TROISIÈME PARTIE
se fixent dans leur nouveUe patrie, ils gagnent en moralité ot en honnêteté ; mais, objecte Ladarae {Journal de Genève^ du 4 février 1891) : « L'assimilation des étrangers aux indigènes n'empêche pas T immigration ; les mêmes causes, par conséquent, continuent d'agir, et si d'un côté la population de Genève s'assimile annuellement un certain nombre d'étrangerSj l'influence moralisatrice qui en résulte est d'autre part neutralisée par de nouveaux immigrants qui agissent en sens opposé >.
On ne peut pas davantage en rechercher la cause dans l'instruction, puisque nous avons vu qu'elle augmente très souvent, au moins, la criminalité moins grave. La raison unique reste, donc, que Genève (voir ch. VIII) est certainement le pays de l'Europe centrale où Ton a fondé en plus grand nombre les institutions de secours mutuels, qui, sans l'avilir, remédient aux maux les plus graves de la pauvreté ; et les institutions préventives pour les enfants, pour les femmes abandonnées, contre l'alcoolisme, etc.
L'évidence de ce fait apparaît plus clairement encore en Angleterre, surtout à Londres ; si nous comparons les chiffres de sa criminalité de 1892-93 avec ceux des dix années précédentes, nous trouvons une augmentation de 28 ^j^ d'offenses contre les personnes et de 18,9 ^o contre la propriété, par vengeance, incendie, destruction de récoltes. Mais dans les autres crimes (vols, recels, faux, offenses contre Tordre public, etc.), la diminution est respectivement de 8,8 %, 36,6 %, 34 %, et 22,2 7^, et en total de 8 % en chiffre absolu (l).
Il convient de noter que dans ces dix années la population s'est accrue de 12 7o ^^ Q^^ P^^ conséquent le nombre de ces crimes aurait pu augmenter de 12 % sans que l'Angleterre eut à craindre une vraie recrudescence de la criminalité.
« L'abaissement de la criminalité des mineurs, qui en Italie ne cesse d'augmenter, y est encore plus remarquable (1).
(1) JoLY. La Revue de Paris, Paris, i894.
« En 1868 et 1869 on j enregistrait 10.000 enfants coniamnés, âgés de moins de 16 ans; dans les années succesnves, ce chiffre descendit à 9700 et finalement à 4000. îfous trouvons, donc, en relation avec Taccroissement de la population que l'Angleterre enregistrait en 1868-69-70, 46 criminels mineurs sur 100.000 habitants ; en 1893 elle n'en comptait plus que 14, soit une diminution effective de 70 ^ q, tandis qu'en 1889 la France constatait qu'en 50 années la criaiinalité des mineurs de 16 ans avait augmentée de 140 ^ q (1).
« Les classes criminelles de l'Angleterre sont composées l'individus libres, connus comme voleurs ou receleurs d'objets rolés et de personnes suspectes, parmi lesquelles sont comprises celles pour qui depuis l'âge de 22 ans s'est écoulée au noins une année après avoir subi une condamnation quelîonque; là aussi se vérifie une amélioration; en 1867, cette lernière catégorie atteignait entre libres et détenus le chiffre le 87.000 individus; ce chiffre descendit ensuite à 50.000; m 1881 à 38.960 ; dans les trois dernières années à 31.225, i 30.488, et finalement à 1891-92 de 29.826.
« Les maisons suspectes de 2688 descendirent, dans les lerniers trois ans, à 2429 et enfin à 2360 > .
Et il ne s'agit pas là de ces jeux de chiffres habituels dans es statistiques, car ici les chiffres présentent une différence i significative, qu'aucun doute ne saurait subsister (2), car )lle s'étend jusqu'aux crimes latents.
(1) JoLY. La Revue de Pai-is, Paris 1894.
