) SiefHKLK, La tearia positiva délia complieità, Torino, Bocca, 1894.

(2) Febri, Sociologie criminelle, Paris, 1890.

nous mettons fin à l'hérédité et à l'association des criminels, qui presque toujours s'organisent dans les prisons et par suite à la formation des bandes ; nous empêchons les récidives, diminuons les énormes dépenses des procès et les crimes par imitation, qui en sont souvent la conséquence.

Wiedemeister (Zeits. f. Psychiatrie^ 1871), objecte que ces asiles léseraient la justice dans les cas de guérison; observons, d'abord, que ces cas sont bien rares; la statistique de Broadmoor n'en enregistre que le chiffre insignifiant de 5,5 sur 100. Quoiqu'il en soit, on pourrait remédier à cet inconvénient en accordant la liberté au peu de malades qu'une longue observation démontrerait être guéris.

« Mais dès qu' un criminel a été reconnu aliéné, nous objecte Fahret, il doit cesser d'être considéré comme criminel ; il doit rentrer simplement dans le droit commun » . Nous répondrons: qu'il ne peut rentrer simplement dans le droit commun, parce qu'il a tué, violé, volé, tandis que les autres sont des aliénés inofFensifs (Ferri, v. 1); car tant que persiste le péril, persiste le droit de défense.

Mais à part cela : ce raisonnement dérive de tout un ordre d'idées que la science va désormais en éliminant: c'est-à-dire que la folie soit une infortune et le crime une perversité du libre arbitre. Or, do même qu'on a reconnu, il y a un siècle, contrairement aux opinions du moyen âge, que la folie ne dépend pas de notre « libre volonté » , il faut maintenant reconnaître que le crime lui-même n'en dépend pas davantage. Crime et folie sont deux infortunes; traitons-les donc tous les deux sans rancune, mai défendons-nous de leurs coups (Ferri, Sociologie criminelle).

Avec les principes de l'école positiviste ne peut donc subsister l'objection que l'aliéné « soi-disant criminel » appartient au droit commun : il appartient au droit défensif comme le vrai criminel.

Pour cette même raison tombe d'elle-même l'objection, que l'aliéné ne peut être détenu pour un temps indéterminé; et que lorsqu'il est guéri, même avant l'expiration du temps qu'il

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