TROISIÈME PARTIE
La peine de mort devrait assurément être admise parmi les peuples barbares, auxquels la prison n'iuspii'e (1) pas une crainte suffisante; mais parmi les peuples civils, le délicat sentiment qui veut Tabolir est trop respectable pour être battu en brêdie, à priori^ sans compter que le prestige singulier qu'éveille la mort infligée de sang froid par des juges et parfois subie avec forfanterie, multiplie souvent les crimes par imitation, et crée auprès du vulgaire une sorte de culte pour la triste victime.
Mais, les adversaires de cette peine ne pensent pas à se demander: Quelle défense resterait à la société devant un assassin récidiviste, qui tuerait ses gardiens ou les menacerait de nouvelles entreprises. — Serait-il plus humain et plus juste de le lier pieds et poings pour toute sa vie?
Que Ton ne vienne pas nous dire, avec Ferri, que pour être pratique la peine de mort devrait être une véritable boucherie, ce qui répugne naturellement à l'esprit moderne ; maintenir la peine de mort ne veut pas dire la multiplier; il nous suffit qu'elle reste suspendue comme l'épée de Damoclés sur la tête des plus terribles malfaiteiu^, lorsque après avoir été condamnés à vie, ils ont attenté plusieurs fois à la vie d'autrui. Dans ces conditions disparaît l'objection si souvent mise en avant, et au fond très juste, de Firréparabilité de cette peine. Nous voudrions encore maintenue cette peine quand sous forme de camorre, de brigandage, la criminalité associée menace la société d'un pays. A ce point de vue, il me semble que les conditions civiles sont absolument équivalentes aux conditions pour lesquelles on maintient cette peine en temps de guerre.
Et quoi ! nous ne serions pas émus lorsque, avec le di-oit de levée, nous condamnons d'avance des milliers d'hommes à moiu:ir précocement sur les champs de batailles, souvent pour un caprice dynastique ou une folie démagogique : et nous nous attendririons quand il s'agit de supprimer quelques
(1) Voir Ai)i>ondico — Un Mois la croyait un palais d'honneur.
ÎO CHAPITRE ni
res individualités criminelles, cent fois plus dangereuses et taies qu'un ennemi étranger, dans lequel une balle inconnue îut frapper un Darwin, un Gladstone?
Assurément, si nous nous plaçons au point de vue du ■oit le plus rigoureux, nous, qui ne nous croyons pas les caires de Dieu, nous n'avons aucun droit absolu sur l'exisnce de nos semblables; mais si le droit ne nous vient pas ) la nécessité de la défense, nous n*en avons non plus aucun ►UT les priver de leur liberté et pas même pour leur prescrire le contravention. Prétendre que cette peine est contre les Ls de la nature c'est feindre d'ignorer que cette loi est écrite ms son livre en caractères trop clairs; et que même le ogres du monde organique, est entièrement fondé sur la tte pour l'existence suivie de féroces hécatombes. Le fait qu'il existe des êtres comme les criminels-nés, ortnisés pour le mal, reproductions ataviques, non seulement »s hommes les plus sauvages, mais encore des animaux les us féroces, loin, comme on le prétend, de nous rendre plus impatissants envers eux nous cuirasse contre toute pitié ; car >tre zoophilie n'est pas encore arrivée, sauf chez les fakirs diens, à ce que nous sacrifions notre vie à leur profit. Et ici je ne puis faire à moins de rappeler les robustes lignes le Taine m'adressait peu de temps avant de mourir: c Lorsque ns la vie, l'organisation intellectuelle, morale, affective du iminel, l'impulsion criminelle est isolée, accidentelle et passare, on peut, on doit même pardonner; mais plus cette ipulsion est liée à la trame entière des idées et des senti- Bnts, plus l'homme est coupable et plus il doit être puni. « Vous nous avez montré des orangs-outangs lubriques, 'oces, à face humaine; il est évident que comme tels, ils peuvent agir autrement qu'Us ne le font; s'ils violent, lent, tuent, c'est en vertu de leur propre nature et de leur ssé; mais raison de plus pour les détruire dès qu'on a conité qu'ils sont et resteront toujours orangs-outangs. A leur ard, je n'ai aucune objection conti*e la peine de mort, si société V trouve son profit » .