(2) Toutefois ici il y a une remarque à faire : dans la statistique des
dunes criminels anglais on voit:
Jeunes gens au-dessous do 16 ans. — —
Envoyés en prison 8285 2268
» dans les Refomied Schools 1228 1163
» dans les Industrial Schools 966 8737
Condamnés au fouet 585 3208
On voit que si les mineurs envoyés en prison, ou dans le Reformed chools sont diminués énormomont on 10 ans — de 6000 — le nombre
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En France, en 1825, on enregistrait annuellement 9000 crimes et délits dont les auteurs restaient inconnus; les dernières statistiques en enregistrent plus de 80.000. En Angleterre, au contraire il y en avait 56,55 en 1886-87, et seulement 53,2 on 1890-92.
Cet énorme abaissement de la criminalité est bien réellement dû aux mesures préventives, surtout à celles visant les enfants, ainsi qu'aux luttes morales et religieuses contre Talcoolisme ; nous en trouvons une preuve incontestable dans la bien plus grande diminution des crimes à Londres comparativement à la province et à la campagne ; ce qui est précisément l'opposé de ce qu'on observe partout ailleurs où les grands centres ont toujours une criminalité plus élevée (Voir
ch. vn e yni).
Or, tandis que la ville de Londres, qui est la capitale la plus peuplée du monde civilisée, enregistre 15 personnes suspectes sur 100.000 habitants, la campagne en compte 61, et les autres viUes de provinces 50 :
Londres compte 3,4 maisons suspectes sur 100,000 habitants.
La campagne > 3,9 > > > >
Les autres villes > 8,4 » » > »
Nous avons une autre preuve de rinfluence des mesures préventives, dans la diminution de l'alcoolisme, circonscrite précisément dans ces pays de l'Angleterre et de la Suisse, oîi les sociétés religieuses (Croix-bleue) et les sociétés purement éthiques ou de l'Etat rivalisèrent de zèle pour remédier au mal dans sa source même.
Tandis qu'en France de 1869 à 1892 les ventes de boissons alcooliques de 365,995 montèrent à 417,518 en 1893 et de 1 litre 82 par habitant en 1830, à 4,20 en 1893 ; en Angleterre et en Suisse, au contraire, ces proportions descendirent
des jeunes gens envoyés aux Industrial Sohools et celui des condamnes au fouet est augmenté de 9300, ce qui fait soupçonner une élévation dans cette catégorie.
dans les dernières années de 11 à 7 litres dans la seconde et de 7 à 5 litres dans la première (1).
Criminels-nés, — Ce serait une illusion, cependant, de croire qu'on peut appliquer avec succès cette cure aux criminels-nés; car ils sont, pour la plupart, réfractaires à tout traitement, même aux soins les plus affectueux commencés dès le berceau, comme Barnardo lui-même a pu s'en convaincre. Tel fiit ce Jac..., qui placé par lui dans les meilleures conditions pour s'amender s'évadait incessamment pour se livrer' au vagabondage.
Mais tandis que les peuples les moins civilisés s'attardent aux utopies des vieux juristes, et croyant à l'amendement possible de tous les criminels ne prennent aucune mesures contre la marée toujours montante du crime, les Anglais, qui ont su mieux j pourvoir, reconnaissent que si, grâce à leurs efforts ils purent éliminer presque complètement le criminel par occasion, le criminel-né persiste ancore; ils sont les seuls à admettre l' existence des criminels réfractaires à toute cure, des professional criminals^ comme ils les appellent, et des criminel classes.
Il n'est pas inutile, pour ceux qui font remonter toutes les causes du crime à l'éducation et au milieu, de préciser cette vérité avec des chiffres.
Tandis qu'en Angleterre les crimes ont diminué de 8 ** ^„ la récidive chez les hommes y reste stationnaire ou à peu près ; la statistique anglaise, en effet, en enregistrait en 1 892-93 une proportion de 41,7 7o^ P^s de 42 ^^^ et enfin de 45 7o ®^ 1894-95 (2). Chez les femmes la récidive s'accroît constamment de 54,6 à 60, 4 : cela malgré que les institutions préventives pour les femmes soient à Londres plus nombreuses que pour les hommes ; mais tous les efforts viennent se briser contre la corruption favorisée par la prostitution et contre
(1) V. Atlas, XCV, Revue du christianisme praHque, nov. 1894.
(2) Paolucci, Revue des Revues^ mai 1896.