TROISIÈME PARTIE
Quelques-unes de ces mesures pourront paraître contraires à certaines maximes d'idéologie pénale, plus sublimes que pratiques, qui devant la myope intolérance passent pour des axiomes intangibles, elles pourront être regardées comme difficiles à mettre en pratique par ceux qui s'épouvantent des premières dépenses, sans tenir compte des économies qu'elles apporteraient dans l'avenir, spécialement si l'on supprimait, au moins pour les récidivistes, les coûteuses et inutiles procédures juridiques, basées sur de seules erreurs de forme (1); mais on ne pourra, de toute manière, les accuser de compromettre cette sûreté sociale, à laquelle devraient converger tous les systèmes pénaux.
L'orbite du crime est trop profondément gravé dans le livre de notre destin, pour que nous puissions espérer d'en supprimer le cours ; mais si d'autres lois inébranlables, comme celles de la sélection des espèces, sont infaillibles, nous pouvons avec ces mesures espérer d'en modérer les effets et d'en empêcher une ultérieure diffusion.
(1) En France, où, comme observe De-Foresta, le condamné ne peut recourir en Cassation pour une simple erreur de forme et où chaque nouveau débat ou jugement peut apporter une aggravation de la peine, les recours sont très rares et fondés sur de graves motifs. Sur les épargnes obtenues par une semblable mesure, on pourrait maintenir trois asiles criminels et un grand établissement pour les incorrigibles.
Démonstrations pratiques de l'utilité de ces réformes. Angleterre — Suisse.
L'utilité de ces réformes nous est démontrée par les statistiques récentes de Londres et de Genève, oii l'ont constate un sensible abaissement de la criminalité qui est, au contraire, on recrudescence dans les pays oii, comme en Italie et en Espagne, aucunes de ces réformes ne furent appliquées.
Dans la période de 1829-1838 on enré^strait à Genève, par 100.000 habitants, 79 criminels condamnés par la Cour criminelle et 10.000 par le tribunal correctionnel; dans la période 1872-1885 on n'y enregistra plus que 12 des premiers et 300 des seconds par 100.000 habitants. Soit dans la première période une diminution de % et dans la seconde de ^3, ce qui forme déjà un beau titre d'honneur pour la ville suisse, surtout quand on ne tient compte que du total de la criminalité; car les crimes commis par les seuls Genevois ont décru de presque 7io ^^^^ ^^^ derniers 80 ans (1).
Quelles sont les causes qui font de la ville de Genève une oasis do moralité au milieu de l'Europe ? Guénoud l'attribue d'abord à ce que les étrangers établis, depuis longtemps, à (ienôve se sont assimilés les usages et les mœurs des Genevois, ce qui correspond h l'observation de Joly (La France criminelle) que les immigrants fournissent au commencement une proportion élevée à la criminalité, mais à mesure qu'ils
(1) Guénoud, La a'iminalitc à Genève au XIX Siècle, Genève, 1891.